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Vers une crise sans précédent dans l’élevage
14 septembre 2021, par

L’application d’un plan d’éradication de la leucose bovine inadapté à la situation réunionnaise suscite la colère de nombreux éleveurs, cible d’arrêtés préfectoraux. Les éleveurs ne doivent pas supporter même partiellement les conséquences de l’importation et de la diffusion de la leucose bovine. La responsabilité de cette catastrophe repose sur l’État, responsable de la sécurité sanitaire, et sur ceux à qui l’État a délégué cette responsabilité. En conséquence, la logique voudrait que l’État compense intégralement la perte causée chez les éleveurs par l’importation et la diffusion de la leucose bovine dans le cheptel réunionnais. Ceci évitera la disparition de nombreux éleveurs, ce qui serait une catastrophe pour l’ambition d’aller vers l’autosuffisance alimentaire de notre île.
La colère gronde chez les éleveurs. La raison est l’application d’un plan d’éradication de la leucose inadapté à la situation réunionnaise. Ceci accentue les difficultés des éleveurs déjà en grande difficulté. Ce ne sont pas les agriculteurs réunionnais qui sont responsables de l’introduction de la maladie à La Réunion. Une récente condamnation de la SICA-Lait en est l’illustration. La société coopérative a en effet été reconnue coupable d’avoir vendu des bêtes qu’elle savait malades à un éleveur qui essuya de lourdes pertes pour cette raison.
Une fois la maladie découverte dans notre île, des mesures d’exception furent mises en œuvre par l’État. Si en France, un cas de leucose aboutissait à l’abattage du troupeau et à l’indemnisation de l’éleveur, à La Réunion la viande d’une bête contaminée pouvait toujours être commercialisée. Cette différence de traitement entraîna une grande crise de confiance à l’encontre de notre production. L’État et les coopératives ont financé plusieurs campagnes de publicité pour vainement tenter de restaurer la confiance des Réunionnais. Cette politique prit fin avec l’engagement du président de la République à éradiquer la leucose bovine en 5 ans.
Pour de nombreux éleveurs, l’application du plan d’éradication s’est traduite par des arrêtés préfectoraux déclarant leur troupeau contaminé par la leucose bovine. Les bêtes malades sont retirées du circuit pour une indemnité d’un montant étonnamment faible : 260 euros. Cette somme ne couvre qu’une faible fraction de tous les investissements consentis pour élever un bovin.
Pour compenser l’abattage de l’animal contaminé par l’achat d’une bête indemne de la leucose, l’éleveur reçoit une aide de 1800 euros du Conseil départemental. La somme de ces deux aides est loin de compenser le manque à gagner de l’éleveur. Par ailleurs, si l’agriculteur est adhérent d’une coopérative, l’indemnité est versée à sa structure qui la répartit ensuite. Le risque de déperdition est-il véritablement exclu ?
La crise dans l’élevage a déjà poussé de nombreux agriculteurs à mettre la clé sous la porte. Et sur les 1245 élevages encore officiellement recensés, beaucoup sont face à des difficultés inextricables en raison d’une trésorerie à sec causée par cette crise.
Il n’est pas à exclure que des élevages connaissent un vide sanitaire total, que d’autres voient la majorité des bêtes abattues. De quoi vivront les agriculteurs en attendant la vente de nouvelles bêtes déclarées indemnes de leucose bovine ?
La stratégie choisie pour développer l’élevage à La Réunion repose sur les exploitations familiales. Structurellement plus fragiles que les élevages intensifs européens, les éleveurs réunionnais ont vu la majorité de leur cheptel contaminé par la leucose bovine en raison des décisions prises par d’autres acteurs, avec en toile de fond l’incapacité du Groupe de défense sanitaire d’être à la hauteur de la mission de sécurité sanitaire que lui a délégué l’État.
Dans ces conditions, il importe à l’État d’assumer ses responsabilités dans la crise, et de débloquer les fonds nécessaires pour couvrir en totalité la perte causée par l’importation et la diffusion de la leucose bovine à La Réunion. Ceci évitera la disparition de nombreux éleveurs, ce qui serait une catastrophe pour l’ambition d’aller vers l’autosuffisance alimentaire de notre île.
M.M.
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