Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Risques de délocalisations massives pour augmenter les profits de patrons français et réunionnais
7 février, par

Madagascar et l’Union européenne s’acheminent vers un APE élargi. Derrière les promesses officielles, le risque est grand de renforcer la mise en concurrence des travailleurs au profit des capitalistes français et réunionnais. Le co-développement régional impose de rompre avec l’assimilation néocoloniale et de construire un dialogue égalitaire entre Réunionnais et Malgaches. Face à ces enjeux majeurs, le co-développement impose de rompre avec l’assimilation néocoloniale. Pourtant, les députés réunionnais au Parlement européen gardent le silence.
Photo : Hypermarché acheté par le Groupe Bernard Hayot à Madagascar
Madagascar et l’Union européenne (UE) sont sur le point de conclure un Accord de Partenariat Économique (APE) élargi, après seize rounds de négociations intensives. Présenté comme un levier de croissance et d’intégration commerciale, cet accord soulève pourtant de graves inquiétudes quant à ses conséquences sociales et régionales, en particulier pour les peuples de l’océan Indien.
L’Union européenne reste le premier partenaire commercial de Madagascar, absorbant plus de 30 % de ses exportations. Ces chiffres, souvent mis en avant par les institutions européennes, masquent une réalité bien connue : des échanges structurés au profit des grandes puissances économiques et des intérêts capitalistes, bien plus qu’au service des peuples.
L’extension de l’APE aux services constitue un point de rupture. Elle ouvre la voie à des délocalisations depuis La Réunion vers Madagascar dans des secteurs comme l’informatique, la comptabilité ou les services financiers. Pour certains patrons réunionnais, l’objectif est clair : accroître les profits en profitant d’une main-d’œuvre malgache payée autour de 100 euros par mois, quand les travailleurs réunionnais bénéficient du SMIC français et, parfois, de conventions collectives plus protectrices. Ce qui reste de l’industrie réunionnaise est également concerné. Cette logique organise sciemment la mise en concurrence des travailleurs de la région.
Face à ce danger, le co-développement ne peut être un slogan creux. Il impose une rupture franche avec le modèle d’assimilation importé par le néocolonialisme français, qui pousse La Réunion à se tourner exclusivement vers la France, à la prendre pour unique référence et à ignorer son environnement régional. Cette aliénation nourrit un complexe de supériorité artificiel et empêche la construction de relations équilibrées avec nos voisins.
Construire le co-développement, c’est choisir de regarder vers Madagascar, vers l’Afrique et vers l’océan Indien, et d’engager avec ces peuples un dialogue respectueux, fondé sur l’égalité, la complémentarité économique et la solidarité. Le développement de La Réunion ne peut pas se faire contre celui de Madagascar, pas plus que le développement malgache ne doit servir de variable d’ajustement aux intérêts du patronat réunionnais.
L’APE pose ainsi une question fondamentale : voulons-nous d’une intégration régionale au service des profits, ou d’une coopération solidaire au service des peuples ? Rompre avec l’assimilation, refuser la concurrence sociale et bâtir un véritable co-développement régional sont des choix politiques incontournables si l’on veut sortir des logiques néolibérales imposées par l’Union européenne et le néocolonialisme français.
Dans ce contexte, le silence des trois députés réunionnais au Parlement européen est assourdissant. Alors que cet APE engage l’avenir économique et social de la région, ils n’informent même pas la population réunionnaise des enjeux et des risques de cet accord. Aucune prise de position publique, aucun débat organisé, aucune alerte sur les conséquences possibles pour l’emploi et les travailleurs.
À quoi servent-ils, sinon à cautionner par leur silence des décisions prises loin des peuples concernés ? À l’heure où l’Union européenne impose ses accords au nom du libre-échange, l’absence totale de transparence et d’intervention des élus réunionnais pose une question démocratique fondamentale. Leur responsabilité est engagée. Le peuple réunionnais mérite mieux que le mutisme de ceux qui prétendent les représenter.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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