Réunions du G7 et du G20

Crise financière : Les Etats-Unis au cœur de la tourmente

13 octobre 2008, par Manuel Marchal

Alors que la crise s’amplifie, trois rencontres ministérielles avaient lieu ces trois derniers jours : le G7 vendredi, le G20 samedi et l’Eurogroupe hier soir. Seul chef d’Etat présent lors du G7 et du G20, George Bush a été la vedette de ces deux rencontres. Il a appelé à refuser les initiatives isolées qui risquent d’aggraver la crise et plaidé pour une action concertée. C’est exactement le contraire du “Plan Paulson” promulgué la semaine dernière par George Bush.

Vendredi à Washington, les ministres des Finances du G7 se sont réunis en présence de George Bush et de deux institutions de Bretton Woods : le FMI et la Banque mondiale. A été adopté un plan en cinq points. Ce plan prévoit que les pays membres débloquent le crédit et les marchés monétaires. Il dit que les Etats permettent aux banques de lever des capitaux auprès des secteurs public et privé. Il préconise des garanties « robustes et cohérentes » des pouvoirs publics aux dépôts des épargnants. Il reconnaît également la nécessité de plus de transparence sur les marchés, afin que « les actifs soient valorisés de manière exacte ». Mais ce plan ne fixe pas d’objectifs chiffrés (voir encadré).
Cette rencontre a été l’occasion pour le président des Etats-Unis de mettre en avant son message : « Chacun d’entre nous reconnaît qu’il s’agit d’une grave crise mondiale et, par conséquent, elle requiert une réponse sérieuse à l’échelle mondiale », a-t-il dit. Il a même mis en garde contre les mesures protectionnistes prises par certains pays en réponse à la crise.

L’invité imprévu du G20

« Il y a eu des crises par le passé quand de puissantes nations ont mobilisé leur énergie les unes contre les autres, ou ont tenté de s’isoler du monde », a rappelé George Bush.
La réunion du G7 s’est élargie samedi soir au "G20". Le G20 rassemble les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G7 plus l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la Russie et la Turquie. Il est actuellement présidé par le Brésil. Le 20ème membre est l’Union européenne, représentée par le pays qui en assure la présidence tournante (la France jusqu’au 31 décembre).
Cette rencontre a eu lieu également à Washington. Sans être annoncé, le président américain George W. Bush a participé à cette réunion ministérielle. Il est à noter qu’aux côtés de George Bush, se trouvaient également Henry Paulson, secrétaire américain au Trésor, et Ben Bernanke, président américain de la Réserve fédérale.
« Nous sommes tous concernés. Nous devons travailler ensemble. Nous prenons la situation au sérieux et nous voulons travailler avec vous », a dit le président des Etats-Unis. « Nous avons mis des outils en place et nous devons les utiliser rapidement, mais avec efficacité », a-t-il ajouté.
« La thèse selon laquelle il n’y aurait pas eu de contagion ne tient plus. La crise s’étend aux pays émergents », a lancé le ministre brésilien de l’Economie, Guido Mantega, dont le pays préside actuellement le G20. Il appelle à faire du G20 un forum international pour lutter contre la crise. Le G20 a approuvé le plan d’action en cinq points adopté par le G7.

Et le “Plan Paulson” ?

Ces deux rencontres se tenaient à la veille de la réunion à Paris des ministres des Finances de la zone euro. Elles amènent à constater la volonté des Etats-Unis à reprendre la main sur l’économie mondiale. George Bush était la vedette de deux réunions ministérielles, le G7 et le G20, destinées à proposer des mesures pour lutter contre la crise. Il était le seul chef d’Etat présent.
Lorsque George Bush fait voter le “Plan Paulson”, un plan de 700 milliards de dollars, pour que les Etats-Unis tiennent leur rôle de leaders dans l’économie mondiale selon ses propres termes, il met en œuvre une solution nationale destinée à changer les rapports de forces internationaux. Une semaine après l’adoption de ce plan, force est de constater que l’euro a subi la plus grande attaque de son Histoire, dans le sillage de l’effondrement des Bourses européennes. Le plan du gouvernement américain a permis de restaurer aux USA un minimum de confiance, ce qui a permis à ce pays d’atténuer le choc.
Maintenant que les rapports de forces sont en train de changer au profit des Etats-Unis et du dollar, le président des Etats-Unis appelle à une solution mondiale, et condamne les initiatives isolées coupables à ces yeux de déstabiliser l’économie mondiale. Or, qu’est-ce que la création d’un fonds souverain de 700 milliards de dollars en pleine crise financière sinon un outil de guerre monétaire ? De plus, dans le sillage de Washington, le plus grand pays européen à avoir refusé l’euro, c’est-à-dire la Grande-Bretagne, a annoncé un plan engageant des sommes aussi considérables que le “Plan Paulson”. Maintenant que les coups sont partis, le gouvernement américain a beau jeu de demander aux gouvernements du monde de ne surtout pas appliquer la stratégie qu’il a mis en œuvre. L’absence de réaction aux propos tenus par George Bush confirme en tout cas que la stratégie de Washington est en train de marquer des points. Les Etats-Unis sont bel et bien en train de reprendre la main sur la Direction de la mondialisation libérale.

