Hausse de 14 % en un an

Faillites d’entreprises : dans les anciennes colonies devenues départements français, la crise du système néocolonial s’aggrave

24 avril, par Manuel Marchal

La hausse de +14 % des défaillances d’entreprises dans les anciennes colonies françaises devenues départements prolonge une crise structurelle liée au modèle néocolonial. Fondé sur la dépendance aux importations et la du pays des richesses par des groupes étrangers, ce système bloque le développement endogène. La Réunion, principal contributeur aux défaillances, illustre l’épuisement d’un modèle qui fragilise tout le tissu économique local.

Les chiffres publiés le 22 avril par Allianz Trade confirment une réalité que nul ne peut plus masquer : la crise économique s’approfondit dans les anciennes colonies françaises devenues départements. Avec 587 défaillances d’entreprises au premier trimestre 2026, soit une hausse de +14 % par rapport à la même période de 2025, ces territoires enregistrent la troisième plus forte augmentation de toute la République française. Après déjà +16 % sur l’ensemble de 2025, la spirale continue.
Ce n’est pas une simple mauvaise conjoncture. C’est la crise d’un modèle néocolonial à bout de souffle, un système fondé sur la dépendance, l’importation et la captation des richesses au profit de groupes extérieurs. Depuis des décennies, les anciennes colonies devenues départements français sont maintenues dans un rôle de marchés captifs où les transferts publics venus de France nourrissent des profits privés rapatriés vers la France, au lieu de soutenir une véritable production locale.
Les défaillances qui explosent aujourd’hui en sont la conséquence.

La Réunion en tête des faillites

La Réunion, avec 269 entreprises défaillantes, reste le principal contributeur à cette crise, devant la Martinique (143 cas) et la Guadeloupe (125). Cela dit beaucoup du poids de notre économie, mais surtout de sa fragilité. Car derrière les chiffres se profile une vérité plus profonde : l’économie réunionnaise demeure enfermée dans une logique de dépendance où produire localement reste marginal face à l’importation massive.
Et la situation n’épargne aucun territoire. Toutes les anciennes colonies devenues départements français sont touchées. En Guyane, les défaillances bondissent encore de +117 %, après +89 % au trimestre précédent, +135 % au troisième trimestre 2025 et +440 % au second trimestre. Une explosion qui n’a rien d’accidentel : elle révèle l’effondrement d’un système incapable de créer les bases d’un développement durable.

Services, construction et commerce les plus impactés

Les secteurs les plus frappés montrent la profondeur du problème. Les services représentent 37 % des défaillances, suivis par la construction (23 %) et le commerce (18 %). L’hébergement-restauration atteint 10 %. Ce sont précisément les secteurs les plus exposés à la baisse de la consommation, à l’explosion des coûts des produits importés et à la domination des grands circuits économiques contrôlés hors des territoires.
Pendant ce temps, en France, 19 243 défaillances ont été recensées au premier trimestre, un record historique pour cette période. Allianz Trade annonce déjà plus de 70 000 défaillances en 2026, voire 71 600 si les tensions internationales s’aggravent. La crise générale du capitalisme mondialisé se combine ainsi, dans nos pays, à une crise structurelle du modèle néocolonial.

Conséquence de la dépendance organisée

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ces territoires ne sont pas en difficulté parce qu’ils seraient improductifs par nature. Ils sont étranglés parce que leur développement endogène est empêché. L’organisation économique actuelle favorise l’importation plutôt que la production, la dépendance plutôt que la responsabilité, la concentration des profits rapatriés à l’étranger plutôt que leur réinvestissement local.
Les chiffres d’Allianz Trade sont donc un avertissement politique. Ils montrent que le système ne protège plus, qu’il fragilise. Et qu’il conduit, année après année, à l’asphyxie du tissu économique local.
À La Réunion comme dans toutes les anciennes colonies devenues départements français, l’urgence n’est plus d’aménager ce système, mais d’en sortir.

M.M.

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