Face à une situation exceptionnelle, prendre des mesures exceptionnelles

Crise financière : pour une instance réunionnaise de coordination

14 octobre 2008, par Manuel Marchal

Alors que l’impact de la crise mondiale aggrave la situation à La Réunion, Eric Magamootoo propose la création d’une instance de coordination, véritable « comité stratégique de pilotage », rassemblant les collectivités, les maires, les parlementaires, les acteurs socio-économique, le préfet, l’administration fiscale et judiciaire. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie estime qu’une telle instance est indispensable pour faire face au risque de montée des corporatismes. Sur le modèle du comité créé pour lutter contre le chikungunya, cette instance aura la responsabilité de coordonner les actions urgentes, et de préparer la sortie de crise : « à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ».

Hier à la Chambre de commerce et d’industrie, le président de la chambre consulaire a tenu une conférence de presse sur le thème des conséquences de la crise financière mondiale à La Réunion et des moyens à mettre en oeuvre pour en atténuer les impacts.
Hausse du chômage, baisse des investissements, entreprises du transport et du BTP en cessation de paiement : les chiffres parlent, et de manière incontestable, la crise mondiale touche La Réunion. Face à cette situation, La Réunion a deux possibilités, constate Eric Magamootoo, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCIR) : « soit gérer le chaos, soit maîtriser la situation ».
Il importe donc d’agir rapidement pour ne pas que la crise plonge La Réunion dans une situation intenable. Le président de la CCIR propose de « mettre en oeuvre un comité de pilotage stratégique » pour faire face à la crise.
Inspirée de l’expérience réunionnaise acquise lors de la crise du chikungunya, cette instance sera à même de coordonner et d’adapter les politiques publiques. Pour sa composition, le président de la CCIR lance un appel aux forces vives. Sont sollicités l’Etat, la Région, le Département, l’Association des maires, les chambres consulaires, l’administration fiscale et la Justice.

« Préserver un maximum d’emplois »

Eric Magamootoo craint que si cette instance n’est pas rapidement installée, alors « chacun défendra son territoire et se sera la montée des corporatismes ». Une telle éventualité ne fera qu’aggraver la situation de La Réunion, en augmentant encore les tensions sociales.
D’ores et déjà, notre île connaît « une augmentation du chômage, un ralentissement de la consommation et de l’investissement », constate Eric Magamootoo. Or, la société réunionnaise est déjà marquée par une très grande précarité : « 52% de la population » vit en dessous du seuil de pauvreté.
La mission de cette instance et de faire face à l’urgence de la situation, et de préparer la sortie d’une crise qui est vouée à se prolonger « plusieurs mois ».
Eric Magamootoo évoque quelques pistes. Tout d’abord, « préserver un maximum d’emplois et d’entreprises ». Cela passe par des procédures de sauvegarde à examiner avec les autorités judiciaires. Cela implique également un report des dettes sociales et fiscales, et des mesures d’accompagnement.

« Être capable de coordonner »

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie indique que des suppressions d’emplois sont prévisibles. Il est donc primordial d’établir un plan de formation pour donner à tous ces travailleurs la possibilité de rebondir rapidement, et de pouvoir réintégrer un emploi dès que la situation se sera améliorée.
Eric Magamootoo demande également que ce comité stratégique prenne des mesures pour « favoriser la production locale ».
Ce comité de crise travaillera donc sur les aspects économiques et sociaux, et « il en sortira des choses positives », précise le président de la Chambre de commerce et d’industrie, notamment pour préparer l’après crise, et donc relever les grands défis qui attendent La Réunion.
Eric Magamootoo précise qu’un courrier contenant cette proposition devait être adressé hier aux présidents des deux collectivités.
« À La Réunion, nous devons être capable de coordonner les politiques publiques », conclut le président de la Chambre de commerce et d’industrie.

Manuel Marchal


Du côté des banques

Hausse du coût du crédit

Juste avant la conférence de presse, Eric Magamootoo avait rendez-vous avec tous les banquiers de la place.
Ces derniers lui ont annoncé une hausse de 15% des encours bancaires, conjuguée à une fuite de l’épargne vers la France.
Cela a des conséquences immédiates, car les banques sont dans l’obligation de rapatrier de l’épargne de France à La Réunion pour financer des projets.
Résultat : les taux d’intérêts des crédits vont augmenter, et les conditions d’obtention seront plus difficiles. Les banques veulent à tout prix éviter les "créances douteuses" qui sont, aux Etats-Unis, à l’origine de la crise actuelle qui s’étend au monde.
Par ailleurs, les banquiers ont indiqué une baisse des crédits à la consommation, et une baisse des crédits à l’investissement.


Du côté de l’Etat

Un contexte budgétaire tendu

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie rappelle que voici plusieurs mois, le Premier ministre avait déclaré que l’Etat est presque en cessation de paiement. Ces propos n’avaient pas été démentis. Ils ont même été confirmés par le président de la République quand ce dernier a affirmé que les caisses de l’Etat étaient vides.
Autant dire qu’avant les événements de ces dernières semaines, les déclarations des plus hauts responsables de l’Etat traduisaient déjà une situation de crise.


Une mesure d’urgence pour les transporteurs

Faire de la charte de bonne conduite un arrêté préfectoral

Signée entre les transporteurs et les donneurs d’ordre, la charte de bonne conduite prévoit un prix de référence minimal pour le paiement des prestations des transporteurs. Ce prix est une garantie pour la survie de ces entreprises.
Le président de la Chambre de commerce constate que des donneurs d’ordre profitent du ralentissement économique que connaît La Réunion pour mettre en concurrence les transporteurs afin que ces derniers proposent un prix en dessous du prix de référence.
« On ne peut pas laisser le marché écraser des entreprises », affirme Eric Magamootoo, « l’Etat régulateur doit réguler en temps de crise ». Le président de la CCIR propose donc que cette Charte de bonne conduite fixant un prix de référence devienne un arrêté préfectoral aussi longtemps que La Réunion sera dans une situation de crise. Proposer cet arrêté préfectoral, cela pourrait être une des premières décisions que prendrait l’instance réunionnaise de coordination face à la crise.


Achat par l’Etat de 30.000 logements, plan d’aide aux PME

Des mesures prises en France, et à La Réunion ?

Pour faire face aux conséquences de la crise, le gouvernement a proposé deux mesures concrètes. C’est tout d’abord l’achat par l’Etat de 30.000 logements dans des programmes lancés par le secteur privé, et qui sont en attente de lancement ou d’achèvement.
C’est ensuite la mobilisation de l’épargne populaire et d’OSEO pour donner les moyens aux PME de passer le cap de la crise.
Eric Magamootoo demande si ces mesures seront appliquées à La Réunion. Il veut donc savoir si l’Etat achètera des logements dans notre île, et si les PME réunionnaises auront le droit de bénéficier du plan d’aide mis en place en France.

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