La CGPER soutient un collectif de planteurs à La Possession

Eau + terres = diversification

12 mai 2004

Une quinzaine de planteurs de Sainte-Thérèse privés d’eau d’irrigation ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Avec le soutien de la CGPER, ils interpellent les autorités sur leur volonté politique de permettre le maintien des activités agricoles.

Les planteurs de Pichette pourraient reprendre à leur compte la complainte du poète François Villon : "Je meurs de soif au bord d’une fontaine..." (“Des contraires”). À un jet de pierre du Case où ils se sont rassemblés hier matin passe une canalisation qui débouche sur la station de traitement de l’eau potable, à 300 mètres de là. Mais comment irriguer 150 hectares avec de l’eau potable facturée 5 francs le mètre cube d’eau ?
Ils sont une quinzaine d’agriculteurs - dont beaucoup de jeunes qui espèrent encore “s’installer” - qui, pour l’essentiel, font de la canne à sucre : 35 à 40 tonnes/ hectare, alors qu’ils pourraient en récolter le triple avec des parcelles irriguées.
Aussi ont-ils décidé de prendre le taureau par les cornes, avec le soutien de la CGPER (Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion) dont le président, Jean-Yves Minatchy, leur a fait des offres de revendications. "Un forage pourrait alimenter 10.000 habitants et irriguer 100 hectares", estime le syndicaliste, en s’appuyant sur un cas similaire résolu à Sainte-Marie. "Si on veut vraiment dépasser les deux millions de tonnes de cannes, il faut s’en donner les moyens", a ajouté le président de la confédération.
Pour la CGPER, la situation des planteurs de Pichette appelle une décision immédiate et une à plus long terme : dans l’urgence, il faut, selon Jean-Yves Minatchy, "apporter l’eau d’irrigation pour permettre la diversification" (des cultures) et pour l’avenir, envisager un forage.
Dans l’immédiat, les planteurs demandent aussi à la mairie d’étudier la détaxe sur l’eau potable. À court terme, la révision du SAR (Schéma d’aménagement régional) devrait aussi leur permettre de discuter avec les autorités des contraintes qui pèsent sur une zone classée en protection agricole forte, ce qui leur interdit d’ouvrir des gîtes ou tables d’hôtes, ou encore certains élevages.

"Un problème de zonage"

Un autre problème est lié aux normes et aux aides dépendant des zones en altitude. Ils sont presque tous installés entre 450 et 700 mètres mais se trouvent néanmoins exclus des aides allouées aux agriculteurs des Hauts (à partir de 500 mètres) - et ceci, en raison du zonage qui a été fait de leur secteur.
Pour tous ces problèmes, les planteurs ont cherché des interlocuteurs : mairie, DAF (Direction de l’agriculture et des forêts), Conseil général... Et ils sont très déçus. Ils voudraient au moins obtenir des élus municipaux qu’ils les aident à faire avancer les dossiers devant les instances territoriales ou administratives et qu’ils organisent une table-ronde.
De son côté, la Mairie de La Possession, par la voix de son secrétaire général, assure qu’elle "s’inscrit pleinement dans cette démarche" et que plusieurs contacts ont été pris avec la Chambre d’agriculture. "Une convention est en cours d’élaboration pour l’enquête de parcelles" assure Doris Carassou. D’autre part, le PLU (Plan local d’urbanisme) en cours d’élaboration comporte "une zone à village agricole" faisant leur place à "des activités d’agro-tourisme". Il devrait être adopté en juin 2004 et appuyer une politique de lutte contre le mitage des terres agricoles.
Mais du côté des agriculteurs, la patience s’épuise. Chez les jeunes surtout, à l’image du président du Collectif, Fabrice Gaulin, confronté depuis sa sortie de formation à l’école horticole de Saint-Joseph, à "un problème de zonage et de contraintes trop fortes". Ces jeunes voient avec une crainte certaine approcher l’échéance de 2006 (fin du règlement sucrier européen) : avec quelles aides pourront-ils encore s’installer passée cette date ?

