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par le Dr Raymond Vergès

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Deux exemples dans le développement des technologies en Chine au service des solutions aux questions pratiques posées par la société chinoise

ESIROI et Institut Confucius

lundi 15 novembre 2021, par Kalouma


Dans le cadre des 30 ans de la Fête de la science, l’ESIROI accueille deux conférences sur les projets Europe/Chine. La première a eu lieu le vendredi 5 novembre, à l’initiative de l’institut Confucius, sur le thème « Innovation et villes intelligentes en Chine », donnée par un jeune ingénieur franco-iranien devenu entrepreneur dans une ville chinoise d’un type nouveau.
La prochaine conférence organisée dans les mêmes conditions et au même lieu se tiendra le 18 novembre, à 18h30, avec Jean-Sébastien Cheung-Ah-Seung, lui aussi ingénieur entrepreneur, sur le thème des « Partenariats stratégiques biotech entre l’Occident et la Chine ». Pensez à vous inscrire ; les personnes extérieures à l’université pourront suivre la conférence en ligne (http://t.univ-reunion.fr/2543).


L’innovation technologique tient un rôle très important dans les mutations accélérées que la Chine connaît actuellement.
Milad Nouri, 38 ans, est né en Iran et a grandi en France où il a fait des études en ingénierie informatique.
A la fin de ses études, vers 2004, il a fait le choix d’aller travailler en Chine ; cela aurait pu être dans la Silicon Valley ou en Inde… Mais la Chine lui a paru être une « terre d’opportunités » plus fascinante, au rythme de croissance impressionnant et, suite à des partenariats qui se mettaient en place dans son école d’ingénieurs, il est arrivé d’abord à Canton (Guangzhou) puis dans la ville de Hangzhou, capitale de la province de Zhejiang, en Chine orientale – une région très touristique autour de la baie de Hangzhou, au sud de Shangaï.
C’est une « ville intelligente » (smart citiy) très en pointe dans le domaine de la haute technologie et qui a développé, dans un de ses quartiers, un modèle de « ville idéale à la française » (French Dream Town) toute entière tournée vers l’innovation. Lorsqu’il y est arrivé en 2005, Hangzhou était une ville de province de 9 millions d’habitants, de tradition industrielle certes, mais il n’y avait encore rien dans le quartier qui est devenu en 10 ans une ville de près de 700.000 habitants : la French Dream Town.
Milad Nouri donne un aperçu saisissant du développement de la Chine en ce début de 21e siècle ou du moins, d’un de ses axes de développement que constituent l’informatique et le secteur émergent de l’Intelligence artificielle.

Le téléphone mobile principal moyen de paiement

Parmi les exemples qu’il donne pour faire comprendre à quel rythme la Chine évolue, il y a les évolutions survenues dans la monnaie. En 2005, le mode de paiement le plus courant était encore l’argent liquide. Il y avait très peu de cartes de crédit ou de cartes de paiement. L’arrivée d’une application de paiement lancée par le groupe Alibaba (centrale d’achats en ligne), a introduit un mode de paiement avec QR-code qui ne passe pas par les cartes de crédit et qui est directement relié au compte bancaire.
Les Chinois ont appris en quelques années à se servir de leur téléphone dans une multitude d’actes de la vie quotidienne : prendre les transports en commun, appeler un taxi, payer ses achats, payer son parking… Il ne faut surtout pas se trouver à court de recharge de batterie du téléphone, en Chine. Cela a induit un modèle de développement reposant sur un large déploiement de batteries externes (power bank), dont les bornes peuvent être trouvées grâce à une application dédiée.

L’intelligence artificielle pour résoudre les problèmes urbains

Un autre aspect de la vie sociale et économique chinoise décrite par Milad Nouri est la réactivité des entreprises et des investisseurs dans la recherche de solutions aux problèmes pratiques posés par la société chinoise.
Celle-ci connaît dans les villes en particulier un rythme de croissance rapide et le gouvernement chinois mise sur la technologie smart city pour résoudre les problèmes urbains que cela pose. A Shangai par exemple, un modèle d’Intelligence artificielle propose des itinéraires alternatifs aux embouteillages (des capteurs et des écrans LCD proposent des itinéraires alternatifs) ; ceux-ci ont été testés dans un quartier de Shangai (de 26 millions d’habitants) et ils seraient maintenant prêts à être étendus partout.
Il décrit aussi à Hangzhou un « cerveau urbain » (city brain) géré par une intelligence artificielle capable de changer en temps réel la durée des feux rouges. Une des conséquences est qu’« il y a des caméras partout » mais cela ne perturbe pas la vie sociale, les Chinois étant demandeurs d’innovation et de solutions technologiques, pourvu qu’elles leur simplifient la vie.

La « ville idéale à la française »

Ils n’opposent pas systématiquement à ces innovations les scrupules éthiques ou les suspicions de surveillance malveillante rapportés dans certains médias occidentaux.
Enfin, la « ville idéale à la française » œuvre à un projet de ville intelligente pour la protection de l’environnement : elle a reçu un prix des Nations-Unies pour son design et son cadre de vie. C’est un modèle urbain conçu par un projet collaboratif auquel ont pris part une trentaine de start-up françaises installées dans un immense centre d’innovation (un cluster) : on y recense en tout plus de 700 start-up et 3 licornes (qui sont des start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars). La France entière compterait une vingtaine de « licornes » et, dans un seul quartier d’une ville de province chinoise, il y en a déjà trois…
Le principe de la ville idéale est qu’on y crée des solutions (par exemple pour l’écologie et les énergies renouvelables, la pollution, etc.) qui seront expérimentées aussitôt dans la ville-même, conçue pour être à la fois un lieu d’innovation et d’expérimentation des innovations. On projette d’y faire fréquemment de nouvelles expériences de style de vie et de nouvelles expériences de consommation (appelées « new retail »).
La ville idéale reste à construire. Elle occupera 30.000 m2 et il ne fait aucun doute, pour Milad Nouri, qu’elle sera achevée d’ici deux ans, avec au centre le « cerveau urbain » collectant en temps réel toutes les données utiles à la prise de décision.

Kalouma



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