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par le Dr Raymond Vergès

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Hausse des prix de l’énergie : les Réunionnais victimes des opposants à l’autonomie énergétique

Conséquence de la suppression du tram-train et du PRERURE qui devait couvrir tous nos besoins à partir des énergies renouvelables réunionnaises dans 4 ans

samedi 30 octobre 2021, par Manuel Marchal


La flambée du prix du baril de pétrole va avoir dès lundi de graves conséquences pour les Réunionnais, avec une hausse importante des prix de la bouteille de gaz et des carburants. Ceci aura des répercussions dans tous les domaines, car toutes les marchandises sont importées et transportées par des véhicules fonctionnant avec des produits dérivés du pétrole. Que les Réunionnais aient ou non une voiture, ils devront passer à la caisse à cause des opposants à l’autonomie énergétique qui ont démoli le projet de tram-train et le PRERURE qui garantissait l’autonomie énergétique de La Réunion dans 4 ans, pour l’électricité et les transports. La libération des Réunionnais des griffes des spéculateurs de l’énergie pose en effet un grave problème au système néocolonial en place à La Réunion.


La Préfecture a annoncé hier les nouveaux prix de l’énergie à La Réunion. Ils sont en forte hausse : plus de 7 % pour le litre de sans-plomb et de gazole, 8 % pour la bouteille de gaz. Selon l’État, cette augmentation s’explique par le quadruplement du prix du baril de pétrole depuis avril dernier.
L’État rappelle également que malgré cette hausse, le prix de ces énergies fossiles reste très inférieur à la France. Cela résulte d’un niveau de taxe bien moins élevé. Cela signifie que la marge de manœuvre est nulle sur ce point, d’autant plus que le prix hors-taxe des carburants à La Réunion est plus élevé qu’en France.

Cette modération fiscale date du premier mandat de Paul Vergès à la présidence de la Région Réunion. En 2001 puis en 2008, la Région avait résisté à l’offensive de transporteurs qui exigeaient que la Région réduise le niveau des taxes plutôt que de demander aux compagnies pétrolières important le carburant à La Réunion de réduire leurs profits. La seule concession avait été en 2008 une enveloppe de 2,5 millions d’euros issue d’un excédent de recette d’octroi de mer, exclusivement réservée aux camionneurs, et gérée par certains d’entre eux. Il a fallu que des dizaines de milliers de Réunionnais descendent dans la rue lors de la création du COSPAR en mars 2009 pour qu’aussitôt l’État décide d’une forte baisse des prix imposée aux compagnies pétrolières.

Quand la Région dirigée par un communiste faisait trembler le monopole des énergies fossiles

L’augmentation du prix de l’énergie n’est pas la conséquence d’une raréfaction de cette dernière. Elle est le simple résultat de la spéculation permise par le système capitaliste. C’est précisément pour libérer les Réunionnais de cette dépendance à des prix fixés par des spéculateurs qu’entre 1998 et 2010, la Région Réunion présidée par Paul Vergès travailla à lancer La Réunion sur la voie de l’autonomie énergétique. Compte tenu des énergies renouvelables présentes en abondance à La Réunion et de l’évolution technologique rendant chaque année le prix de ces énergies toujours moins cher, l’ambition était d’atteindre l’autonomie énergétique en 2025.

Pour cela, une politique avait été mise en place avec des outils à son service, notamment l’Agence régionale de l’énergie Réunion (ARER), ainsi que le PRERURE, véritable feuille de route pour l’autonomie énergétique impliquant les collectivités, l’État ainsi que des entreprises extérieures implantées à La Réunion comme EDF.

La Région Réunion œuvrait également à la réforme des modes de transport à La Réunion pour les rendre indépendants des énergies fossiles. C’était une réorganisation s’articulant autour de la reconstruction du chemin de fer, le tram-train électrique, avec en parallèle la couverture de la route des Tamarins par des centrales photovoltaïques afin de rendre possible l’électrification du parc automobile réunionnais, tout en créant une alternative au verrou imposé par EDF fixant à 35 % la part maximale d’énergies dites intermittentes dans le mix électrique.

Opposition à l’autonomie énergétique : origine et instruments

Mais l’autonomie énergétique posait problème à Paris. En effet, à partir du moment où les Réunionnais seraient capables de produire eux-mêmes leur énergie sans dépendre de l’extérieur, se poserait alors inévitablement la question de la responsabilité des Réunionnais. C’en serait en effet fini du monopole des compagnies pétrolières, d’EDF côtée en Bourse et de Séchilienne-SIDEC (actuellement Albioma) contrôlée par des fonds de pension des États-Unis. Sur la question essentielle de l’énergie, les Réunionnais seraient maîtres chez eux, montrant la marché à suivre à tous les pays subissant le joug d’un système néocolonial.

