Les limites d’un système à bout de souffle, le néocolonialisme

Croissance affichée et pauvreté persistante à La Réunion

15 juillet, par Manuel Marchal

L’étude conjointe de l’INSEE, de l’AFD, de l’IEDOM et du CEROM, publiée le 9 juillet 2026 et intitulés « En 2025, léger rebond de la croissance économique réunionnaise » met en avant une légère reprise de l’économie réunionnaise. Mais derrière la hausse du PIB demeure la réalité d’un territoire marqué par plus de cinquante ans de chômage de masse, une pauvreté touchant une grande partie de la population et une forte dépendance à l’argent de la France. Cette croissance profite peu au plus grand nombre et illustre les limites d’un système à bout de souffle, le néocolonialisme.

L’étude publiée le 9 juillet 2026 par l’INSEE, l’AFD, l’IEDOM et le CEROM présente un tableau qui pourrait laisser croire à une amélioration de la situation économique de La Réunion. Le PIB progresse de 1,1 % en 2025, davantage qu’en France (+0,8 %). Les dépenses publiques augmentent, la consommation des ménages résiste, le revenu disponible progresse de 1,5 % et l’investissement repart. Au premier trimestre 2026, l’activité est même annoncée comme « un peu mieux orientée » qu’au niveau de la France.

Richesse produite sans développement

Mais derrière ces chiffres se cache une réalité que les indicateurs macroéconomiques ne peuvent masquer : La Réunion reste enfermée dans un modèle économique qui produit de la richesse sans assurer le développement de son peuple.
Comment parler de reprise lorsque le chômage est plusieurs fois plus important qu’à Maurice ou aux Seychelles ? Comment se satisfaire d’une croissance du PIB alors que, depuis plus d’un demi-siècle, le chômage de masse est devenu une caractéristique permanente de notre société ? Comment évoquer une progression du revenu des ménages quand une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté ou dépend des prestations sociales pour survivre ?
Le contraste est d’autant plus saisissant que, dans le même temps, une minorité bénéficie de revenus comparables, voire supérieurs, à ceux de la France, et que le classe moyenne n’existe pas. C’est le produit d’un système, le néocolonialisme : une économie de transferts, alimentée par les dépenses de l’État, où coexistent une classe au pouvoir bénéficiant pleinement des ressources publiques et une majorité confrontée au chômage, à la précarité et au coût de la vie, tandis que les transferts deviennent les profits de filiales de sociétés extérieures, rapatriés en France.

L’argent de la France moteur de la croissance

L’étude elle-même montre que la croissance est portée avant tout par les dépenses des administrations publiques et les prestations sociales. Autrement dit, ce ne sont pas les capacités productives du pays qui créent cette richesse supplémentaire, mais les transferts financiers venus de l’extérieur. Cette dépendance à l’argent de la France empêche l’émergence d’un développement capable de créer suffisamment d’emplois et de répondre aux besoins de la population.
Les comptes économiques peuvent afficher une croissance, tandis que la société demeure profondément inégalitaire. Les agrégats macroéconomiques progressent, mais le sous-développement persiste. Les institutions se félicitent d’une reprise, alors que des dizaines de milliers de Réunionnais restent privés d’emploi et que la jeunesse continue de payer le prix d’un système incapable de lui offrir un avenir.

Gestion des conséquences du sous-développement

Cette situation n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence d’un système où les décisions économiques essentielles sont prises hors de La Réunion et où les politiques publiques privilégient la gestion des conséquences du sous-développement plutôt que son dépassement. Tant que l’économie réunionnaise restera organisée autour de la dépendance aux transferts publics, la croissance pourra varier d’une année à l’autre sans modifier les réalités fondamentales : chômage de masse, pauvreté persistante, faiblesse du tissu productif et inégalités sociales.
80 ans après l’abolition du statut colonial remplacé par la départementalisation visant à maintenir la structure coloniale, à quoi sert une croissance qui ne permet ni le plein emploi, ni l’éradication de la pauvreté, ni l’émancipation économique du peuple réunionnais ?

M.M.

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