Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Crise financière : quelques détours par la théorie - 3ème partie
23 octobre 2008

(...) Dans le cas des entreprises, elle est étroitement liée au cycle de valorisation du capital. Moyennent intérêt, les banques fournissent aux firmes des sommes qui leur permettent soit d’attendre que des paiements leur soient faits (escompte des effets commerciaux et autres créances), soit de compléter leurs capitaux propres au moment d’investir dans des activités créatrices de valeur et de plus-value. Dans le cas du crédit aux particuliers, il y a création, moyennant intérêt de nouveau, d’un pouvoir d’achat fictif, au-delà de l’épargne et du revenu courant, dont la fonction est de soutenir la demande.
Le crédit est la forme la plus vulnérable de capital fictif. Les obligations sont adossées à la stabilité politique des États qui les ont émis. Pour autant qu’elles soient détenues par des investisseurs ayant les moyens d’être "patients", les actions peuvent supporter l’aléa des fléchissements conjoncturels et des chutes des cours. Ce n’est pas le cas du crédit consenti par les banques. Il a toujours dépassé de très loin le montant des sommes placés en dépôt, de sorte que la question posée a été depuis longtemps celle de son ampleur sans risque excessif, l’un des principaux rôles des Banques centrales ayant été de surveiller et de contrôler la création de crédit.
Ce rôle a sauté sous l’effet de deux facteurs. D’abord la libéralisation financière qui a ouvert le métier de banquier aux fonds de placement et poussé le banquier à devenir, de son côté, un pur spéculateur pour une partie de ses opérations. En raison ensuite du sentiment d’ivresse propre au fétichisme de l’argent, qui s’est emparé des milieux financiers et les a conduits à concevoir collectivement la technique nommée "titrisation" comme moyen de développement "sans fin et sans limite" du capital fictif basé sur le crédit (12). Elle les a encouragés à recourir à de forts "effets de levier", à des taux d’endettement d’une valeur supérieure à 30 fois le capital propre pour les fonds ou les banques qu’il a fallu sauver de la faillite depuis novembre, semant les éléments de la crise dans la forme prise à l’étape actuelle.
(à suivre)
François Chesnais, économiste, professeur émérite à l’université Paris 13 Villetaneuse
(12) Pour une explication du caractère de capital fictif "à la puissance n" des "conduits et nouveaux véhicules" de la titrisation, voir François Chesnais, "Portée et cheminement de la crise financière", La Brèche-Carré Rouge, n°1, Lausanne, décembre 2007.
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