C’est pourquoi Paris utilisa le cadre institutionnel pour imposer en 2008 une structure, GERRI, qui a bridé les efforts accomplis et qui fut dissoute peu après l’arrivée de Didier Robert en 2010 à la présidence de la Région. La victoire en 2010 d’une coalition réactionnaire à la Région sonna le glas de l’autonomie énergétique. Fort logiquement, la présidence Didier Robert alla dans le sens des intérêts des promoteurs des énergies fossiles importées à La Réunion. Le chantier du tram-train fut stoppé, les crédits obtenus pour le construire furent transférés sur une hypothétique route en mer. Ce cadeau au lobby des énergies fossiles est impossible à terminer selon la configuration prévue et a déjà englouti plus de 1,6 milliard d’euros sans que le moindre kilomètre ne soit encore en service 11 ans après le début du projet, 8 ans après la pose de la première pierre.

Quant aux projets novateurs destinés à développer les énergies renouvelables, ils furent remis en cause. Le transfert de La Réunion aux Antilles du démonstrateur de la centrale utilisant l’énergie thermique marine rappelait que la priorité de cette politique était de satisfaire les intérêts des rares bénéficiaires du charbon et des carburants importés. Or, l’énergie thermique marine est le moyen pérenne de remplacer le charbon comme énergie de base.

Le résultat est le suivant : moins de 20 % de l’énergie consommée à La Réunion vient des énergies renouvelables produites dans notre île. Si la feuille de route allant vers l’autonomie énergétique avait été respectée, nous serions sans doute proches de 100 %, car La Réunion serait alors à 4 ans de l’échéance prévue.

L’urgence d’un réveil des Réunionnais

L’opposition à l’autonomie énergétique a de lourdes conséquences pour les Réunionnais. En effet, plus de 80 % de l’énergie est importée par des bateaux et des avions utilisant un produit dérivé du pétrole, et donc avec un coût du fret dépendant du bon vouloir des spéculateurs. Le remplacement du charbon par de la biomasse importée ne changera absolument rien sur ce point : les Réunionnais ne fixent pas son prix qui dépend du commerce entre des sociétés dont le centre d’intérêt n’est pas La Réunion, mais les profits de leurs actionnaires éparpillés dans le monde.

Une fois arrivées à La Réunion, les marchandises sont convoyées par des camions dépendant de carburants importés pour fonctionner. Les patrons transporteurs ne sont pas des philanthropes, ils vont immanquablement répercuter la hausse du prix du gazole sur leurs tarifs. Cela se ressentira le plus sur les produits de première nécessité qui ne sont taxés que par la TVA, à moins que Paris ne renonce enfin à taxer des produits indispensables à la vie d’une population dont 40 % est en dessous du seuil de pauvreté.
Ceci signifie que propriétaire ou pas d’une voiture, les Réunionnais sont vulnérables à une nouvelle augmentation générale des prix, alors que le coût de la vie est déjà intolérable et reconnu par l’État qui verse un supplément de salaire de pas moins de 53 % à ses agents titulaires.

Cette situation souligne l’urgence d’un réveil des Réunionnais, afin que reprenne la marche vers l’autonomie énergétique, à partir des énergies renouvelables présentes en abondance à La Réunion. Ceci permettra enfin de libérer les Réunionnais des griffes des spéculateurs qui font des profits sur l’énergie et permettra d’économiser chaque année plusieurs centaines de millions d’euros qui vont dans les caisses des compagnies pétrolières. Cette somme considérable pourra ainsi être utilisée à La Réunion, pour le développement des Réunionnais.

M.M.



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Messages

  • Il est plus que temps, la COP actuelle, organisée à Rome, le prouve de nouveau, il faut changer de paradigme, être plus raisonnable, ne plus donner autant d’importance la voiture individuelle. Elle pollue trop, dégrade la nature, provoque des drames, du bruit, encombre les centre-villes, les toutes matins et soirs suivant les heures de travail, bref, c’est pas bon. surtout sur le long terme, d’autant que tout se qui permet son utilisation est importé quand on y pense, que ce soit la voiture elle-même, puis le carburant, les pièces, les huiles, les pneus, tout ça pour enrichir les concessionnaires, les assureurs, les CT, les entreprises de construction des routes, ponts qui ne sont pas locales etc.

    Avec l’autonomie énergétique, il y aura : moins de pollution, du travail digne pour les jeunes notamment les diplômés, parfois avec Master2, Licence, BTS, DUT, Bac, Bac Pro, BEP, CAP etc. Je pense à un mix entre tout ce que la Nature nous offre comme sources renouvelables, par définition, locales, donc déjà présentes, disponibles, puis inépuisables, à notre échelle humaine et gratuites au départ, ce qui n’est pas négligeable, surtout aujourd’hui et demain.

