Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Création de la Confédération des Producteurs de Fruits de La Réunion (CPFR)
29 décembre 2006

La CGPER a accompagné la création d’une section syndicale pour défendre les intérêts des producteurs de fruits. La CPFR, présidée par Emmanuel Darid, agriculteur à Sainte-Suzanne, a déjà pris rendez-vous avec le Conseil général et le Conseil régional pour parler de l’avenir de la filière, notamment de l’exportation. La confédération espère exporter 6.000 tonnes de fruits par an. Contre 2.000 actuellement.
Sous l’impulsion de la CGPER, une poignée de jeunes agriculteurs ont créé, depuis le 20 décembre, une section syndicale chargée de défendre les intérêts spécifiques des producteurs de fruits. « La CPFR est une section syndicale spécialisée. C’est une première à La Réunion, mais en Métropole, ce genre de section existe depuis des années, que ce soit pour la production céréalière, animalière ou fruitière. Ces syndicats sont les principaux interlocuteurs des autorités locales », explique Eric Soundron de la CGPER. L’objectif de ce syndicat est donc de donner plus de poids aux demandes des producteurs de fruits auprès des collectivités locales.
Une trentaine d’adhérents à la CPFR
Pour Emmanuel Darid, la création de cette confédération était devenue incontournable. « Les enjeux à venir sont importants pour les producteurs. Chacun a voulu évoluer dans son coin, on a vu que les messages avaient du mal à passer devant les collectivités locales. Or, il n’y a que lorsqu’on se rassemble que l’on arrive à faire entendre nos intérêts », souligne le jeune agriculteur. Sur les 260 producteurs de fruits que compte l’île, une trentaine ont pour l’instant adhéré à la confédération. « La confédération est ouverte à tous les producteurs de fruits de l’île. Peu importe leur syndicat, leurs opinions politiques. Quand le coût du fret augmente, il augmente pour tous les producteurs. Nos intérêts sont communs », précise Emmanuel Darid.
D’ores et déjà, la CPFR a pris rendez-vous avec le Conseil général, chargé de l’agriculture dans le département, et avec le Conseil régional qui s’occupe du dispositif SFAE, pour favoriser l’exportation des fruits. Car l’année 2007 s’annonce difficile pour les producteurs. D’ici quelques mois, ils seront confrontés à une modification des normes européennes. L’Europe envisage de ne plus subventionner les plantations d’ananas, considérant que cette activité n’est pas pérenne. « Avec l’augmentation du coût de production, de la main-d’œuvre et la baisse des subventions, comment allons nous continuer ? », s’interroge Emmanuel Darid. D’autres questions restent en suspend : y aura-t-il une dérogation pour l’utilisation d’herbicides qui ne sont plus homologués au 1er janvier, puisque aucune solution de remplacement n’est prévue ? Faudra-t-il avoir recours au désherbage manuel ? Les aides de l’Europe seront attribuées désormais aux agriculteurs qui appartiennent à une organisation de producteurs. L’application de cette décision pourra-t-elle se faire graduellement jusqu’à 2009 ? Pourra-t-on diminuer le coût du fret pour établir une véritable continuité territoriale, comme on veut le faire pour les passagers ? Pourront-ils enfin être payés au kilo et non plus à l’hectare ? C’est à ces interrogations que la CPFR espère obtenir des réponses auprès des collectivités locales. Et pour relayer ses revendications en Métropole, la CPFR s’est affiliée à la section syndicale des producteurs de fruits de la Confédération paysanne.
Edith Poulbassia
An plis ke sa
• La production de fruits en chiffres
C’est : 2.000 tonnes de fruits exportées cette année, contre 1.000 tonnes en 2003. L’objectif est d’atteindre 6.000 tonnes d’ici 2015. Les 260 producteurs récoltent 40.000 tonnes par an, dont 10.000 tonnes de letchis, et 6.000 d’ananas. Le reste : mangues, fruits de la passion, etc... La CPFR veut diminuer le coût du fret (2,80 euros le kilo contre 1,20 à Madagascar) et renforcer les partenariats commerciaux avec la Métropole. Le marché local ne consomme pas assez de fruits produits dans l’île. La restauration collective représente pourtant 200.000 repas par jour. Seules 5.000 tonnes de fruits locaux sont consommées par an.
• Création d’une unité de transformation
Une nouvelle perspective pour les producteurs dans quelques semaines : écouler toutes leurs marchandises grâce à l’unité de transformation de Boyer SA. Les 20% de fruits d’un agriculteur qui ne pouvaient pas être exportés, car de calibre trop gros ou trop petit, seront transformés : emballés sous vide pour les fruits trop gros, transformés en purée ou autres produits pour les plus petits. D’autres unités de transformation de fruits sont en projet, notamment dans la ZFU de l’Est.
Emmanuel Darid, Président du CPFR et jeune agriculteur à Sainte-Suzanne
Un jeune agriculteur, président de la section syndicale des producteurs de fruits. Emmanuel Darid a tout juste 22 ans et a repris une exploitation depuis 1 an à Sainte-Suzanne. Cinq hectares (sur les 8) qu’il consacre à la culture de la canne et de l’ananas. « Pour l’instant, je n’ai encore rien produit. Je vais récolter les fruits de mon travail bientôt », explique t-il. Emmanuel Darid n’a pas repris l’exploitation de ses parents, agriculteurs eux aussi, mais il a eu la chance qu’un producteur vienne directement lui proposer de prendre la suite. « J’avais déposé quelques candidatures à la SAFER, sans succès », se rappelle t-il. Depuis le lycée, Emmanuel Darid a choisi de travailler dans le secteur agricole. Après un Bac STAE, il poursuit ses études au LEGTA de Saint-Paul. « Pour moi, c’était évident. Malgré les difficultés du métier, j’ai voulu devenir agriculteur, d’abord parce que mes parents travaillaient la canne, et puis j’aime ce contact avec la terre. Les autres domaines ne m’intéressaient pas. Quand on voit que des jeunes à Bac+5 ou +8 ne trouvent pas d’emploi, je pense que j’ai fait le bon choix », raconte le jeune producteur de fruits. Bien que très jeune, le président de la CPFR a déjà l’habitude de représenter les agriculteurs. Il est également président d’une association d’agriculteurs de Bras-Panon. « Le territoire est plus restreint, mais je pense avoir l’expérience nécessaire pour porter les revendications de la CPFR », affirme-t-il.
E.P.
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