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À La Réunion, le surendettement n’est plus une exception mais le symptôme d’une vie devenue hors de prix à cause de la surrémunération notamment. Selon l’IEDOM, les familles n’arrivent plus à payer l’essentiel : loyer, factures, nourriture. Une réalité sociale alarmante, loin des discours rassurants.
nvité hier sur Réunion La 1ère Radio, Philippe La Cognata, directeur de l’IEDOM Réunion, a dressé un constat sans fard : de plus en plus de familles réunionnaises basculent dans le surendettement. Non pas par excès ou irresponsabilité, mais parce qu’elles n’arrivent tout simplement plus à vivre.
Dans les dossiers traités par l’IEDOM, la réalité est implacable. Le premier poste de dépense en difficulté, ce n’est pas le crédit à la consommation comme on aime trop souvent le répéter. C’est le loyer. « La première chose à payer », rappelle Philippe La Cognata, car sans toit, tout s’effondre. Or, à La Réunion, se loger est devenu un luxe pour trop de familles, étranglées par des loyers disproportionnés face aux revenus.
Mais le logement n’est que le début. L’électricité, l’abonnement internet, indispensable pour les démarches, l’école ou la recherche d’emploi, l’alimentaire, les factures du quotidien : tout augmente, tout pèse. Résultat : dès le milieu du mois, beaucoup ont déjà « la tête sous l’eau » et se demandent comment boucler la fin du mois. Voilà la vraie vie, loin des statistiques froides et des discours technocratiques.
Les crédits à la consommation, eux, arrivent après. Souvent modestes, parfois contractés en fin d’année pour « faire plaisir à Noël », parfois indispensables pour acheter un véhicule. Car à La Réunion, se déplacer reste une nécessité vitale. Trouver un emploi, aller travailler, faire ses courses : sans voiture, c’est souvent mission impossible. Malgré des progrès, le réseau de transports en commun reste insuffisant, notamment dans les hauts. Là encore, ce ne sont pas des choix de confort, mais des choix contraints.
Ce que révèle cette explosion du surendettement, c’est une injustice structurelle. Une société où travailler ne protège plus de la précarité. Où payer ses charges courantes devient un combat quotidien. Où l’on culpabilise les pauvres au lieu de questionner sur l’origine du coût de la vie, notamment l’impact de la surrémunération versée par Paris qui favorise des prix abusifs, les salaires trop bas, l’insuffisance des politiques publiques.
À La Réunion, le surendettement n’est pas un accident individuel. C’est un signal d’alarme collectif. Tant que les revenus ne permettront pas de couvrir dignement les besoins essentiels, tant que se loger, se nourrir et se déplacer resteront hors de portée pour une partie de la population, les dossiers continueront de s’empiler. Et ce ne sont pas les familles qu’il faudra blâmer, mais bien un système qui les abandonne et qui doit disparaître à La Réunion.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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