Economie

Comment la grande distribution contribue à la vie chère à La Réunion

Un système jugé « mortifère » et « à bout de souffle »

Témoignages.re / 8 juin 2019

L’étude de Bolonyocte Consulting analyse comment la grande distribution organise la vie chère à La Réunion. Un système jugé « mortifère » et « à bout de souffle » qui non seulement menace les commerçants indépendants, mais asphyxie la production locale. Voici des extraits de cette étude à ce sujet.

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Le principe des marges arrières.

Il est établi que le marché de la distribution alimentaire généraliste à La Réunion est très significatif, de l’ordre de 2 milliards d’euros et en croissance durable, il ne saurait être qualifié de « petit » pour justifier certaines situations ou pratiques. Ce marché est clairement dominé par les acteurs du segment des grandes surfaces qui totalisent près de 85 % de part de marché de la consommation alimentaire, alors que le commerce de proximité généraliste et spécialisé n’atteint qu’une part de marché de 12 %, dont seulement 4 % pour le commerce indépendant généraliste.

Le contexte concurrentiel apparent au niveau global de l’ile avec la présence de 7 enseignes contrôlées par 5 groupes distincts, dont l’un totalise à lui seul 42 % de part de marché avec 8 hypermarchés sur 17 existants, ne peut en réalité s’apprécier qu’au niveau local des zones de chalandise. L’analyse au niveau local du maillage des réseaux des grandes surfaces alimentaires a ainsi permis d’établir que prédominent pour la plupart des zones de chalandise, certains voire un seul acteur pour le format des Hypers, avec seulement une zone, celle de Saint-Pierre/Bras Panon, que l’on peut réellement considérer comme étant en situation concurrentielle.

Une situation donc de domination locale caractérisée de certains acteurs, dont les effets sur les niveaux de prix et de marge pratiqués par les dits acteurs ne peut que préoccuper dans un contexte de lutte contre la vie chère. Une organisation et une structure complexe du marché amont des filières d’approvisionnement, multipliant les intermédiaires et donc les marges, y compris pour la commercialisation de la production locale.

Guerre des prix en trompe l’oeil

Malgré le recours massif aux promotions et les postures de guerre des prix affichés par les acteurs, force est de constater que si cette guerre des prix est bien une réalité, elle est aussi clairement en trompe l’œil dès lors qu’elle n’intervient en réalité que sur une part visible certes, mais très minoritaire des ventes des distributeurs et donc du panier d’achat des consommateurs réunionnais. Autrement dit, seuls certains produits à fort volume ou notoriété sont visés par ces promotions comme produits d’appel et en particulier certains produits de la production locale, afin d’augmenter la fréquentation des magasins pour l’achat du panier de courses courantes, dont la plupart des produits le composant ne font l’objet d’aucune promotion.

La guerre des prix n’est en réalité livrée que sur une part minoritaire du panier du consommateur réunionnais que l’on peut estimer à au plus 20 à 25 % de ses achats courants. Plus des deux tiers de ces achats donc ne sont pas concernés par cette bataille. L’analyse chez les différents acteurs de la part de leur chiffre d’affaires réalisé sur les promotions, révèle ainsi que, s’agissant des distributeurs, la part n’est que de l’ordre de 15 à 30 % seulement, là où cette part est de l’ordre de 40 à 90 % chez les acteurs de la production locale.

Marges arrières excessives

Cette situation établit un déséquilibre entre les acteurs, mais surtout une logique économique mortifère très préjudiciable aux intérêts de tous les protagonistes, des consommateurs aux producteurs et importateurs et y compris les distributeurs. Le modèle économique des relations entre les grandes surfaces et les producteurs (locaux ou pas), est à bout de souffle, il est fondé essentiellement sur des marges arrières excessives (bien souvent totalement occultées par certains acteurs dans leur affirmations en matière de niveau de rentabilité de leur activité), vidant d’ailleurs de sens une négociation réelle sur les conditions d’achat et poussant la logique des promotions à l’extrême (beaucoup plus qu’en métropole), avec des effets très négatifs sur les niveaux de prix de vente aux consommateurs pratiqués, sur le développement de la production locale, comme sur l’équilibre économique des acteurs en général.