Les questions du temps présent
21 juillet, parCeux qui n’ont que la France comme horizon indépassable tournent en rond
INSEE - Bilan économique 2024 de La Réunion
15 juillet 2025, par

En 2024, à La Réunion, le produit intérieur brut (PIB) ralentit nettement. Il augmente de 0,5 % en volume contre +1,7 % en 2023. De surcroît, la hausse du PIB est très inférieure à celle en France (+1,2 %).
La croissance réunionnaise est portée à parts égales par la consommation des ménages et les dépenses des administrations publiques. La consommation des ménages progresse modérément (+1,5 % en volume). En effet, dans le contexte d’une inflation toujours soutenue (+2,8 %) et supérieure au niveau national, le pouvoir d’achat individuel des ménages progresse peu (+1,2 %). Il augmente sous l’effet de la croissance du montant des prestations sociales versées aux ménages, et dans une moindre mesure des revenus d’activité. Sa hausse est cependant deux fois moindre qu’au niveau national (+2,3 %). L’épargne bancaire des Réunionnais augmente de 3,6 % en 2024, et les encours de crédits à la consommation croissent de 5 %.
L’emploi salarié continue d’augmenter en 2024 (+0,4 %), mais à un rythme nettement ralenti par rapport aux années précédentes. Si l’emploi salarié recule dans le secteur privé, il augmente néanmoins dans le secteur public. Les créations d’entreprises augmentent en 2024 sous l’effet de la création massive de sociétés en nom collectif (SNC) en lien avec un dispositif de défiscalisation. Sans ces dernières, le nombre total de créations serait stable en 2024. Comme depuis quatre ans, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) se maintient à 17 %.
En 2024, l’investissement chute, en lien notamment avec la baisse de la construction de logements. Le déficit commercial se creuse avec une hausse des importations et une baisse des exportations. L’activité touristique stagne. La production agricole recule sous l’effet d’une baisse de la production végétale : la production de canne chute, et celle de fruits et légumes diminue sensiblement suite au passage du cyclone Belal en début d’année.
Une hausse modérée du pouvoir d’achat et de la consommation, freinés par une inflation toujours soutenue
En 2024, le revenu disponible de l’ensemble des ménages réunionnais progresse de 4,6 % en valeur après avoir augmenté de 5,9 % en 2023. Cette hausse est principalement portée par les prestations sociales (+6,3 % en 2024), notamment les pensions de retraite et les allocations chômage, et dans une moindre mesure par les revenus d’activité. En effet, si l’emploi salarié continue d’augmenter en 2024, sa croissance ralentit nettement. De fait, la progression de la masse salariale globale fléchit fortement (+3,4 % après +6 % en 2023). Ce ralentissement est surtout lié à celui du secteur privé, où l’emploi recule.
Toutefois, du fait d’une inflation toujours soutenue (+2,8 % en moyenne sur l’année), dépassant pour la première fois depuis dix ans le niveau national (+2 %), le pouvoir d’achat par habitant ne progresse que de 1,2 %. La progression est nettement moindre qu’au niveau national (+2,3 %).
La consommation des ménages en pâtit : elle croît modérément en 2024 (+1,5 % en volume) comme en 2023.
En 2024, l’inflation en moyenne annuelle ralentit à La Réunion, mais nettement moins qu’au niveau national
En 2024, à La Réunion, la hausse des prix à la consommation des biens et des services reste élevée : l’inflation atteint 2,8 % en moyenne sur l’année. Elle ralentit cependant par rapport à 2023 (+3,1 %) et 2022 (+3,6 %). En France, les prix ralentissent plus fortement encore en 2024 (+2,0 %), après deux années de plus forte inflation (+4,9 % en 2023, +5,2 % en 2022). Ainsi, pour la première fois depuis dix ans, l’inflation à La Réunion dépasse le niveau national.
Les services contribuent pour moitié à l’inflation à La Réunion en 2024, avec une hausse des prix de 3,1 % en moyenne sur l’année. Les prix des loyers, de l’eau et enlèvement des ordures ménagères accélèrent (+5,9 %). Malgré une hausse encore élevée en 2024 (+4,5 %), ceux des transports décélèrent nettement. Les prix des autres services contribuent aussi nettement à la hausse, notamment ceux des assurances.
L’alimentation contribue au tiers de la hausse des prix en 2024. Les prix des produits alimentaires ralentissent (+5,4 % après +7,6 % en 2023) mais bien moins fortement qu’au niveau national où ils avaient nettement augmenté l’an dernier (+1,4 % après +11,8 %). Ce sont autant les prix des produits alimentaires frais (en forte hausse après le cyclone Belal) que ceux des produits alimentaires non frais qui expliquent la hausse des prix de l’alimentaire en 2024 sur l’île.
Les prix de l’énergie ralentissent de nouveau (+4 % après +5,7 % en 2023 et +17,8 % en 2022). Cela est notamment lié à une nouvelle baisse des prix des produits pétroliers. En revanche, les prix de l’électricité augmentent encore fortement en 2024 (+16,6 % à La Réunion, +15,7 % en France).
En 2024, les prix des produits manufacturés décélèrent mais moins qu’au niveau national. Ils augmentent en moyenne de 0,5 % à La Réunion.
Un commerce extérieur atone
En 2024, La Réunion importe pour 7,1 milliards d’euros de biens et en exporte pour 413 millions, y compris les produits placés sous entrepôt douanier (poissons de la pêche australe).
