L’impasse d’un système néocolonial

Défaillances d’entreprises en hausse depuis 4 ans : la crise d’un modèle imposé aux anciennes colonies françaises intégrées à la République française

28 février, par Manuel Marchal

La hausse des défaillances dans les anciennes colonies intégrées à la République illustre l’impasse d’un système néocolonial : ces territoires sont transformés en marchés captifs où les transferts publics venus de France alimentent des profits privés rapatriés vers la France, lointain pays d’outre-mer, au lieu de financer un véritable développement productif local.

En 2025, 2 832 redressements et liquidations judiciaires ont été enregistrés dans les anciennes colonies françaises intégrées à la République alerte une étude de l’IEOM publiée ce 27 février 2026. Quatre années consécutives de hausse : +12,2 % sur un an, contre 3,5 % pour la France. L’écart se creuse. Ce décrochage n’est pas un accident statistique. Il révèle l’essoufflement d’un modèle économique imposé aux anciennes colonies françaises devenues départements ou collectivités, maintenues dans une dépendance structurelle.

La lessiveuse du système néocolonial

Le principe est connu : ces territoires fonctionnent comme des économies de transfert. Les financements publics venus de France irriguent la consommation locale, mais une part significative de la valeur créée repart vers la France sous forme de dividendes, de marges commerciales ou de contrats captés par des groupes étrangers. Au lieu d’encourager l’émergence de filières productives autonomes, le système privilégie l’importation et la distribution.
Les chiffres sectoriels confirment cette fragilité. À l’exception de l’information-communication, tous les secteurs voient les défaillances augmenter. Le transport et l’entreposage bondissent de +28,6 %, l’hébergement-restauration de +25,2 %, les conseils et services aux entreprises de +24,6 %. Même lorsque la hausse ralentit dans l’industrie (+6 %) ou le commerce automobile (+3,4 %), la dynamique reste négative. La construction, pilier artificiel soutenu par la commande publique, repart à la hausse au dernier trimestre.
Dans les territoires, l’aggravation est généralisée. En Guadeloupe, les défaillances frôlent 500 cas en 2025 (+44,3 %), un doublement en trois ans. En Guyane, elles ont triplé pour atteindre 168, l’arrivée à échéance des aides post-crise sanitaire révélant la dépendance des entreprises à des soutiens extérieurs. En Martinique, le seuil des 500 est franchi pour la première fois depuis 2013 (+15,6 %), tiré par l’hébergement-restauration et la construction.
La Réunion apparaît en léger recul sur un an (-1,2 %), grâce à une décrue dans la construction après un pic historique en 2024. Mais cette amélioration relative masque une vulnérabilité persistante : les services aux ménages y enregistrent une hausse significative des défaillances. Autrement dit, la base productive reste étroite et exposée aux moindres variations de trésorerie.
La Kanaky Nouvelle-Calédonie limite la casse grâce à des dispositifs exceptionnels après la crise de 2024. En Polynésie, la diminution engagée depuis trois ans se confirme (-18,6 % en 2025). Ces situations contrastées ne remettent pas en cause la tendance lourde : la majorité des anciennes colonies françaises intégrées à la République française subissent une pression accrue.
Derrière ces données, une réalité politique s’impose. Tant que ces territoires seront considérés comme des espaces de conversion de transferts publics en profits privés rapatriés vers la France, la dynamique productive locale restera entravée. Les aides compensent sans transformer. Elles soutiennent la consommation mais pas la souveraineté économique.
La multiplication des défaillances d’entreprises n’est donc pas seulement le symptôme d’une conjoncture difficile. Elle traduit la crise d’un modèle centralisé qui organise la dépendance et freine le développement endogène. Sans réorientation vers la production locale, la diversification et la maîtrise des chaînes de valeur, la spirale des défaillances risque de se poursuivre, creusant encore le sous-développement.

M.M.

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