Un nouveau tournant dans l’Histoire du monde

L’émergence des anciens pays colonisés

6 mai 2009, par Risham Badroudine

Comment évolue le monde ? Avant la colonisation, si l’on excepte les sociétés dites primitives, on peut avancer avec certitude que dans la période précoloniale, les écarts entre les niveaux de développements économiques et techniques des divers pays étaient peu importants. L’écart s’est creusé pendant la colonisation, comme l’attestent les chiffres des économistes Angus Maddison ou André Gunder Frank. Aujourd’hui, l’émergence des anciens pays colonisés marque un nouveau tournant dans l’Histoire.

Selon les estimations de l’économiste Angus Maddison, la Chine et l’Inde représentaient 57% de la population en 1820 et un peu moins de la moitié de l’économie mondiale.
Pour l’économiste allemand André Gunder Frank, « la Chine et l’Inde étaient les deux grandes régions les plus “centrales” dans l’économie mondiale ». L’Inde était compétitive par sa « productivité relative et absolue » dans le secteur des textiles, et par sa « domination du marché des cotonnades » ; celle de la Chine de sa « productivité encore plus grande dans les domaines industriels, agricoles, dans le transport (fluvial) et le commerce ». Alors que l’Europe et les Amériques jouaient « un rôle d’une faible importance » avant 1800.

La colonisation a entrainé l’appauvrissement des pays colonisés
La fracture fondamentale du monde intervient au 19ème siècle avec l’accélération de la révolution industrielle et surtout l’expansion coloniale, c’est-à-dire quand la domination européenne se traduit par l’appauvrissement et parfois la désindustrialisation des pays colonisés. Les pays colonisateurs ont imposé à ses colonies des cultures d’exportation uniquement destinées à satisfaire les besoins de la métropole.
Toujours selon l’étude A.G. Frank, le PNB par habitant, au début de 19ème siècle, était à peu près équivalent en Europe et en Asie (198 dollars en moyenne pour l’Europe et 188 dollars pour l’Asie), soit un ratio de 1 à 1.
À partir de 1860, ce ratio est passé de 2 à 1 et de 3 à 1 pour la Grande-Bretagne. Ces chiffres sont « horrifiants », selon l’expression de l’historien Paul Kennedy.
À cette désindustrialisation s’ajoute la traite des Noirs en Afrique où des dizaines de millions d’hommes et de femmes sont emportés afin de travailler dans des plantations pour fournir des matières premières aux industries européennes. L’esclavage atteint des sommets avec les grandes découvertes. Un commerce inhumain s’instaure, qui consiste à extraire de leur pays des millions d’Africains pour leur faire produire coton, café, sucre ou épices. Quatre à cinq millions d’Africains vers les Caraïbes, autant vers le Brésil, un demi-million vers l’Amérique du Nord... Jamais un continent n’avait été “saigné” à ce point. En 1635, les Français prennent pied en Guadeloupe et Martinique. Très vite, les Caraïbes deviennent l’enjeu de luttes entre les grandes puissances, tandis que les Amérindiens (Karib) sont expulsés vers des îlots voisins et anéantis. Un système de production coloniale (tabac puis sucre) s’instaure, appuyé sur l’esclavage. Le sucre est ensuite raffiné à Rouen, la Rochelle et Bordeaux. Notre île n’a pas échappé à l’esclavagisme puis à l’engagisme. Le mot “esclave” apparaît pour la première fois à Bourbon en 1685. Le colonialisme, l’esclavagisme, l’engagisme sont en partie responsables des problèmes actuels de notre société.
Il ne faut pas oublier non plus la conquête des territoires avec extermination des peuples autochtones en Australie ou en Nouvelle-Zélande.

Le Sommet du G20 fait date dans l’Histoire

Aujourd’hui, l’émergence du Sud n’est qu’un début du rééquilibrage d’un monde devenu très inégalitaire avec la colonisation. Les progrès réalisés par la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud sont inéluctables. La fin de la colonisation a créé les contradictions dans le modèle économique et conduit à des crises de plus en plus violentes. La dernière en date a fait que l’Occident ne peut plus diriger seul le monde et doit partager avec les anciens pays colonisés.
Le Sommet du G20 fera date par le fait qu’il ait donné la parole à des puissances économiques émergentes comme la Chine et l’Inde ainsi qu’à des pays en voie de développement, au lieu de s’en tenir aux habituels membres du G7 ou du G8 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Russie). Le Groupe des Vingt représente 90% du Produit intérieur brut (PIB) mondial, 80% du commerce et deux tiers de la population de la planète. Peut-être ce G20 inaugure-t-il un nouveau format plus représentatif du monde dans les grands dossiers économiques.

Une monnaie unique internationale indépendante d’une monnaie nationale

Ce Sommet marque un tournant dans l’Histoire. Le moment fort de ce Sommet a été la proposition chinoise de créer une monnaie unique internationale et en finir avec l’hégémonie d’une monnaie nationale comme le dollar. En effet, le gouverneur de la Banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, explique que la crise a mis en évidence « les faiblesses inhérentes du système monétaire international actuel ».
Dans un rapport intitulé “La réforme du système monétaire international”, Zhou Xiaochuan estime qu’à long terme, le fait qu’une « devise nationale serve de monnaie de réserve internationale a peut-être fait son temps », et ajoute que « l’objectif souhaitable est de créer une devise de réserve internationale qui soit déconnectée de l’un ou l’autre pays, et qui puisse rester stable à long terme ». Ce nouveau système financier devra fonctionner sous l’égide du Fonds Monétaire International, estime encore le rapport... Le FMI a réagi en qualifiant une telle hypothèse de « sérieuse ». Cette proposition chinoise a été immédiatement rejointe par l’Inde ou le Brésil.
Aujourd’hui, la réalité a fini par s’imposer. Le monde ne peut plus être « dirigé » par quelques puissances occidentales. Les pays du Sud veulent se faire entendre et s’imposent de plus en plus sur la scène internationale.

Risham Badroudine


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