Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Loïc Deurveilher, éleveur à la Plaine des Cafres
20 juillet 2019, par

La crise de confiance du consommateur envers la viande de bœuf produite à La Réunion a d’importantes répercussions dans la filière. Les pertes s’accumulent pour les éleveurs à tous les étages de la production : naisseurs et engraisseurs.
Loïc Deurveilher est un jeune éleveur. Après avoir passé un Bac CGEA, il a rejoint l’exploitation familiale. D’abord naisseur, il s’est orienté vers l’engraissement des bœufs destinés à la boucherie. Il est installé à son compte depuis 2014. Fier de son métier de producteur de bœuf péi, Loïc Deurveilher revendique l’amour de son travail d’éleveur. Ce matin là, il donne du fourrage à ses bœufs dans son élevage de la Plaine des Cafres. Il veille sur un cheptel d’une cinquantaine d’animaux au total, répartis dans des enclos accueillant 5 bœufs chacun. Comme toute la filière, il souffre des retombées négatives causées par des alertes lancées dans la presse suite à plusieurs affaires sanitaires. Cette « mauvaise publicité » impacte largement son activité.
En effet, elle cause une perte de confiance envers la viande produite à La Réunion. En conséquence, cette viande met plus de temps à être vendue et reste plus longtemps chez le boucher. Ceci réduit donc le carnet de commande de la coopérative qui ne vient plus aussi souvent acheter des animaux.
Loïc Deurveilher achète des bœufs âgé habituellement de 7 mois et d’un poids de 250 kilos. Au bout de 10 mois d’engraissement, le bœuf atteint 380 kilos. C’est à ce moment qu’habituellement il est acheté par la coopérative.
Mais en raison de la désaffection envers la viande péi depuis l’année dernière, l’éleveur est obligé de garder ses bœufs pendant 12 mois. Ces 2 mois supplémentaires ne signifient pas pour lui des revenus en plus, car le bœuf ne prend plus de poids.
Actuellement, il a 10 bœufs qui auraient dû sortir et qui sont toujours dans l’enclos. Pour les nourrir, l’éleveur a besoin de 8 kilos d’aliments par jour par animal. En un mois, cela représente une somme d’environ 6000 euros. Cette dépense aurait dû être consacrée à l’engraissement d’animaux entrant à l’âge de 7 mois. C’est donc une perte pour Loïc Deurveilher.
Au bout de la chaîne, le naisseur a lui aussi des difficultés à vendre ses bêtes à l’âge voulu.
L’éleveur rappelle que comme ses collègues, il fait l’objet de contrôles vétérinaires fréquents et inopinés. Il souligne également que lorsqu’elles sont amenées à l’abattoir, les bêtes qui boitent, qui sont considérées comme trop sales, ou qui sont contrôlées malades sont immédiatement écartées de la chaîne, sans préjuger des problèmes que pourrait rencontrer plus tard l’éleveur concerné. Elles ne peuvent donc pas être consommées.
Loïc Deurveilher considère que ce suivi est la garantie d’une viande de qualité, en qui les consommateurs peuvent avoir confiance. « Et si cette viande n’était pas de qualité, comment expliquer que nous n’ayons jamais eu de problème dans notre élevage ? », souligne-t-il.
Comme les agriculteurs d’autres filières, l’éleveur est inquiet de la concurrence des importations. Surtout avec la signature de l’accord commercial avec le MERCOSUR qui ouvre le marché à de la viande produite selon des exigences sanitaires moindres en Amérique du Sud dans des élevages géants de plusieurs milliers de têtes. Il estime que les importations ne doivent servir qu’à compléter la production réunionnaise, car notre île n’est pas autosuffisante en viande, mais pas à la concurrencer.
Pour l’éleveur, il est important que « les consommateurs comprennent que nous produisons de la bonne viande ». Un atout à faire valoir dans la compétition avec les importations de viandes à bas coût issue d’élevage fonctionnant avec des normes sanitaires, environnementales et sociales bien plus faibles qu’à La Réunion.
M.M.
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