Manifestation visant l’État organisée par des professionnels du tourisme

Coronavirus et tourisme : pourquoi s’accrocher à un modèle qui n’a jamais marché à La Réunion ?

17 juin 2020, par Manuel Marchal

Des professionnels du tourisme organisent aujourd’hui une manifestation pour demander une aide de 80 millions d’euros à l’État ainsi que la levée de la quarantaine tout de suite. Aussi étrange que cela puisse paraître, ces personnes ne demandent pas une aide supplémentaire à la Région Réunion, seule institution compétente en matière de tourisme et qui porte une responsabilité dans la crise de ce secteur, amplifiée par l’épidémie de COVID-19. Question d’orientation politique ?

Les derniers chiffres disponibles sur le site de l’IRT (Ile de La Réunion tourisme) témoigne des difficultés de ce secteur. En 2018, qualifiée de meilleure année par le satellite de la Région Réunion, le nombre de touristes d’agrément dépassait péniblement 341.000, et leurs dépenses ainsi que celles des personnes en vacances venues rendre visite à leur famille plafonnait à 432 millions d’euros.
A côté de La Réunion, Maurice a accueilli 1,4 million de touristes d’agrément, qui ont généré 1,4 milliard d’euros de recettes.
Depuis plus de 10 ans, la Région Réunion dirigée par Didier Robert a mis en œuvre une stratégie qui a laissé la crise s’installer durablement dans ce secteur. On est bien loin des 600.000 touristes et des 15.000 emplois qui devaient être créés. La priorité a été donnée à l’accueil de touristes européens au détriment de ceux de notre région. La Région Réunion ne s’est pas battue pour exiger de la France les mêmes conditions d’accueil que les Réunionnais chez leurs voisins, c’est-à-dire par exemple l’achat d’un visa sur place à l’arrivée au lieu de la procédure en vigueur qui décourage n’importe quel touriste potentiel de notre région. Par conséquent, le tourisme à La Réunion se concentre pendant les vacances d’hiver et d’été en France.

La crise était déjà bien là

En se substituant à l’État au travers de plus de 50 millions d’euros distribués en bon de réduction pour les billets d’avion, la Région Réunion joue un rôle important dans le tourisme des Réunionnais en France. Elle a donc favorisé les dépenses de Réunionnais en France plutôt qu’à La Réunion.
Dans ces conditions, il est clair que la moindre crise en Europe a des répercussions immédiates et met ce secteur à l’arrêt, ce qui est différent chez les pays qui ont décidé de diversifier la provenance de leurs touristes.
Les aides distribuées par la Région Réunion a ce secteur n’ont pas vraiment amélioré les choses. Alors, pour expliquer que La Réunion accueille à peine la moitié des 600.000 touristes promis depuis 10 ans par Didier Robert, les amis du président de Région ont mis en avant les requins qui feraient fuir les touristes. D’autres pays qui ont subi le même genre d’attaque ont pourtant de meilleurs résultats que La Réunion.
C’est encore la même politique de distribution de bons que la Région Réunion a mis en place pour inciter des Réunionnais à dépenser leur argent dans les hôtels et les gites de La Réunion. L’État a choisi de soutenir cette initiative.

L’exemple de Maurice

Ceci explique pourquoi le mécontentement des professionnels du tourisme doit logiquement se diriger vers la seule institution compétente dans ce domaine à La Réunion, à savoir la Région Réunion. Mais pour des raisons qui restent à éclaircir, les dirigeants de cette grogne ciblent l’État qui n’aurait pas assez fait pour eux. Ils exigent une aide supplémentaire de 80 millions d’euros et la fin immédiate de la quarantaine.
Lorsque l’on constate que Maurice préfère renoncer à 1,4 milliard de recettes et maintient ses frontières fermées aux touristes jusqu’au mois de septembre, cette revendication d’ouverture totale de l’aéroport interpelle. En effet, les touristes susceptibles de venir à La Réunion vivent en France, un pays durement touché par le coronavirus et qui est loin d’en avoir fini avec l’épidémie. Le risque d’arrivée à La Réunion de personnes porteuses sans le savoir du COVID-19 et qui n’auraient pas été détectées par les tests est une menace réelle.
Les Mauriciens ont choisi de renoncer aux profits à court-terme pour ne pas compromettre l’avenir de leur pays tout entier. Ils estiment qu’ils ne peuvent se permettre le luxe d’une relance de l’épidémie. Mais à La Réunion, c’est toujours le rêve d’un retour à la situation d’avant, entretenu par les généreuses subventions versées par la Région Réunion et l’État.

Préparer l’avenir plutôt que le passé

La priorité, c’est de réfléchir dès maintenant à une réforme du secteur du tourisme à La Réunion afin qu’il puisse faire de la protection sanitaire une priorité. Cela suppose de se tourner vers les touristes potentiels des pays qui ont été peu ou pas contaminés par le coronavirus. Les exemples ne manquent pas dans notre région. Pourquoi ces professionnels du tourisme ne revendiquent-ils pas auprès de l’État des mesures pour faciliter l’arrivée de cette clientèle fort nombreuse à La Réunion ?
Ceci signifie aussi faire le deuil d’un tourisme qui n’a jamais atteint les objectifs fixés par la Région Réunion malgré l’argent public dépensé. Cela nécessite de protéger avant tout les intérêts des travailleurs de ce secteur en préparant dès maintenant la reconversion de ceux qui sont victimes de la baisse drastique et durable d’activité.
Dans ses conditions, la demande d’aide de l’État sera justifiée, car l’emploi reste une compétence exclusive du pouvoir central.

M.M.

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Messages

  • Veut-on vraiment développer le tourisme à la Réunion ? Il faudrait se mettre à la place des touristes qui débarquent avec des images plein la tête, la volonté de voir, revoir même aussi, cette île, qui malheueusement se dégrade. Plein de bruit, de bouchons, de pollution, comme à l’hermitage, à la plage, où les bacs débordent, attirent les mouches et bonjour les odeurs. On raconte que le service n’est pas au top par rapport à Maurice, à voir. Espérons qu’avec le tramway, le train Ste Rose-St Joseph, les téléphériques, dyonisiens ou comme celui qui devrait relier St Leu à Cilas, ça soit mieux. Il y a du boulot. Mais avec tous ces jeunes diplômés, cela fera des postes pour eux, ravis. Arthur.


Témoignages - 82e année


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