    Panneaux phovoltaiques, chauffe-eau solaire en lieu et place des tristement trop connus encore, les "cumulus", champion en terme de consommation électrique, comme les convecteurs électriques de métropole appelé "grilles pain", c’est peu dire, puis l’éolien, la force hydraulique de la houle, et bien sur la géothermie car on n’oublie sauf quand il rentre en irruption que la Réunion, comme la Martinique, la Guadeloupe, l’archipel japonais, néo-zélandais, l’Islande sont des volcans, tout simplement si j’ose dire, alors c’est pour quand, le changement ? Car pour le moment, on se prépare des jours où la vie sera plus difficile, dans le monde entier et la Réunion en fait partie, alors.... Vive le courage, la volonté de mieux faire pour notre avenir vivable !
    Arthur qui roule en vélo en attendant le retour du train, à la Réunion, un TER électrique ou hydraulique, entre Ste Rose, et St Joseph, pour changer. Qu’en pensez-vous zot tout ?

  • Où trouver l’information sur le projet de Madame Belo pour renforcer le réseau de cars ?

  • Vite, un réseau de train péi, TER reliant Ste Rose, à St Joseph, osons le changement, et pensons aux jeunes diplômés qui désespèrent, n’y croit plus trop et deviennent résignés, sous-employés et sous-payés quand ils ont "la chance" de trouver un travail précaire, style petit boulot, CDD, intérimaire, rien de solide sur le long terme, qui pourrait se lancer sur des projets sérieux de vie, comme fonder une famille, avoir un logement à soi, un patrimoine, quelque chose à transmettre à ses enfants plus tard, tout simplement si on peut dire, Arthur qui pédale pour moins polluer comme trop souvent les autres.

  • Avé à vous Arthur.
    Bien sur que l’abandon du tram train a été une faute énorme de la part de l’ancien Président du Conseil Régional. D’autant plus grave, car cela a été fait pour des raisons de politique partisane.
    Cette politique qui fait beaucoup de mal à La Réunion,, en métropole et dans beaucoup de pays au monde. Malheureusement pratiquement tous les politiciens professionnels ; la pratique ; quelque soit le parti .

    Sur le train ; oui il faut relancer le projet . Mais pas d’illusion.
    Concevoir le projet, trouver le financement, lancer les appels d’offre, choisir l’entreprise, réfuter les recours probables, lancer les travaux et les terminer, il faudra au moins 10 à 15 ans. .

  • Merci pour votre réponse, on en espère d’autres, surtout de la part des décideurs qui ont bien besoin de nous quand il y a les élections, pour en principe, faire des propositions pour mieux vivre ensemble, tout simplement, si j’ose dire. Préparer le futur des enfants, nés ou à naitre sur notre Terre en voie de destruction volontaire, calculée avec l’unique objectif futile de la recherche du plus grand profit, le plus vite possible quitte à tout saccager, sans aucun regret ni conscience, c’est fou !

    Concernant ce fameux réseau ferré, je pense qu’il ne faudra pas oublier le transport des marchandises, les containers vont des bien sur des wagons, et les matières en vrac, en wagons trémies aussi, sucre, ciment, sable, gravier, riz, sans oublier les citernes pour les liquides, alimentaires ou pas. De Ste Rose à St Joseph, associé ensuite aux téléphériques tels que ceux de St Denis, puis celui en principe prévu entre St Leu et Cilaos, puis d’autres lignes reliant les hauts au littoral si les élus réalisent le bien fondé de ces initiatives, ce sera top, car de plus, créateur d’emplois durables dans tous les sens du terme, car les diplômés ne manquent pas, du CAP au Master, voire plus encore, il y a de quoi faire, en attendant, certain(e)s désespèrent ou se retrouvent sous employés donc sous payés, par des patrons qui parfois en profitent avec le fameux argument, " il y en a plein d’autres qui attendent si ce travail ne vous plait pas" ou " c’est à prendre ou à laisser" surtout quand il n’y a pas de syndicat, ce qui est le cas pour pas mal de sociétés qui ont moins de 50 salariés, hélas.

    On verra bien combien de temps il faudra pour que les politiques comprennent puis osent se lancer, de concert pour baisser les prix et faire participer en priorité des entreprises et salariés d’ici, si les uns et les autres sont compétents, et volontaires, en principe oui, Arhur qui attend le train TER péi, Ste Rose-St Joseph enfin, vite, la planète surchauffe et ce n’est qu’un triste début jusqu’ici, tout les monde est concerné, tout est lié !

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