Alors que 80 % de nos échanges se font hors de notre région

Initiative pour renforcer les relations commerciales entre La Réunion, Maurice, Comores et Madagascar

14 mars, par Manuel Marchal

Dans les îles de l’Afrique australe situées dans l’océan Indien, 80 % de nos échanges se font hors de notre région. Malgré des économies complémentaires, la coopération reste marginale. À La Réunion, Maurice, Comores et Madagascar, l’heure est venue de rompre avec cette dépendance et de bâtir enfin des chaînes de valeur régionales. C’est le sujet d’une initiative soutenue par l’AFD les 6 et 9 mars 2026 à La Réunion et à Maurice.

Dans les îles de l’Afrique australe situées dans l’océan Indien, le constat est implacable : près de 80 % des échanges commerciaux des îles se font encore en dehors de leur propre région. Autrement dit, nous commerçons davantage avec l’Europe ou l’Asie qu’avec nos voisins immédiats de la COI. Cette aberration économique est aussi un symptôme politique : celui d’un modèle extraverti, hérité de l’histoire coloniale, qui continue d’orienter nos flux vers le Nord plutôt que vers notre environnement naturel.

Constituer un véritable pôle économique régional

Pourtant, les complémentarités existent. La Réunion dispose d’un accès facile aux abondants fonds français et européens, de compétences techniques, d’infrastructures et d’un tissu entrepreneurial structuré. Maurice a développé des savoir-faire financiers et industriels. Madagascar offre un immense potentiel agricole et humain. Les Comores représentent un pont stratégique au nord du canal du Mozambique. Ensemble, ces territoires pourraient constituer un véritable pôle économique régional.

Produire, transformer et échanger davantage au sein de notre région

C’est ce défi qu’ont tenté de relever près de cent acteurs publics et privés réunis les 6 et 9 mars 2026 à La Réunion et à Maurice. Objectif : passer d’une énième étude à des actions concrètes. Les ateliers s’appuient sur le rapport « Renforcement des échanges économiques entre les îles de l’océan Indien occidental », conduit par Ernst&Young avec le soutien de l’Agence Française de Développement, via un fonds mobilisé par la Direction générale française du Trésor.
Les participants — entrepreneurs, chambres consulaires, institutions et acteurs de l’innovation — ont identifié plusieurs priorités stratégiques. D’abord, l’économie circulaire et la gestion des déchets, secteur crucial pour des territoires insulaires soumis à de fortes contraintes environnementales. Ensuite, la souveraineté alimentaire : produire, transformer et échanger davantage au sein de la région pour réduire la dépendance aux importations lointaines. Enfin, le numérique et l’intelligence artificielle, leviers capables de compenser l’étroitesse des marchés par l’innovation et la montée en gamme.

Préparation du CEO-Summit à Madagascar

Les rencontres se sont tenues au Village by CA Réunion et à United Docks à Maurice, en partenariat avec les chambres de commerce et le Club Export Réunion. Une prochaine étape est prévue le 8 avril à Madagascar, en amont du CEO Summit — Indian Ocean, afin d’aboutir à un plan d’action régional partagé.
Il s’agit de transformer la proximité géographique en solidarité économique réelle. Tant que nos îles resteront tournées prioritairement vers des centres extérieurs, elles resteront vulnérables aux chocs internationaux et prisonnières d’une dépendance structurelle.
Construire des chaînes de valeur régionale est une exigence de dignité économique. Notre région ne peut plus être un simple espace de transit so. Il doit devenir un espace de production, d’échanges et de coopération. À nous de rompre avec l’inertie et de faire de notre région un moteur, plutôt qu’une périphérie.

M.M.

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