Réaliser en dix ans des progrès qui auraient nécessité un siècle

Intelligence artificielle : un levier pour les pays sous-développés comme La Réunion

6 août, par Manuel Marchal

La Banque mondiale estime que l’intelligence artificielle peut permettre aux pays en développement de réaliser en dix ans des progrès qui auraient nécessité un siècle. Ce constat interpelle directement La Réunion. Le sous-développement de La Réunion se caractérise par le chômage de masse, une grande pauvreté et une forte dépendance économique, intellectuelle et culturelle, notre pays ne peut rester à l’écart de cette révolution technologique.

Dans son Rapport sur le développement dans le monde 2026, la Banque mondiale voit dans l’intelligence artificielle (IA) une opportunité historique pour les économies en développement. Alors que leur croissance est aujourd’hui la plus faible depuis trente ans, l’IA pourrait devenir un puissant accélérateur de développement, à condition de réunir plusieurs conditions essentielles : l’accès à l’électricité, à Internet, à la formation et à des institutions capables d’accompagner cette transformation.

Importants gains de productivité

Le principal intérêt de l’IA dans les pays en développement n’est pas de remplacer les travailleurs. La Banque mondiale souligne que seuls 4,5 % des emplois y sont fortement menacés par l’automatisation, contre plus de 14 % dans les pays riches. En revanche, près d’un emploi sur six pourrait bénéficier d’importants gains de productivité grâce à ces nouveaux outils.
Les applications sont nombreuses : aide au diagnostic médical, amélioration des rendements agricoles, soutien à l’enseignement, meilleure gestion des catastrophes naturelles, efficacité accrue des services publics ou encore lutte contre la corruption et la fraude fiscale. Pour des territoires où les moyens humains et financiers sont limités, l’IA peut devenir un outil au service du développement.

Pourquoi La Réunion est-elle concernée ?

Cette analyse concerne pleinement La Réunion. Malgré son statut administratif de départementfrançais, notre île cumule les caractéristiques d’un pays sous-développé : chômage massif, pauvreté, dépendance aux importations, faiblesse du tissu industriel et retard dans plusieurs secteurs stratégiques. La révolution numérique pourrait contribuer à réduire certains de ces handicaps, à condition qu’elle soit mise au service des besoins de la population.
La Banque mondiale insiste d’ailleurs sur une idée essentielle : il n’est pas nécessaire de disposer de gigantesques centres de données ou de développer les modèles d’IA les plus sophistiqués. Des solutions de petite taille, adaptées aux réalités locales, peuvent déjà transformer l’agriculture, la santé, l’éducation ou les services publics.
Encore faut-il préparer le terrain. Sans investissements dans les infrastructures numériques, la formation des jeunes, la recherche, la production d’électricité et la souveraineté des données, l’IA risque au contraire d’accentuer les inégalités et de renforcer la dépendance vis-à-vis des grandes puissances technologiques.

Outil pour libérer le pays de la pauvreté

Pour La Réunion, la question dépasse donc le simple progrès technique. Elle pose celle du projet de développement. L’intelligence artificielle peut devenir un outil supplémentaire pour construire une économie plus autonome, créatrice d’emplois qualifiés et répondant aux besoins du pays. Mais cela suppose une volonté politique forte et une stratégie réunionnaise de long terme. À défaut, cette nouvelle révolution profitera une fois encore à d’autres, tandis que La Réunion continuera de subir les conséquences de son sous-développement qui pourraient la faire redevenir le pays le plus pauvre d’Afrique.

M.M.

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