Pascale David


Chambre d’agriculture : le président de la CGPER contre-attaque

Partialité du Département

La présidence de la Chambre d’agriculture a récemment donné l’alerte sur la situation financière précaire de cette institution. Le président Guy Derand, tout en sollicitant financièrement les collectivités territoriales, met en cause la gestion de l’ancienne présidence, assumée par Jean-Yves Minatchy. Réponse du berger à la bergère : le président de la CGPER - tout en rejetant pour cause de partialité "cet énième audit" de l’organisme consulaire - y relève certains éléments de dysfonctionnement, et d’autres qui stigmatisent la gestion de l’actuelle présidence...
Le rapport d’enquête sur le fonctionnement et la situation financière de la Chambre d’agriculture couvre la période 1998-2002, en y ajoutant le résultat prévisionnel 2003.
Certaines de ses conclusions concernent la précédente gestion et d’autres, l’actuelle. Le président de la CGPER observe au sujet de ce partage que "sur la trentaine de pages que comporte ce document, seule une dizaine de pages fait état de la gestion antérieure, le reste étant consacré aux directives de l’audit et aux erreurs persistantes de la nouvelle équipe".
Il note aussi que "...la fragilité de la situation financière de l’institution se caractérise par trois points d’ordre structuraux...", qui sont :

- la diminution des produits depuis 1999 (suppression de 3 millions de francs en 1996 et 5 millions de francs en 1998) ;

- un équilibre budgétaire dépendant trop fortement des subventions.

- une mauvaise politique tarifaire.

Et encore, ce constat passe-t-il rapidement, souligne Jean-Yves Minatchy, sur la baisse des produits en 1996 et 1998 "qui est pourtant à l’origine de la politique de restriction de l’institution ( moins 21 millions de francs en cinq ans)", alors que l’équipe actuelle "a bénéficié de 27 millions de francs en trois ans sans avoir réussi l’équilibre budgétaire (plus de 2 millions de francs de déficit annoncé pour 2004)".
Dans ce constat, c’est la partialité du Département dans sa politique de subvention du temps de l’ancienne direction de la Chambre qui est pointée du doigt.
La nouvelle équipe dirigeante de la Chambre n’est pas épargnée non plus. La mission d’expertise relève "le recours massif aux emprunts et aux subventions des bailleurs de fonds, qui entraînent une dépendance et une dilapidation des fonds propres de l’institution". Une institution qui peut s’apprêter à traverser une des plus graves crises de son Histoire.


Problèmes de circulation pour les planteurs dans le Sud

Au cours d’une conférence de presse tenue récemment au lycée agricole de Saint-Joseph, en présence d’une cinquantaine de planteurs livrant sur les plates-formes de Saint-Pierre, la CGPER est revenue sur les problèmes de circulation qui vont se poser dans cette région avec l’ouverture de la campagne sucrière.
En effet, après avoir alerté l’opinion publique ainsi que les autorités le 15 février dernier sur la plate-forme de Casernes, et malgré les entretiens avec le sous-préfet de Saint-Pierre, la CGPER constate qu’"à ce jour, aucune décision n’est intervenue quant à la circulation sur le site avec la construction d’un centre commercial".
Plus inquiétant encore : depuis le départ du sous-préfet, les nombreuses sollicitations de la centrale syndicale sont restées lettres mortes car la sous-préfecture ne peut prendre aucune décision avant l’installation du nouveau sous-préfet vers le 15 mai.
"Il est improbable qu’une solution soit trouvée pour la livraison des cannes sur Casernes et les planteurs vont travailler dans de mauvaises conditions pour le transport des cannes, car il faut compter environ 500 aller-retours de tracteurs par jour pendant la coupe", affirme le syndicat.
Enfin, la CGPER estime que "la construction du centre commercial comporte de nombreuses irrégularités qui rendent son permis de construire illégal".


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