Economie

Coronavirus : qui est prêt à passer ses vacances dans un hôtel ressemblant à un hôpital d’avant la crise ?

Tourisme : la fin du modèle actuel se précise

Manuel Marchal / 26 mai 2020

Obligés de proposer des protocoles sanitaires très stricts pour accueillir de nouveau des touristes, les hôtels vont ressembler aux hôpitaux d’avant la crise avec prise de température des clients à l’arrivée, distanciation sociale, désinfection permanente et port du masque pour le personnel y compris les maîtres nageurs. Ces mesures présentées par un groupe hôtelier de Maurice sont sans doute proches de celles que comptent appliquer ses concurrents mauriciens et réunionnais. Quel touriste asiatique ou européen est près aujourd’hui à dépenser des milliers d’euros pour passer des vacances dans ces conditions ? Cette question se pose aussi pour les milliers de Réunionnais qui contribuent chaque année à l’économie mauricienne en étant pour elle un des principaux pays émetteurs de touristes. Décidément, le tourisme tel qu’il existait avant la crise du coronavirus semble bel et bien fini.

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Le groupe VLH, propriétaire de sept hôtels à Maurice, a publié un guide de nouvelles pratiques destinées à assurer la sécurité sanitaire des potentiels clients une fois que l’interdiction d’entrer à Maurice sera levée. Voici sa description dans « Le Mauricien » d’hier :

« Dès son arrivée au pays, le touriste voyageant en car ou taxi se sentira rassuré car le conducteur portera un masque et des gants. Le véhicule utilisé sera désinfecté à l’arrivée et au départ. Une fois arrivé à l’hôtel, le ton sera donné avec la distanciation sociale qui sera appliquée grâce à des marquages au sol. La température du visiteur sera vérifiée dès son arrivée au hall d’entrée de l’hôtel. Ensuite, son passeport sera récupéré, aseptisé et scanné. La clé de sa chambre, qui lui sera remise pour son séjour, sera aussi désinfectée. Le décor hôtelier sera agrémenté de distributeurs de gel désinfectant pour les mains qui seront disponibles dans le hall d’entrée. À la réception justement, le personnel portera un masque et des gants de protection. Quant aux chambres, elles seront désinfectées avant l’arrivée du client et, une fois la désinfection terminée, un panneau spécifique sera placé sur la porte pour indiquer que personne d’autre n’a eu accès à la chambre après le processus de désinfection. VLH assure au client : « Chaque matin, votre chambre est désinfectée avec des produits de nettoyage recommandés par les autorités. Votre chambre est équipée d’un distributeur de gel désinfectant et est réapprovisionnée quotidiennement. » Le linge à laver des clients sera collecté et renvoyé dans un panier scellé et aseptisé ».

Masques à la plage

« Dans les restaurants, l’image traditionnelle des buffets conviviaux et festifs ne sera plus vraiment la même. Le nombre de tables sera réduit pour maintenir les normes de distanciation sociale. Les tables seront aseptisées avant et après chaque utilisation. Les buffets seront réduits et le service à la carte privilégié. Les menus seront aseptisés et du gel désinfectant pour les mains sera disponible dans tous les restaurants et les toilettes. À la plage et près de la piscine, tous les transats et kiosques seront désinfectés après chaque utilisation et marqués « désinfectés » pour l’utilisateur suivant. Les serviettes de plage seront placées directement en chambre, et ce une fois par jour. Les protège-menus et les porte-factures seront également aseptisés après chaque utilisation. Les plagistes aussi porteront des masques de protection et se désinfecteront régulièrement les mains. La ‘boat house’ sera aussi équipée de gel désinfectant pour les mains et de lingettes. Les gilets de sauvetage, masques, palmes et tuba seront aseptisés avant et après chaque utilisation. Même chose pour les pédalos, lasers, Hobie Cat, etc. La Covid-19 changera la donne aussi au Kids Club des hôtels où un nombre limité d’enfants sera autorisé à la fois et où les activités en plein air seront encouragées au lieu de celles se faisant à l’intérieur. Les parents devront porter des couvre chaussures et un masque pour accéder au Kids Club ».

Mesures nécessaires qui font ressembler l’hôtel à un hôpital

La lecture de ces informations souligne l’ampleur de la crise dans le secteur du tourisme, avec à la clé l’obligation de mesures drastiques pour gagner la confiance de la clientèle en termes de sécurité sanitaire. Se pose malgré tout une question. Le protocole de sécurité sanitaire mis en place dans les hôtels de VLM doit sans doute être proche de celui qui sera mis en œuvre dans les autres établissements de même type. Toutes ces mesures étaient habituellement le propre des hôpitaux, d’où cette question : quel Réunionnais dépensera des centaines d’euros pour passer ses vacances dans des conditions proches de celle des patients accueillis dans un hôpital ? Cette question se pose avec encore plus d’acuité pour les touristes originaires d’Asie ou d’Europe qui dépensent des milliers d’euros pour payer un vol de plusieurs heures ainsi que le séjour à l’hôtel : plusieurs milliers d’euros pour des vacances sous cloche ? Décidément, le tourisme tel qu’il existait avant la crise du coronavirus semble bel et bien fini.

M.M.