Economie

L’industrie de l’habillement en Asie-Pacifique sinistrée par la COVID-19

Conséquences sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement

Témoignages.re / 22 octobre 2020

L’effondrement de la demande des consommateurs, les mesures de confinement des gouvernements et les perturbations dans les importations de matières premières ont fait des ravages dans l’industrie de l’habillement de la région Asie-Pacifique, selon un nouveau rapport de l’OIT.

JPEG - 79.8 ko

D’après une nouvelle étude menée par l’Organisation internationale du Travail (OIT), le secteur de l’habillement dans la région Asie-Pacifique a été gravement touché par la crise du COVID-19 , et le fort ralentissement des ventes de détail sur les principaux marchés d’exportation pèse sur les travailleurs et les entreprises tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Cette étude, intitulée Effet d’entraînement au sein de la chaîne d’approvisionnement : les répercussions du COVID-19 sur les travailleurs et les usines du secteur de l’habillement en Asie et dans le Pacifique , évalue les effets de la crise du COVID-19 sur les chaînes d’approvisionnement, les usines de production et les travailleurs dans dix grands pays producteurs de vêtements de la région : Bangladesh, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Myanmar, Pakistan, Philippines, Sri Lanka et Viet Nam.

Baisse de 70 % des importations de vêtements d’Asie

L’étude souligne que les importations faites par les principaux pays acheteurs en provenance des pays d’Asie exportateurs de vêtements ont chuté de 70 pour cent au premier semestre 2020, en raison de l’effondrement de la demande des consommateurs, des mesures de confinement imposées par les gouvernements et des perturbations des importations de matières premières nécessaires à la production de textile.
En septembre 2020, près de la moitié de l’ensemble des emplois dans les chaînes d’approvisionnement du secteur de l’habillement étaient tributaires de la demande de vêtements de la part de consommateurs vivant dans les pays ayant mis en place les mesures de confinement les plus strictes, où les ventes de détail ont considérablement diminué. D’après les estimations, le secteur de l’habillement dans la région Asie-Pacifique employait 65 millions de travailleurs en 2019, soit 75 pour cent de l’ensemble des travailleurs du secteur dans le monde.

75 % des travailleurs de l’habillement sont en Asie-Pacifique

Au sujet des résultats de cette étude, Chihoko Asada Miyakawa, Directrice régionale de l’OIT pour l’Asie et le Pacifique, a déclaré que « cette étude met en évidence l’impact considérable qu’a eu le COVID-19 sur l’industrie de l’habillement à tous les niveaux. Il est indispensable que gouvernements, employeurs, travailleurs et autres parties prenantes du secteur unissent leur efforts pour faire face à cette situation sans précédent et contribuer à créer un avenir pour le secteur qui soit davantage centré sur l’humain. »
L’étude précise que, si les gouvernements de la région ont réagi sans attendre face à la crise, des milliers d’usines n’en ont pas moins dû fermer leurs portes dans toute la région, temporairement ou définitivement. Le nombre de licenciements a grimpé en flèche, et les usines qui ont redémarré leurs activités fonctionnent souvent avec une capacité de main-d’œuvre réduite.
« En moyenne, les travailleuses du secteur de l’habillement dans la région ont perdu au moins deux à quatre semaines de travail, et seules trois collègues sur cinq sont revenues travailler lorsque leur usine a rouvert. De plus, les travailleurs du secteur ayant conservé leur emploi au cours du second semestre 2020 ont souvent été confrontés à des baisses de revenu et à des retards de paiement de salaire », explique Christian Viegelahn, économiste du travail au Bureau régional de l’OIT pour l’Asie et le Pacifique.

Les femmes plus gravement touchées

Par ailleurs, les conclusions de l’étude montrent comment les femmes, qui constituent la majorité de la main-d’œuvre dans l’industrie de l’habillement, ont été touchées de manière disproportionnée par le COVID-19 qui a aggravé les inégalités existantes en termes de salaire, de charge de travail, de ségrégation professionnelle et de répartition du travail non rémunéré consacré aux soins à la famille.
Si les niveaux de négociation collective, que ce soit au plan sectoriel ou au niveau des entreprises, sont généralement faibles dans le secteur de l’habillement en Asie, il ressort des résultats de l’étude que le dialogue social aurait contribué à renforcer les réponses à la crise dans les pays où il existe des mécanismes de dialogue. L’étude préconise un dialogue social plus inclusif et plus constructif aux niveaux national et sectoriel dans les pays de toute la région.
D’autres recommandations mettent en évidence la nécessité de continuer à soutenir les entreprises, mais aussi d’élargir la protection sociale des travailleurs, en particulier les femmes. Le récent Appel à l’action , une initiative multipartite internationale lancée au niveau mondial avec l’aide de l’OIT, offre aussi un exemple prometteur des efforts de solidarité déployés à l’échelle du secteur pour faire face à la crise.