La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Adoption du projet de loi par les députés
30 juin 2004

Alors que la mobilisation se poursuit pour que les usagers puissent bénéficier du droit à un service public de l’énergie de qualité, les députés de la majorité ont voté pour la transformation d’EDF en société anonyme. Cette ouverture de l’entreprise publique aux intérêts privés suscite à La Réunion des craintes légitimes. Si ce message a été relayé par Huguette Bello et Christophe Payet, les députés UMP Audifax, Thien Ah Koon et Victoria ont pour leur part suivi le gouvernement et ont voté pour le texte.
Hier, les députés ont voté solennellement le projet de loi qui modifie le statut d’EDF et GDF, en transformant les deux entreprises d’établissements publics industriels et commerciaux (EPIC) en sociétés anonymes par 376 voix pour et 180 contre.
Amendé de manière très restreinte, alors que des bancs de la gauche (communistes, socialistes et Verts) près de 2.000 amendements ont été déposés, ce texte consacre l’ouverture du capital des deux entreprises, d’ici un an, à hauteur de 30%. Ce qui, de fait, contrairement aux déclarations répétées de Nicolas Sarkozy, de Jean-Pierre Raffarin et même de Jacques Chirac, qui affirmaient que EDF et GDF ne seront pas privatisés, enclenche le processus de privatisation des deux entreprises, avec la possibilité pour les futurs actionnaires - même minoritaires - d’imposer leurs décisions. Non pas pour répondre aux impératifs du service public, mais à ceux qui déterminent la rentabilité de leurs actions en Bourse. Avec de graves conséquences pour La Réunion (voir “Témoignages” d’hier), car avec la transformation en société anonyme, on se doute que les profits passeront avant la solidarité avec les plus démunis.
On peut remarquer qu’à l’UMP, seules trois voix ont manqué au gouvernement, à l’UDF, 26 voix pour et 2 contre. Du côté de l’opposition, le groupe socialiste a unanimement rejeté le projet, tout comme le groupe communistes et républicains. "Nous sommes contre ce texte non pas par apriorisme idéologique ou quelque dogmatisme que ce soit mais parce qu’il s’agit là d’un service public qu’on pourrait qualifier de régalien", a expliqué Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS. Pour sa part, le député PCF Daniel Paul a estimé que la majorité parlementaire a pris, "devant le pays et devant l’Histoire, une responsabilité lourde, celle de détruire un outil national pour le mettre au service des financiers". Ceci confirme la volonté du gouvernement qui est de "mettre en oeuvre les plus mauvais coups à l’égard des acquis sociétaux de notre peuple et de notre pays".
L’enjeu de ce débat est donc de taille. D’ailleurs, pour souligner l’importance de cette question, Max Banon rappelait que la CGTR-EDF souhaite que tous les élus réunionnais se positionnent par rapport à ce projet d’ouverture de capital qui menace le droit à un service public d’énergie abordable et performant. Un premier élément de réponse est parvenu hier de l’Assemblée nationale. Huguette Bello et Christophe Payet se sont opposés à ce projet ultra-libéral en votant contre le texte. Membres du groupe UMP, Bertho Audifax, André Thien Ah Koon et René-Paul Victoria sont d’un avis contraire et sont pour un projet qui ne pourra qu’être un obstacle au développement de notre pays. En effet, devant les défis que nous avons à relever dans un contexte spécifique, comment peut-on garantir qu’une société anonyme puisse remplir la mission de fournir de l’énergie à tous les Réunionnais à un prix abordable, égal à celui payé par les usagers de France métropolitaine ?
Sur la question de la transformation de l’entreprise publique qui fournit l’électricité aux Réunionnais, les députés se sont positionnés clairement. Le débat se poursuit au Sénat à partir du 5 juillet, mais face à l’importance de l’enjeu, on se doute que la mobilisation pour que le gouvernement renonce à son projet va se poursuivre (voir encadré).
Les travailleurs toujours mobilisés
Entre 5 et 6.000 électriciens et gaziers d’Ile-de-France, selon les organisateurs, 2 à 3.000 selon la police, ont manifesté à nouveau hier à Paris pour marquer leur opposition à la réforme du statut d’EDF-GDF, que les députés ont malgré tout adopté dans l’après-midi.
Les syndicats CGT, FO, CFDT et CFTC ont appelé les salariés des deux entreprises publiques à une nouvelle journée nationale d’actions, la sixième en trois mois, pour exiger le retrait du texte. La transformation d’EDF et de GDF en sociétés anonyme ouvre la voie à une privatisation, rappellent les syndicalistes. Dans un communiqué, la fédération CGT Mines-Energie réaffirme que "l’objectif commun" est le "retrait du projet de loi". "La fédération entend poursuivre les actions sous toutes les formes, coupures de courant incluses, qui ne portent pas préjudice aux usagers", déclare le syndicat qui s’engage à "mettre tout en oeuvre" pour s’opposer aux sanctions qui viseraient les agents grévistes.
"Face à l’éventuelle irresponsabilité politique dans ce pays, nous nous engageons résolument dans la conquête de l’opinion publique et nous interpellons une fois de plus le président Chirac afin qu’il sorte de son silence et qu’il s’exprime enfin sur ce dossier ainsi que sur l’organisation d’un référendum", conclut la CGT.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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