Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Le prix de l’eau ne pourra qu’augmenter
16 juin 2006

Si la loi sur l’eau de 1992 consacre cet élément naturel comme ’patrimoine commun de la Nation’, sa gestion très décentralisée trouble la compréhension du fonctionnement des services publics de l’eau. Tout ne coule pas de source pour le contribuable qui voit et verra encore le prix de sa facture augmenter.
Compétence de la commune, le service public de l’eau consiste d’une part à alimenter en eau potable des usagers et d’autre part à assurer l’assainissement des eaux usées. Seules deux communes à La Réunion, Sainte-Rose et la Plaine des Palmistes, exploitent elles-mêmes leurs ressources. Les 22 autres ont choisi la délégation de services.
Le consommateur paye le double
CGE, CIRE et Saphir sont les délégataires de services qui fournissent de l’eau aux usagers. La commune, propriétaire des ressources, a la charge de financer les gros investissements structurants alors que le délégataire, tenu par une obligation de service, doit pourvoir aux petits renouvellements techniques pour le bon fonctionnement de la distribution. Le contribuable paye son fournisseur en eau et d’une commune à l’autre, la facture varie.
Avec un rendement d’exploitation de 60%, François Bocquée, directeur de l’Office local de l’eau, explique que sur l’ensemble de l’île, "le réseau est souvent mauvais." Si, par exemple, la commune autorise au délégataire une exploitation de 1.000 mètres cubes d’eau par jour et que ce dernier n’en vend que 500, "il est obligé d’en facturer le double au consommateur final. Le rendement du réseau est tel que forcément, il faut un coefficient de pondération." En clair, c’est le contribuable qui paye les pertes du délégataire. Depuis le 1er janvier 2005, le contribuable a désormais sur sa facture une ligne additionnelle "redevance de l’Office local de l’eau". Les foyers sont ainsi redevables de 4 centimes d’euros par mètres cubes d’eau consommés, contre 2 centimes pour les industriels et 0,1 centime pour les agriculteurs.
"On est loin des standards nationaux ou européens"
Si vous demandez à David Tholozan, président de l’Office local de l’eau et directeur du Comité de Bassin qui fixe par décision collégiale le coût de la redevance, pourquoi c’est le contribuable qui est le plus taxé, il vous répondra : "c’est comme ça, c’est la loi. C’est pas populaire, mais il faudra que le prix de l’eau augmente. C’est une nécessité. De plus en plus, ça va etre au consommateur de payer. C’est le prix de la potabilité de l’eau." Et c’est sans compter sur l’argument clé qui sonne comme une injustice sociale dont est victime la métropole : ici le prix de l’eau est deux voire trois fois moins cher.
De plus, comme rappelle François Bocquée, la redevance est à La Réunion limitée au prélèvement de l’eau, alors qu’en métropole, les 6 Agences de l’Eau ont tout un arsenal de taxes (pollution, nitrates, pesticides, etc) que nous connaîtrons d’ici janvier 2007. "Ce qu’il faut voir dans les taxes, c’est qu’à terme, elles vont peser sur le prix de l’eau et donc sur la consommation. En retour il faut effectivement fournir un service à la hauteur." Dans cette objectif, l’Office de l’Eau, établissement public qui a vu le jour voilà deux ans, doit être vu comme "un partenaire financier modeste, selon son directeur. Demain, on devrait avoir la taxe pollueur payeur pour pouvoir progressivement répondre en parti ou en totalité aux questions d’assainissement." Au vu des retards importants que rencontre l’île dans ce domaine*, "on est loin des standards nationaux ou européens."
16 projets pour un coût de 60 millions d’euros
Et le chemin est encore long. En 2005, la redevance versée par les délégataires des services de l’eau à l’Office (qui n’a pour l’instant reçu qu’un acompte de 30%) représente 6 millions d’euros. 2 millions serviront au fonctionnement de l’Office et les 4 restants seront redistribués aux acteurs de l’eau, les communes, selon leurs besoins et leurs projets qui seront répertoriés et triés par priorité dans un programme pluriannuel. Pour l’instant l’Office a reçu 16 projets qui représenteraient un coût total de 60 millions d’euros ce qui est révélateur de l’étendu des problèmes de rencontre notre île en matière de rendement et d’assainissement des eaux, deux leviers d’action à actionner en priorité. Mais le budget de l’Office n’est pas la seule ressource financière : il y a le Fonds régional d’aménagement foncier urbain (FRAFU), dont la caisse est vide jusqu’à milieu de l’année 2007 et les fonds européens du DOCUP dont on ne sait toujours pas s’ils seront maintenus à même hauteur pour la période 2007-2013.
Tout ceci n’est guère encourageant. À moins d’augmenter les impôts locaux, il est difficile d’imaginer que les communes puissent assurer les gros œuvres pour parvenir d’ici 2015 à "un bon état écologique des eaux", comme le demande une directive européenne, inscrite dans le projet de loi sur l’eau et les milieux aquatiques, adopté le 30 mai 2006 à l’Assemblée Nationale.
Stéphanie Longeras
*60% de la population renvoie ses eaux usées dans des fosses septiques (même en plein cœur de ville). 6 ou 7 communes n’ont pas d’équipements collectifs. La Réunion ne compte que 15 stations d’épuration qui traitent seulement les besoins équivalent à 300 000 habitants.
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