Le monde a changé

La Chine vend de la dette américaine : vers la fin d’un monde dominé par une seule monnaie

10 janvier, par Manuel Marchal

La Chine réduit ses avoirs en bons du Trésor américain, signalant une perte de confiance dans le dollar. Ce choix stratégique s’appuie sur des alternatives construites de longue date : accords commerciaux en monnaies locales, yuan numérique, système de paiement CIPS et accumulation d’or. Ce mouvement annonce une transition vers un système financier multipolaire avec la remise en cause du privilège économique américain.

La réduction par la Chine de ses avoirs en bons du Trésor américain n’est pas un simple arbitrage financier : c’est le symptôme d’un changement profond du système monétaire mondial, et une réponse à des décennies de domination américaine fondée sur le dollar. En vendant ces titres, Pékin dit clairement qu’il ne veut plus financer l’hégémonie américaine ; il met en lumière une stratégie d’accumulation de pouvoir par Washington qui dépasse le cadre des marchés financiers.

Le pillage du Venezuela par un Etat qui vit à crédit a commencé

Cette dynamique se joue aussi sur d’autres terrains. Au Venezuela, les États-Unis mènent une offensive directe sur les ressources et la souveraineté d’un pays riche en pétrole. Après la capture de Nicolás Maduro par des forces américaines, Washington a intercepté des tankers, saisi des cargaisons et pris le contrôle des revenus pétroliers, redirigeant jusqu’à 50 millions de barils vers le marché américain et imposant son propre modèle d’exportation — un geste qui ressemble à une prédation économique plutôt qu’à une action humanitaire ou démocratique.

Cette action s’inscrit dans une stratégie de « Donroe Doctrine » modernisée par l’administration américaine : réaffirmer une domination totale sur l’hémisphère occidental, contrer l’influence chinoise et redistribuer les richesses énergétiques au profit des intérêts US.

Pour beaucoup, c’est la continuation d’une vieille pratique : utiliser sanctions, blocus, et même intervention militaire pour extraire des ressources, asphyxier des économies et maintenir un ordre mondial favorable à Wall Street et à Washington.

Qui a encore confiance au dollar ?

Ce genre d’intervention a des répercussions directes sur le système financier mondial. Le dollar, jadis perçu comme invincible, se trouve contesté sur plusieurs fronts. La Chine, tout en réduisant ses bons du Trésor, a développé des alternatives robustes : accords commerciaux bilatéraux en monnaies locales, le yuan numérique, son propre système de paiements internationaux (CIPS), et une accumulation massive d’or. Ensemble, ces leviers permettent de contourner le dollar et de réduire la vulnérabilité face à des politiques américaines fondées sur la coercition monétaire et économique — une forme de prédation institutionnelle.

Dans ce contexte, les visées américaines ne s’arrêtent pas à Caracas. Des déclarations récentes évoquent une volonté d’acquérir le Groenland, territoire riche en ressources minières et stratégiquement situé dans l’Arctique, même si toute action militaire est aujourd’hui rejetée par les alliés européens et par la communauté internationale qui défendent la souveraineté du territoire danois.

Cette idée symbolise une tendance dangereuse : voir la souveraineté comme une marchandise à prendre plutôt qu’un principe à respecter.

Les actions agressives des États-Unis au Venezuela et ailleurs montrent que la “protection de la liberté” peut souvent se transformer en exploitation des ressources et en domination politique.

Il est temps de comprendre que l’ordre économique mondial change. La Chine n’a pas abandonné le dollar par hasard : elle a construit des alternatives pour protéger sa richesse contre une machine géopolitique qui a trop souvent érigé la prédation en stratégie. Ce mouvement marque la fin d’un système hégémonique, l’émergence d’un monde multipolaire, et invite à repenser la justice, la souveraineté et la coopération internationale au cœur du XXIe siècle.

M.M.

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