Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Anniversaire
10 juin 2006

Avec 2 ans de retard, restrictions budgétaires obligent, la Chambre d’Agriculture fête son siècle et demi d’existence. Plusieurs animations et dégustations de produits sont programmées tout au long du week-end dans la ferme miniature installée au parc de la Trinité à Saint-Denis.
La Chambre d’Agriculture de La Réunion a un siècle et demi d’existence. Pour célébrer cet anniversaire, la vieille dame “toujours verte”, s’est parée de ses plus beaux atours et s’est installée hier au parc de la Trinité à Saint-Denis. Jusqu’à dimanche, elle présentera au public les évolutions et les multiples facettes de l’agriculture locale. Plusieurs animations et dégustations de produits sont programmées tout au long du week-end.
En fait, c’est avec deux ans de retard que la chambre consulaire fête son siècle et demi. En effet, à l’initiative du gouverneur Hubert Delisle, elle vit le jour en 1854. "Nous aurions donc dû fêter cet anniversaire en 2004, mais le contexte ne s’y prêtait pas. Le plan de redressement financier imposait alors des restrictions drastiques dans tous les domaines pour assainir notre situation financière. Ce que nous avons réussi à faire", note Guy Derand, président de la Chambre d’agriculture.
La vieille dame a donc repoussé sa fête. Ce qui lui a laissé le temps de mettre les petits plats dans les grands et d’installer une ferme miniature sur le site à Saint-Denis.
Veaux, vaches, cochons et lapins ont ainsi fait le voyage de leurs étables et clapiers jusqu’au parc de la Trinité. Bien à l’abri sous leurs serres, salades, tomates, fraises, concombres et fleurs cultivés hors sol se laissent admirer sans complexe. Des producteurs font goûter leurs produits à un public visiblement ravi de l’aubaine. Un peu plus loin, une exposition de photos retrace en quelques panneaux tous les progrès accomplis par l’agriculture locale. Montrer les évolutions des différentes filières agricoles est d’ailleurs l’un des principaux objectifs des trois journées d’animation.
Le côté historique n’est pas oublié. "Lorsqu’elle est créée en 1854, l’institution est plutôt un club, une société savante regroupant de gros propriétaires terriens nommés par le gouvernement", souligne Alain Tardy, directeur de la Chambre consulaire. "S’ils font preuve d’un conservatisme social certain, les membres de l’institution font aussi un travail important en matière d’amélioration des rendements, des techniques et de lutte contre les parasites. En fait, ils font ce que font actuellement les différents instituts de recherche et ils financent ces travaux sur leurs fonds propres", poursuit Alain Tardy. Il cite à ce propos "les ouvrages de grande qualité publiés avant 1900" ou encore les correspondances échangées entre un propriétaire terrien de La Réunion et l’un de ses homologues de Java sur les différents problèmes de l’agriculture en milieu tropical. "Le Réunionnais ne parlant pas anglais, les lettres étaient rédigées en latin", remarque Alain Tardy.
La Chambre consulaire a gardé sa vocation de contribution au développement agricole et au fil des années, elle s’est donné d’autres missions. Notamment celles d’accompagner les agriculteurs en vulgarisant les techniques de culture et l’utilisation des nouvelles technologies ou encore en les aidant dans leurs projets de diversification.
Des serres à haut rendement
Une serre à armature souple a été installée au parc de la Trinité. Elle reproduit les techniques d’exploitation utilisées par 250 producteurs répartis dans toute l’île et notamment dans le Sud. Sur une surface totale de 50 hectares, ils cultivent "hors sol" (c’est-à-dire dans des "bacs" de toile spécialement aménagés sous la serre), des fleurs, des légumes et des fruits.
L’avantage de cette méthode de culture se trouve dans son rendement élevé. Ainsi 1 mètre carré produit 25 kg de tomates (2 en champs), 20 à 30 kg de concombres et de melons, 6 kg de courgettes, 16 pieds de laitues et 180 tiges de gerberas. Se trouvant "hors sol", les produits sont naturellement protégés contre les maladies de la terre et les insectes, ce qui engendre une nette réduction des nitrates (produits pesticides).
Cette forme avantageuse de culture a pourtant peu de chances de se développer dans l’avenir. "Je pense que nous avons atteint le niveau maximal d’extension", estime Pierre Tilma, responsable de la filière maraîchage à la Chambre d’agriculture. "L’investissement pour produire "hors sol" est lourd et il n’est pas toujours facile pour le producteur de l’amortir", explique-t-il. Cela d’autant qu’à chaque grosse pluie, les serres sont fortement endommagées et souvent totalement détruites. "Les agriculteurs ne sont plus tentés par ce type d’exploitation. Il y a 2 ou 3 années, 60 dossiers de demande d’aide à l’installation étaient étudiés tous les ans par la Chambre. Cette année nous n’avons eu que 5 dossiers", souligne Pierre Tilma.
De même, plus que de vouloir étendre leur surface cultivée, les actuels producteurs sous serres cherchent maintenant à se prémunir contre les aléas climatiques. "Ils investissent dans des serres rigides beaucoup plus résistantes à la pluie et au vent", indique Pierre Tilma.
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