Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
La chronique économique
15 septembre 2005

À l’origine, l’économie réunionnaise était qualifiée comme l’ont fait certains économistes de "pure économie de plantation", c’est-à-dire qu’elle exportait vers la Métropole un petit nombre de produits agricoles en échange de tous les biens d’équipement et les articles de consommation qui ne pouvaient être produits sur place.
L’effort productif était concentré sur la filière-canne et débouchait sur un produit principal, le sucre, et quelques produits associés comme le rhum. La production d’huiles essentielles (géranium et vétiver) complétait l’offre, dans des proportions moindres.
La capacité d’importation de l’île était fixée par la vente des productions locales vers la Métropole. Ce système d’échange fondé sur l’égalité entre les montants des importations et des exportations, excluait par conséquent l’existence d’un déficit. Cette situation conduisait naturellement à l’équilibre des échanges de La Réunion, mais la population souffrait de nombreuses pénuries.
Depuis 1956, les importations ont progressé de manière fulgurante alors que les exportations ne progressent que très lentement. Ainsi le passage du statut colonial au statut de département va générer une demande considérable, à laquelle la production locale, presque exclusivement axée sur l’agriculture, ne pourra pas faire face.
La situation du commerce extérieur à La Réunion évolue de façon très inquiétante sur le long terme. En effet si l’on s’attache au déficit de la balance commerciale, on constate qu’il présente une détérioration forte et constante. Cette conjoncture est particulièrement préoccupante pour des raisons économiques. Ce déficit extérieur correspond bien à un manque à gagner en matière de production locale et par conséquent d’emplois. Il traduit aussi un degré de compétitivité économique spécialement faible. En effet, plus d’exportations ou moins d’importations, à dépense locale identique, conduiraient à une activité productive plus importante et donc à un niveau d’emploi sans doute plus favorable.
De nombreux économistes ont mis en évidence la corrélation étroite entre le montant du solde de la balance commerciale réunionnaise et celui des transferts publics. On constate que le solde de la balance commerciale et le solde net des transferts publics évoluent dans le même sens. Cette situation montre bien la dépendance croissante de notre économie.
La situation de déséquilibre structurel des échanges est commune à l’ensemble des DOM. Au cours des trente dernières années, les PIB (Produit Intérieur Brut) des quatre DOM ont connu une croissance moyenne deux fois plus élevée que celle de la Métropole. Mais les transferts en provenance de l’État demeurent une composante essentielle des économies domiennes.
En comparaison avec les autres DOM, le taux de couverture (exportation/importation) de la Guadeloupe et, dans une moindre mesure celui de la Martinique, semble épouser la même tendance que celle de la Réunion. Seule la Guyane parvient à échapper à la règle, grâce à l’activité aérospatiale de Kourou.
Ce taux de couverture sur les cinq dernières années s’élève par ordre décroissant à :
66 % pour la Guyane
14 % pour La Martinique
8.5 % pour la Guadeloupe
8 % pour La Réunion
Le taux de couverture de la Guyane sans l’activité spatiale est de 20 %. La Réunion possède le taux de couverture le plus faible des DOM, alors qu’elle connaissait la situation la plus favorable en 1970.
Badroudine Risham
(Suite le 29 septembre)
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