Economie

Faillite de Thomas Cook : La Réunion concernée

Des conséquences pour les compagnies aériennes desservant notre île

Manuel Marchal / 24 septembre 2019

Hier, Thomas Cook a été déclaré en faillite, avec pour conséquence 22 000 emplois supprimés, dont 9000 au Royaume-Uni. Plus de 600 000 voyageurs laissés en plan dans le monde entier, qu’il va falloir ramener chez eux, dont 150 000 Britanniques : ce sera « la plus importante opération de rapatriement de civils de l’histoire du Royaume-Uni », lit-on chez Bloomberg ou sur le site de la BBC. Cette opération a dénommée Matterhorn, reprenant le nom de code d’une opération massive de bombardements de l’Allemagne par les Britannique et les Américains durant la Seconde guerre mondiale. Cet effondrement comparable à celui de Lehman Brothers en 2008 aura des conséquences à La Réunion, annonce-t-il une nouvelle amplification de la crise comme celle de 2008 ?

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Thomas Cook était tout d’abord un marqueur de l’identité britannique. Cette société a été créée en 1838 au début de l’ère industrielle qui vit le développement du chemin de fer. Thomas Cook organisait des voyages en train en Grande-Bretagne, puis a étendu ses prestations au continent européen. Avec les conquètes sociales, les Britanniques disposèrent de plus de temps et d’argent pour voyager. Thomas Cook atteint son pic de développement dans les années 1970 et 1980, quand les Britanniques étaient affamés de soleil pas cher. « Mais aujourd’hui le groupe ne générait plus que la petite somme de 188 livres par an par employé en termes de bénéfice, la rançon d’un réseau d’agences physiques resté très important, 500 points de vente en Grande-Bretagne », explique « Le Temps ».

Erreur stratégique

La presse britannique met en évidence des erreurs stratégiques, ainsi que les effets du BREXIT. « En 2007, Thomas Cook avait fusionné avec MyTravel pour devenir l’un des plus importants voyagistes européens, opérant en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Russie et encore ailleurs, se souvient aussi The Independent. Mais ni la taille ni un nom prestigieux ne sont une garantie de permanence de succès dans le monde du voyage. La révolution du low cost et une série de mésaventures d’entreprise ont laissé Thomas Cook bien mal en point en 2011. Depuis, il avait repris de la vigueur, mais sans l’agilité de son grand rival TUI et du plus récent Jet2. Son adaptation aux nouveaux marchés a été trop lente : quand ses rivaux lançaient des produits premium, Thomas Cook continuait de promouvoir ses packages tout compris peu rentables, comme une semaine en Grèce à moins de 200 livres. » « A une ère où chacun peut choisir son vol, ses hôtels, ses options sur internet, Thomas Cook ne faisait plus assez la différence », estime aussi le spécialiste du voyage interrogé par la BBC. « Cet échec éjecte le nom le plus iconique du voyage dans les annales de l’histoire », regrette TheTelegraph. « C’est un jour profondément triste pour une entreprise qui a inventé les voyages tout compris et a permis à des millions de personnes de voyager », regrette son président, Peter Fankhauser, dans le Financial Times.

Londres laisse couler Thomas Cook

Le FT détaille comment le gouvernement a finalement refusé une dernière aide de 200 millions de livres qui aurait sauvé Thomas Cook, dont l’actionnaire principal, le chinois Fosun, avait déjà rassemblé 900 millions. Car Thomas Cook ne représentait pas un intérêt stratégique fort. « C’est beaucoup d’argent des contribuables et cela constitue un aléa moral, a expliqué le premier ministre Boris Johnson aux journalistes qui l’accompagnaient dans l’avion vers New York. D’une façon ou d’une autre, l’Etat doit arrêter d’intervenir pour sauver des voyagistes en faillite. On finit par se demander si les dirigeants de ces sociétés reçoivent les bonnes incitations pour régler ce genre de problèmes. »

Quels effets sur Air Austral ?

A La Réunion, les clients de Thomas Cook sont rassurés. Cette société n’a pas de filiale dans notre île, mais est une franchise exploitée par Voyages Réunion, dont la comptabilité est indépendante de la société en faillite.
Néanmoins, Thomas Cook vendait des séjours à La Réunion pour les touristes européens, et contribuait donc à remplir les avions assurant la desserte de notre île. C’est encore un mauvais coup pour Air Austral. La compagnie réunionnaise doit déjà faire face aux effets de la liquidation d’Aigle Azur, à qui Air Austral a loué des avions pour pallier aux immobilisations de ses Boeing 787. En raison de ces problèmes techniques ayant des répercussions sur la ponctualité des vols, liés à des erreurs stratégiques, Air Austral perd peu à peu la confiance des voyagistes. Avec la faillite de Thomas Cook, Air Austral peut faire une croix sur un marché potentiel, ce qui risque encore d’y accélérer la crise.

M.M. avec Le Temps