Economie

Endives et champignons : 2,2 millions d’euros aide publique pour tuer la production locale ?

15 emplois menacés par la tentative de créer un nouveau monopole à La Réunion

Manuel Marchal / 26 septembre 2020

Lors de la conférence de presse comme du propriétaire de Run Market et d’Intermarché, LM Distribution a annoncé un projet de champignonnière destinée à compenser l’absence de production locale. Or, cette production locale existe déjà depuis 1997 pour l’endive ce qui permet à l’île d’être autosuffisante dans ce domaine, et 2015 pour les champignons, où 80 % de la consommation est couverte par Endives Réunion, sans que cette société ait bénéficié d’aides publiques. Les 20 % manquant sont le marché représenté par les magasins liés exclusivement à LM Distribution pour leur approvisionnement. Le projet de nouvelle champignonnière bénéficie de plus de 2 millions d’aides publiques sous forme de FEADER et de défiscalisation. L’aide publique permettra à LM de vendre à des prix défiant toute concurrence, de faire disparaître Endives Réunion et ses 15 salariés, et de s’arroger le monopole de l’endive et du champignon à La Réunion, grâce à sa maîtrise des importations. Cette inégalité de traitement fait réagir.

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Endives Réunion produit déjà plus de 3 tonnes de champignons par semaine sans aucune subvention.

Jeudi dernier, une conférence de presse organisée par Make Distribution avec son partenaire Intermarché s’est tenue dans les locaux de LM Distribution. Ceci souligne la volonté du repreneur de 4 Jumbo Score de continuer à travailler avec la société qui approvisionnait quasi exclusivement en fruits et légumes plusieurs grandes surfaces de La Réunion. Au cours de cette conférence de presse, LM Distribution a présenté ces activités. Sur 24.000 tonnes fournies annuellement à ces grandes surfaces, la moitié provient de l’importation. L’argument est de dire que des légumes tels que les endives ou les champignons ne seraient pas assez produits à La Réunion. LM a donc annoncé un projet de champignonnière destiné à compenser ce supposé déficit de la production locale. Lorsque l’on creuse un peu, ce projet est un investissement de 3,5 millions d’euros, dont 2,2 millions d’euros sont des aides publiques sous forme de fonds européens (FEADER géré par le Conseil départemental) et de défiscalisation accordée par l’État.

Mais il s’avère qu’en réalité, La Réunion est déjà autosuffisante en endives, et au moins 80 % de la consommation en champignons de Paris est couverte par la production locale.
Créée en 1997, la société Endives Réunion a permis à notre île d’assurer son autosuffisance pour ce légume. Ainsi, depuis cette date, La Réunion n’a plus besoin d’importer d’endives.
LM Distribution s’est positionnée sur ce marché, et n’a pas non plus bénéficié d’aides publiques. Elle a néanmoins pu utiliser comme site de production un bâtiment dans l’Est déjà financé partiellement par des subventions.
C’est donc un marché hebdomadaire d’environ 4 tonnes, qui est alimenté par Endives Réunion pour 3 tonnes à 3,5 tonnes, le reste étant fourni par LM Distribution. Le concurrent n’a pas pu engager de guerre des prix, car il produit dans les mêmes conditions et ne peut donc que s’aligner sur les tarifs déjà pratiqués, qui sont plus compétitifs que les importations.

Quasi autosuffisance en champignons sans aides publiques

En 2015, Endives Réunion décide de diversifier son activité en lançant un projet de champignonnière pour éviter les importations. L’entreprise identifie un marché de 2 tonnes par semaine, et compte investir un million d’euros. Elle sollicite donc une subvention de 400.000 euros qui lui est refusée pour des motifs discutables : pas de marché et manque de compétences. Motifs démentis par la réalité.
Endives Réunion choisit malgré tout de persister. Il s’avère que le marché du champignon à La Réunion représente 4 tonnes par semaine. Endives Réunion produit plus de 3 tonnes par semaine qui sont écoulées dans 80 % du marché, 20 % sont verrouillés par des accords d’exclusivité entre LM Distribution et des propriétaires d’hypermarchés et autres grandes surfaces. Ces 20 % sont donc essentiellement de l’importation. Le seul moyen pour qu’un autre acteur puisse vendre à ces magasins sous concession est de passer par LM Distribution qui fixe donc son prix.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’annonce du projet de champignonnière de LM Distribution.

2,2 millions du contribuable pour tuer une initiative réunionnaise

Manifestement, le marché existe déjà et fonctionne en grande partie grâce à la production locale. Il est clair que l’investissement de LM Distribution va saturer le marché. Avec un projet bénéficiant de plus de 2 millions d’euros de subventions, la concurrence est faussée au profit d’un nouvel arrivant. Grâce à cette importante aide publique, LM Distribution pourra vendre moins cher et faire disparaître la concurrence d’Endives Réunion. Ceci fait, LM aura le monopole de la production locale de champignons et pourra fixer ses prix, tout en maîtrisant également l’importation de cette denrée.
Une telle manœuvre interpelle le monde agricole.
Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, estime que le problème n’est pas l’arrivée d’un nouvel acteur sur un marché, mais l’inégalité de traitement entre les acteurs. « Le projet de nouvelle champignonnière va tuer les 15 emplois pérennes d’Endives Réunion », poursuit-il.
« Il est inadmissible que de l’argent du contribuable serve à tuer une production locale au bénéfice d’une société privée qui veut avoir le monopole d’un marché », ajoute le responsable syndical, producteur de bananes, qui est également adhérent de la Coopérative Myresi comme Endives Réunion. « Nous avons 17 adhérents dont Endives Réunion qui compte à elle seule 15 emplois, nous sommes aussi bien structurés que d’autres organisations de producteurs et nous fournissons tous les jours des produits de qualité à la population de La Réunion », précise-t-il.

Des élus marchent sur la tête

Jean-Michel Moutama s’interroge sur les élus qui ont décidé d’accorder une aide FEADER à un projet qui va mettre 15 personnes au chômage et ruiner plus de 20 ans de travail : « on marche sur la tête en refusant d’aider une production locale tout en soutenant un nouvel acteur qui fait de l’importation et veut manifestement s’arroger le monopole de la production locale en endives et champignons ».
Décidément, les liens étroits affichés entre Run Market et LM Distribution ne laissent pas indifférents. Ils font craindre un renforcement de la situation de monopole qui pénalise fortement tout développement de l’économie réunionnaise, notamment dans l’agriculture.

M.M.



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Messages






  • On a les élu-e-s qu’on mérite avec une participation aux élections proche de zéro dans pas longtemps !

    Entre eux ils se servent la soupe froide et se prêtent la Kouyèr ... ( Indemnités , voyages , de petits plaisirs , aucune connaissance des dossiers à traiter )

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  • Désolée de vous contredire : personnellement je n’ai jamais vu un champignon de Paris réunionnais...les seuls que je vois sur les étals viennent de Pologne -chers et mauvais bilan carbone - (je n’achète pas) !- et vendus au LP. Pour ma part je ne connais que les pleurotes. Donc s’il existe des champignons de Paris cultivés ici je suis preneur ! Endive Réunion - qui n’emploie que 9 personnes max, a été financée par le FEOGA cad par l’Europe ! C’est une entreprise privée et les besoins sont là donc : je ne vois pas pourquoi une autre entreprise ne pourrait se développer. On doit encourager la culture locale ! et le bio...

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