Jeunesse dans le monde : le chômage progresse, l’emploi décent recule
13 août, parUne bombe à retardement qui explosera si rien ne change
Une bombe à retardement qui explosera si rien ne change
13 août, par

Le nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) confirme une tendance inquiétante : partout dans le monde, l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle devient plus difficile. En 2025, le chômage des 15-24 ans a atteint 12,4 %, soit 67 millions de jeunes sans emploi. Plus alarmant encore, 20 % des jeunes, soit plus de 257 millions de personnes de moins de 25 ans, sont désormais sans emploi, sans études et sans formation. La Réunion n’est pas épargnée comme les autres pays d’Afrique subsaharienne notamment.
Entre 2023 et 2025, le chômage des jeunes a augmenté dans huit des onze sous-régions du monde. Même les économies à revenu élevé sont touchées. En Amérique du Nord, le taux est passé de 8,3 % à 9,8 %. En Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, il atteignait 15 % en 2025, avec une dégradation des perspectives dans 20 des 29 pays.
Cette situation révèle une transformation profonde du monde du travail. Les emplois qui constituaient traditionnellement une première marche vers une carrière stable — emplois administratifs, commerce, services, industrie et certains métiers techniques — diminuent. La faiblesse de la croissance, les tensions géopolitiques et les mutations technologiques réduisent les possibilités offertes à une génération qui devrait pourtant être au cœur de l’avenir des sociétés.
Dans les pays en développement, le problème prend une autre forme. Le faible taux de chômage masque souvent une précarité massive. Ne pouvant rester sans ressources, des millions de jeunes se tournent vers l’économie informelle. Près de neuf jeunes travailleurs sur dix âgés de 15 à 29 ans travaillent ainsi dans l’économie informelle dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire inférieur. Sans stabilité, sans protection sociale et souvent avec de faibles rémunérations, ils sont privés d’une véritable insertion professionnelle.
La Réunion se retrouve dans une situation comparable à celle de l’Afrique subsaharienne, dont elle fait partie géographiquement. La différence tient principalement aux mécanismes qui permettent de masquer cette réalité. Là où une grande partie des jeunes Africains privés d’emploi se tournent vers l’économie informelle pour survivre, le système social français offre à La Réunion des prestations et des minima sociaux qui permettent de disposer d’un revenu sans travailler en restant chez ses parents. Cette protection sociale est indispensable pour éviter la pauvreté extrême, mais elle ne peut remplacer une véritable politique de création d’emplois.
Le cadre européen et français constitue également une particularité. Les normes de travail, le niveau de qualification exigé, la méconnaissance du français malgré plus de 10 ans d’école obligatoire avec le bac obtenu, et les caractéristiques du monde du travail rendent plus difficile l’accès des jeunes réunionnais aux emplois disponibles lorsque l’économie locale ne crée pas suffisamment de postes adaptés à leurs compétences. Ainsi, un système conçu pour protéger les travailleurs peut contribuer à maintenir les jeunes à l’écart du marché de l’emploi lorsqu’il n’est pas accompagné d’une politique massive de développement productif.
L’Afrique subsaharienne concentre une partie majeure de ces difficultés, avec une population jeune en forte croissance et un nombre insuffisant d’emplois décents. Les États arabes et l’Afrique du Nord affichent les taux de chômage des jeunes les plus élevés, respectivement 26,2 % et 22,6 % en 2025. Dans ces régions, au moins un jeune sur trois n’est ni en emploi, ni en études, ni en formation.
À cette crise s’ajoute la révolution technologique. L’intelligence artificielle transforme déjà certains métiers. Selon l’OIT, 6,1 % des emplois occupés par les 15-29 ans se trouvent dans des professions fortement exposées aux transformations liées à l’IA. Les emplois administratifs figurent parmi les plus concernés. Mais cette évolution peut aussi créer de nouvelles opportunités dans les sciences, la santé et l’ingénierie, à condition d’investir massivement dans la formation.
Le message de l’OIT est donc clair : l’enjeu n’est pas seulement de créer davantage d’emplois, mais de garantir des emplois permettant de vivre dignement. Éducation de qualité, apprentissage, formation permanente, protection sociale et droits du travail doivent accompagner la transformation économique.
Cette alerte internationale résonne particulièrement à La Réunion. Le pays connaît, sous une forme différente, les mêmes difficultés structurelles que l’Afrique subsaharienne : une population jeune, une économie insuffisamment créatrice d’emplois productifs, la corruption, et une forte dépendance à des mécanismes extérieurs. La différence est que la protection sociale amortit les conséquences du chômage sans résoudre sa cause.
Cette situation rappelle donc l’urgence de changer de modèle. Les aides sociales sont nécessaires pour protéger les personnes, mais elles ne peuvent constituer une politique de développement. La véritable réponse réside dans la création d’emplois productifs, la relocalisation de l’économie, la formation de la jeunesse et le développement de nouvelles activités adaptées aux besoins du pays. Une jeunesse condamnée à la précarité, à la dépendance ou au départ est une jeunesse privée d’avenir. Garantir à chaque jeune un travail décent doit devenir une priorité absolue pour sortir La Réunion du sous-développement.
M.M.
Une bombe à retardement qui explosera si rien ne change
In kozman pou la route
Recrutement de travailleurs des pays voisins pour couper la canne pendant plusieurs mois
Depuis 2021 : 115 millions d’euros pour aider 12 000 entreprises
Plus de 100 décrets ont démantelé les droits des femmes
« L’homme n’est homme que par l’éducation » Emmanuel Kant À l’heure où, à l’échelle mondiale, six enfants âgés de moins de cinq ans sur dix, (…)
Impact de conflits lointains dans un pays insulaire dépendant de lointaines importations
Combattre les causes du chômage de masse
À La Réunion l’école est obligatoire et doit être gratuite
180 litres d’eau par jour par personne : droit dans le mur
Accélération de la crise du système néocolonial
Lutte des Chagossiens