Les importations augmentent légèrement en 2024 : +0,6 % en valeur, après -3,6 % en 2023. Les importations de biens intermédiaires augmentent (+17 %), tirées par celles de briquettes de bois et de biocarburant, en lien avec la conversion des centrales électriques à la biomasse. Dans le même temps, les importations d’énergies fossiles reculent du fait de la baisse des prix de l’énergie et l’arrêt des importations de fioul et de charbon en provenance du Brésil et d’Afrique du Sud. Les importations de biens de consommation non durables croissent de 5 %, celles de biens durables de 2 %. En revanche, les importations de biens d’équipement baissent (-8 %), en particulier pour les voitures (-11 %). Les importations en provenance de l’Hexagone, 1er fournisseur de La Réunion, progressent de 2 %, celles d’Asie, 2e fournisseur, de 5 %.
Les exportations croissent modérément en 2024 : +2,1 % en valeur, après -6 % en 2023. Les exportations de biens de consommation non durables augmentent de 15 %. Cette hausse est d’abord portée par celles du sucre (+44 %), rattrapant ainsi la baisse des exportations de 2023. Elle s’explique également par l’augmentation des exportations de poissons issus des mers australes (+7 %). En revanche, les exportations de rhum diminuent (-14 %).
Les exportations de biens d’équipement reculent de 24 %. Les exportations vers l’Hexagone, 1er client de La Réunion, croissent de 31 %, portées par les ventes de sucre. Les exportations vers l’Asie, 2e débouché de l’île, sont stables. Les exportations vers les îles voisines chutent de 31 %, en particulier vers Madagascar et Mayotte. La baisse des exportations vers Mayotte concerne les biens d’équipement (voitures notamment) et l’eau. En 2023, les exportations d’eau vers Mayotte (+361 %) avaient été impactées par la crise de l’eau traversée par ce territoire.
Les créations d’emplois ralentissent encore nettement en 2024
Fin 2024, 293 300 personnes sont salariées à La Réunion, secteurs privé et public confondus. L’emploi continue d’augmenter en 2024 (+0,4 %), mais son rythme ralentit encore nettement : 1 100 emplois sont créés en 2024, contre 3 300 en 2023 et 5 800 en 2022. Cette croissance de l’emploi reste plus dynamique qu’en France, mais l’avance sur la moyenne nationale se réduit nettement par rapport aux années 2018 à 2023.
En 2024, le privé perd 400 emplois (-0,2 %), après plusieurs années de forte croissance. La baisse est concentrée dans la construction, l’intérim, l’industrie et les transports. À l’inverse, l’emploi augmente notamment dans l’hébergement-restauration, le commerce et les services aux ménages et aux entreprises. L’apprentissage se stabilise à un niveau très élevé : 13 400 apprentis fin 2024 contre 3 800 fin 2019.
Les secteurs non marchands emploient 126 200 personnes fin 2024, dont les trois quarts dans le public. Dans ces secteurs, 2 900 emplois sont créés en 2024 (+1,3 %), dont la moitié dans le public et plus d’un tiers dans le secteur social privé (aides à domicile par exemple). Le nombre de contrats aidés « Parcours emploi compétences » (PEC) se stabilise : 9 100 bénéficiaires fin 2024.
Les créations d’emplois non salariés ralentissent aussi mais restent à un niveau élevé. Début 2024, 47 000 personnes exercent une activité non salariée, dans l’agriculture, la coiffure, la médecine, etc. En 2023, 2 300 emplois non salariés sont créés, essentiellement dans les services non marchands, en lien avec l’essor du statut de la micro-entreprise.
Les seniors, les jeunes et les femmes sont bien plus en emploi qu’avant la crise sanitaire
À La Réunion, 52 % des personnes âgées de 15 à 64 ans ont un emploi en 2024, soit 5 points de plus qu’en 2019, avant la crise sanitaire de la Covid-19. Le taux d’emploi reste très inférieur au niveau national (69 %), même si l’écart se réduit un peu (il est de 17 points en 2024, contre 20 points en 2019).
La hausse de l’emploi à La Réunion profite davantage aux personnes traditionnellement moins insérées sur le marché du travail : les seniors, les jeunes et les femmes. En effet, avec les différentes réformes visant à reculer l’âge de départ à la retraite, les seniors sont incités à rester plus longtemps en emploi. Ainsi, en 2024, 52 % des 50-64 ans sont en emploi, soit 7 points de plus qu’en 2019. Parmi les jeunes de 15 à 29 ans, 33 % ont un emploi en 2024 (+7 points), en lien avec le développement de l’apprentissage et la hausse de leur niveau de formation. Pour les femmes, le taux d’emploi s’élève à 49 %, en hausse de 6 points depuis 2019 (contre +4 points pour les hommes) ; l’écart se réduit donc entre les sexes.
En 2024, l’emploi progresse avant tout grâce à l’emploi non salarié en lien avec la forte augmentation du nombre d’auto-entrepreneurs. Il croît aussi, dans une moindre mesure, grâce à l’emploi salarié, tiré notamment par la hausse de l’apprentissage.
Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) concerne 17 % de la population active en 2024. Il est stable depuis quatre ans, en dessous de son niveau d’avant-crise sanitaire. Par ailleurs, 10 % de la population réunionnaise souhaiterait travailler mais n’effectue pas de démarches actives de recherche d’emploi ou n’est pas immédiatement disponible pour un emploi. Cette part est stable depuis 2014.
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