Economie

Coronavirus : le gouvernement accélère la crise du tourisme à La Réunion

Pour le Premier ministre, « différer un déplacement lointain, c’est probablement plus raisonnable »

Manuel Marchal / 29 mai 2020

« Si vous pouvez différer un déplacement lointain, c’est probablement plus raisonnable », a déclaré hier le Premier ministre au sujet de la fin de la mesure limitant en France les déplacements à un rayon de 100 kilomètres autour du domicile. C’est clairement un appel lancé aux Français pour qu’ils n’aillent pas cette année en vacances dans un lieu éloigné. Or, pour un touriste français, La Réunion est un « déplacement lointain ». C’est bien la confirmation que cette année, les touristes venus d’ailleurs seront beaucoup moins nombreux que d’habitude. D’où la certitude que la crise est devant nous. C’est la fin pour le moment d’un modèle de tourisme à La Réunion, basé sur une clientèle essentiellement venue de France.

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Les annonces du Premier ministre sur la seconde phase du déconfinement étaient très attendues hier. A La Réunion, les représentants des professionnels du tourisme demandent la levée de la quarantaine, jugée dissuasive pour la clientèle européenne. Bien qu’elle ne se fasse plus obligatoirement dans un centre dédié, cette mesure de santé publique impose à tout nouvel arrivant de rester confiné dans une pièce de son domicile avec interdiction de sortir. Si cette interdiction ne peut être respectée, par exemple si la personne vit seule et doit aller faire des courses, ou si le logement est trop exigu, le préfet peut encore imposer une quarantaine en centre dédié.
Edouard Philippe n’a pas remis en cause cette mesure. Pour venir à La Réunion, la quarantaine de 14 jours reste donc la règle.
Cette annonce a douché les espoirs du président de la Chambre de commerce et d’industrie. L’élu, également membre de la majorité de Didier Robert à la Région Réunion, déclare : « La mise en œuvre de tests de dépistage avant le départ en lieu et place de la quatorzaine obligatoire à l’arrivée, était attendue de professionnels du tourisme », affirme-t-il, « il faut donc que très rapidement nous puissions connaître les dispositions qui seront appliquées à partir du 1er juillet, dans le cas contraire, il ne sera pas possible de capter la clientèle métropolitaine (française - NDLR). Quel touriste potentiel de métropole (France - NDLR) choisirait la destination Réunion en étant contraint à une quatorzaine à l’arrivée ? La survie de nombreuses entreprises du secteur du tourisme est donc désormais en jeu ; secteur qui a déjà perdu près de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires ».

Quel touriste viendra dans ces conditions ?

Il est donc grand temps que des représentants des professionnels du tourisme prennent conscience que le modèle actuel n’est plus viable.
En effet, la quarantaine n’est pas le seul obstacle à la venue de touristes. Les conditions drastiques de sécurité sanitaire s’imposent aux compagnies aériennes pour continuer à desservir La Réunion. Air France et Air Austral ont déjà annoncé que toute personne ayant une température supérieure à 38 degrés se verra refuser l’embarquement. A bord, il sera nécessaire de garder en permanence un masque pendant plus de 10 heures d’un vol long courrier. Cette sécurité est bien relative, car on ne peut pas manger avec un masque, tout comme le masque peut tomber durant le sommeil. D’où la crainte de voir ces avions se transformer en lieu de contamination au coronavirus, malgré les assurances données par les compagnies sur le système de filtration de l’air dans la cabine.
Quel touriste serait prêt à dépenser des milliers d’euros pour des conditions de voyage aussi épiques, en ayant la garantie de devoir passer deux semaines enfermé dans un hôtel afin d’être sûr qu’il ne soit pas un vecteur de transmission du coronavirus dans la population réunionnaise ?
Sur la base de cette évidence, c’est un pan de l’économie réunionnaise qui risque de s’écrouler. En effet, contrairement aux Seychelles, il n’est pas possible d’empêcher tout contact entre les touristes et la population. Toute reprise comme avant est donc à exclure.

Reconversion à préparer

Les compagnies aériennes commencent à prendre les devants. Elles sont de plus en plus nombreuses à annoncer une baisse d’activité proche de la moitié au moment de l’éventuelle reprise, ce qui aura forcément des répercussions sur la desserte de La Réunion.
En annonçant le maintien de la quarantaine obligatoire, le gouvernement applique le principe de précaution en priorité. Cela veut dire qu’il est urgent de mettre sur pied des propositions pour la reconversion des travailleurs du tourisme. Cela suppose de s’accorder dès à présent sur les secteurs économiques à développer qui pourront compenser les suppressions d’emploi prévisibles. Au cours de ces dernières semaines, les Réunionnais ont montré leur capacité d’adaptation à cette nouvelle situation, notamment avec la multiplication des initiatives citoyennes pour fabriquer des masques. Ceci rappelle que l’aide à la personne est un gisement d’emplois à valoriser.

M.M.



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  • Une, deux iées, qu’en pensez-vous ? Pour lutter contre ce qui risque de se passer, soit que le système fasse en sorte que tout "revienne comme avant", c’est à dire, faire oublier au plus vite ce que l’on a vécu pour, à coup de matraquages publicitaires, nous refaire croire que le bonheur, c’est d’avoir, du bonheur plein les armoires, encombrées, pour faire les quéqués ! C’est ça l’avenir de la planète ? Je trouve ça honteux, infantilisant et ridicule. Ne pas oublier que les poubelles, les rues, les ravines, vont être de nouveau remplies de déchets, de plastiques, divers et variés, à usage unique tels les masques, gants, blouses... Quel "beau cadeau" pour les futures générations, mais là de nouveau, on a vite fait de comprendre que tout le monde s’en moque ! Regardez autour de vous, individualistes, égoistes, c’est la conséquence du "modernisme" alors que l’on devrait être plus humain, tout simplement, c’est à dire, à l’écoute de l’autre, près à aider, écouter, partager, admirer, éduquer au respect...
    Je propose que les citoyens s’organisent pour néttoyer la nature et qu’ils se forment à conduire les futurs trains, téléphériques, bateaux, tramways etc. Faut se bouger, agir, ne pas attendre, surtout si l’octroi de mer n’existe plus, enfin ! Bon WE, Vive le vélo, qu’on pourra prendre dans le train, le téléphérique pour remonter dans les hauts, ouf ! Arthur.

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