Economie

La Chambre d’agriculture évite la cessation de paiement grâce à l’étalement d’une dette sociale de 5 millions d’euros

Résultat, autofinancement et fonds de roulement négatifs

Manuel Marchal / 10 mars 2021

Alors que la Chambre d’agriculture présentait hier un bilan financier catastrophique, le compte de résultat 2020 a été voté sans aucune demande d’explication et sans débat. Une situation qui interroge.

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La session plénière de la Chambre d’agriculture d’hier a commencé par une minute de silence en mémoire de Patrice Pounoussamy, élu récemment décédé. Puis, l’assemblée a salué l’arrivée d’Isabelle Payet, qui y siège désormais.

Le principal point à l’ordre du jour était le vote du compte administratif 2020. Dans leurs rapports, le directeur financier de la Chambre d’agriculture et l’agent comptable ont défendu une ligne : la situation financière alarmante est due à la COVID-19, et à la différence d’une entreprise, l’institution n’a pas droit aux aides spécifiques, ce qui ne manque pas de sel : à la différence d’une entreprise, la majorité des recettes de l’institution vient de subventions directes d’autres institutions. Dans son édition d’hier, « Témoignages » avait décrit cette situation financière : perte de plus de 540.000 euros pour l’exercice 2020, autofinancement négatif (-500.000 euros), fonds de roulement négatif (-282.000 euros), ponction de 681.000 euros prévue dans le fonds de roulement et, fait assez incroyable, une trésorerie positive à hauteur d’un million d’euros. Concernant cette trésorerie positive, la justification donnée par l’administration de la Chambre d’agriculture est la suivante : l’étalement d’une dette de 5 millions d’euros due à la Sécurité sociale et à la Caisse de retraites qui a permis de dégager un million d’euros, soit un peu plus d’un mois de fonctionnement.
Au terme de la présentation de ce bilan, personne n’a demandé des explications, et aucun vote contre n’a été dénombré.

Rappelons que la Chambre d’agriculture comporte de nombreux chefs d’entreprise dans ses élus, en particulier les représentants des coopératives. C’est ce qui interpelle Jean-Michel Moutama, président de la CGPER. Pour le dirigeant syndical, « si une entreprise présentait un tel bilan, la liquidation judiciaire serait prononcée ». Il constate que le seul élément positif du bilan, la trésorerie, résulte d’un étalement du paiement d’une dette à la Sécurité sociale égale à la moitié du budget de la Chambre. « Sans l’étalement d’une dette sociale de 5 millions d’euros, la Chambre d’agriculture serait en cessation de paiement », ajoute-t-il, « de nombreux agriculteurs doivent faire face à d’importantes difficultés liées au manque de trésorerie pour payer les cotisations sociales, leurs entreprises ne bénéficient pas des mêmes largesses ce qui pousse des exploitations agricoles à mettre la clé sous la porte ».

« Une patate chaude pour l’État »

« Comment des chefs d’entreprise ont pu valider un tel bilan sans émettre la moindre remarque ? », interroge le président de la CGPER pour qui la mise sous tutelle de l’institution est la mesure de sauvegarde qui s’impose de la part de l’État. Un Etat dont le représentant n’a pas non plus émis la moindre demande d’explication. Le silence des représentants des coopératives et de l’État interroge.
« Avec une telle situation financière, la Chambre d’agriculture n’a plus les moyens d’être au service des agriculteurs de La Réunion », poursuit le dirigeant syndical. « Il reste 4 ans de mandat, une mise sous tutelle est une patate chaude pour l’État. Qu’attend l’État pour prendre ses responsabilités, car avec cette situation financière, la Chambre n’a les moyens que de payer les salaires de ses employés ». D’où cette interrogation : « quelle est l’utilité d’une Chambre d’agriculture sans moyens pour accompagner les agriculteurs alors que d’importantes échéances se profilent, notamment pour la canne ? »

M.M.