Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
6 août 2007

A la 2e semaine de coupe dans l’Est, devant les difficultés qui assaillent les planteurs de cette région, la CGPER a soulevé hier à Bras-Panon la question du prix des engrais, véritable assommoir auquel les “règles du jeu” interdisent aux planteurs de trouver un substitut. Jean-Yves Minatchy, président de la CGPER, a dénoncé hier « des procédés inacceptables ».
Alors que les conditions de la coupe sont déjà médiocres dans l’Est, la Confédération générale des Petits et moyens planteurs et Eleveurs de La Réunion a fait le point hier avec une vingtaine de planteurs de la région. Le samedi 4 août était pour eux le 16e jour de campagne et, par quelque bout qu’ils prennent la question, “le compte n’y est pas”. L’usine de Bois-Rouge est en capacité de broyer 8000 tonnes de cannes par jour, mais au 16e jour d’une campagne commencée par une panne, 98.200 tonnes de cannes seulement ont été traitées sur un potentiel de 128.000 tonnes. La campagne a donc pris du retard et la crainte d’une baisse de production dans cette région commence à effleurer les esprits.
D’après la CGPER, cette baisse est déjà visible à Sainte-Rose où l’an dernier, la récolte avait été de 124.000 tonnes. Cette année, “ça ne suit pas” et les planteurs de Sainte-Rose savent déjà qu’ils auront en moyenne 20% à 25% de perte par rapport à l’an dernier. « C’est une moyenne - a corrigé Jean-Yves Minatchy - car par place, c’est 30% à 35% de canne en moins ».
Gamède a joué sa partition dans cet état de fait, en couchant les “ti kann” avec des vents de 120 à 130 km/h cinq jours avant le passage du cyclone, lequel est encore resté sur l’île pendant quelques jours. Résultat : un test fait par la CGPER après le désastre a montré que, sur 15 cannes, il n’en restait que 7 ou 8, d’une richesse attendue à 12,68 - ce qui moins que l’année dernière également.
Dans ce contexte déjà médiocre, la CGPER note que ses appels à la DAF pour obtenir une compensation des pertes sont restés sans écho.
Jean-Yves Minatchy en a conclu, avec les planteurs de l’Est, que cette catégorie de travailleurs était la seule à laquelle on demandait sciemment d’accepter une baisse de ses revenus d’une année sur l’autre.
Le point sur lequel la CGPER a voulu mettre l’accent est celui du prix de l’engrais, qui pèse d’un poids insupportable sur les pertes que les planteurs sont en train d’enregistrer. L’engrais le plus usité est passé de 392 euros (par tonne) l’an dernier à 480 euros cette année. Devant cette poussée que le “marché” ne permet pas de réguler puisqu’« il n’existe quasiment plus de concurrence » - a noté Jean-Yves Minatchy, la CGPER a demandé le blocage des prix. Elle a aussi tenté une demande de subvention mais... « Il semble que cela bloque à Bruxelles », a noté le président du syndicat des petits et moyens planteurs/éleveurs.
Et ce qui achève de révolter les cultivateurs est de ne pas obtenir que les distributeurs s’approvisionnent en Inde où le produit est d’un prix plus accessible. « C’est une affaire d’Etat - a protesté hier Jean-Yves Minatchy. On ne peut pas nous dire qu’il est impossible d’importer de l’engrais de l’Inde... en pleine mondialisation ! » L’Ile Maurice avait déjà fait une offre en 1998, également repoussée. Jean-Yves Minatchy a dénoncé à ce propos « des procédés inacceptables »... surtout dans le contexte actuel. « Ce n’est pas le moment de nous assomer de cette façon. Une telle augmentation n’existe nulle part ailleurs ».
C’est pour soulever ce point et aller au déblocage que la CGPER, par la voix de son président, a demandé à rencontrer le Préfet.
P. David
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