M.M.


Le G7 propose un plan sans objectif chiffré

Voici les mesures annoncées par les ministres des Finances du G7 lors d’une réunion en présence du président des Etats-Unis, et des directeurs du FMI et de la Banque mondiale.


- Adopter des mesures décisives et utiliser tous les outils à notre disposition pour appuyer les institutions financières ayant une importance systémique et ainsi prévenir leur faillite.

- Prendre toutes les mesures nécessaires pour débloquer les marchés monétaires et du crédit et veiller à ce que les banques et les autres institutions financières aient un large accès aux liquidités et au financement.

- Veiller à ce que nos banques et autres grands intermédiaires financiers, au besoin, puissent mobiliser, auprès de sources publiques et privées, des capitaux en quantité suffisante pour rétablir la confiance et pouvoir continuer à octroyer des prêts aux ménages et aux entreprises.

- Faire en sorte que nos programmes nationaux respectifs de garantie et d’assurance des dépôts soient solides et cohérents, de façon que les déposants individuels puissent continuer d’avoir l’assurance que leurs dépôts sont en sécurité.

- Adopter des mesures, s’il y a lieu, pour relancer les marchés secondaires des prêts hypothécaires et autres actifs titrisés. Il faut pour cela que les actifs soient valorisés de manière exacte et fassent l’objet d’informations transparentes, et que des normes comptables de qualité soient appliquées de façon cohérente.


Le révélateur des faiblesses du modèle occidental

Les pays émergents ont fait part de leur frustration devant le fait que cette crise, née dans les pays riches, les atteignait, bien que la plupart aient engagé depuis plusieurs années des réformes économiques importantes.
« Les Etats-Unis et l’Europe sont au centre de l’orage financier. Le monde regarde incrédule comment la crise révèle de graves faiblesses systémiques et des erreurs politiques dans des pays qui étaient considérés comme des modèles en matière de gestion des affaires publiques », a lancé le ministre brésilien de l’Economie Guido Mantega, président du G20 lors de la réunion tenue samedi à Washington.


Les fonds d’investissement se retirent des pays émergents

Nous sommes confrontés aujourd’hui à une crise financière qui frappe pratiquement tous les pays. A mesure que cette crise devient plus critique, elle a des conséquences également sur les pays en développement", a déclaré samedi le président du G20. « Lorsqu’il n’y a plus de liquidités, les fonds d’investissement commencent à retirer leur argent pour combler les trous aux Etats-Unis et en Europe », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, les pays émergents représentent 75% de la croissance mondiale. Si nous réussissons à réduire les dégâts liés à cette crise, nous aurons la force et nous serons dans la situation nécessaire pour emmener la croissance mondiale, dans une action contre-cyclique ».


Le coût de la crise en France

Au moins 30 milliards d’euros inscrits dans le Budget

Un Conseil des ministres extraordinaire sur le thème de la crise financière est convoqué cet après-midi à l’Elysée. Il doit être suivi d’une déclaration solennelle du président Nicolas Sarkozy.
Selon une source gouvernementale, qui a confirmé une information du “Parisien”, cette réunion doit permettre de faire le point sur la situation budgétaire, alors que le débat sur le projet de Budget 2009 doit commencer à l’Assemblée nationale le 19 octobre. Selon “Le Parisien” de dimanche, le gouvernement va présenter à l’occasion de ce Conseil des ministres extraordinaire un collectif budgétaire « d’un montant de 30 à 35 milliards d’euros » pour intégrer dans le Budget 2008 les dépenses déjà annoncées (dont les 22 milliards d’aides déjà annoncés pour les petites et moyennes entreprises et le milliard d’euro pour renflouer Dexia) pour faire face à la crise et des « mesures nouvelles ».

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