Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
23 mai 2015

Je suppose que, comme moi, vous n’êtes pas pour le capitalisme sauvage teinté de néocolonialisme qui maintient notre pays, La Réunion, dans une situation atypique de non-développement. Je pense que, comme moi, vous avez fait le constat que La Réunion est riche de potentialités mais que son décollage économique ne s’est pas fait jusqu’aujourd’hui. Alors, vous scrutez tous azimuts à la recherche d’un système économique adapté à notre situation sans que ce modèle ne vos apparaisse vraiment. C’est ainsi que le modèle catalan de coopérative intégrale, modèle récent, m’est apparu et que je propose aux lecteurs de Témoignages quelques informations sur ce modèle tout en sachant bien qu’il n’y a pas lieu de la calquer sur la réalité réunionnaise mais d’en tirer des sujets de réflexion.
Georges Gauvin
La Coopérative intégrale catalane (CIC) qui rassemble aujourd’hui plusieurs milliers de personnes constitue quelque chose d’extraordinaire et d’avant-gardiste, dans un pays « miné par ce qu’on appelle la crise »,- mais dont la puissance économique est bien réelle.– de par sa nature, son expansion et son ampleur… Ceci explique que d’autres coopératives intégrales, en s’inspirant du modèle catalan, aient vu le jour dans plusieurs autres régions d’Espagne ou soient en voie de création, en France comme à Toulouse ou avec l’Éco-Réseau du Pays Nantais.
La coopérative intégrale, est un outil au service de la construction d’une autre société : « une initiative de transition qui nous permet de construire un mode de vie ou ni les banques, ni l’État n’ont de prise ». Une structure régionale autogérée, initiée par le mouvement des Eco-Réseaux (EcoXarxès en catalan), qui regroupe en fait plusieurs coopératives : de consommation, d’habitation, de production, et d’autofinancement en réseau.
Il s’agit d’une COOPÉRATIVE car c’est un projet qui pratique l’autogestion économique et politique, impliquant la participation égale de tous ses membres. Elle est INTÉGRALE, car elle regroupe tous les éléments de base d’une économie : la production, la consommation, le financement, sa propre monnaie…
La coopérative intégrale catalane fonctionne en réseau : elle est en réalité un parapluie, qui rassemble une multiplicité d’autres coopératives avec nombre d’activités différentes), projets collectifs, entreprises et initiatives alternatives. Il y a les projets autonomes, à la base, puis les coopératives intégrales locales (à l’échelle d’un quartier, d’un village), puis, à « une échelle plus large, les réseaux d’autogestion bio-régionale (une commune, une vallée…). (…) Le niveau de la coopérative intégrale est avant tout un cadre de référence et de coordination où se créent des moyens collaboratifs et collectifs pour favoriser et connecter les processus locaux »
Le mode d’organisation et de fonctionnement est donc décentralisé et chaque acteur est autonome. A tous les échelons (donc également dans les groupes de travail thématiques de la coopérative intégrale), les prises de décision se font en assemblée, ouvertes à tous (coopérateurs ou non : l’ouverture étant le « principe fondamental de l’assemblée » est-il coopératif).
Dans chacune des assemblées, la prise de décision se fait par consentement (une décision est adoptée si personne ne s’y oppose), et non à la majorité des voix. Une technique de prise de décision collective particulière « Les décisions doivent se prendre de préférence au consensus, pour assurer le respect de la diversité des opinions, la cohésion du groupe et le développement optimal du processus ». En cas de blocage, la proposition est modifiée jusqu’à obtenir le consentement de chacun, éliminant ainsi le phénomène des minorités et des majorités.
Il est à noter que l’une des personnes à l’origine de la coopérative intégrale catalane est un militant très connu pour la décroissance, Enric Duran, qui n’est autre que le fameux Robin des Bois moderne qui avait, pour dénoncer le système bancaire, réussi en 2008 à emprunter, en allant taper à la porte de toutes les banques, près d’un demi-million d’euros, sans que ces dernières ne vérifient rien. Il a par la suite reversé la totalité de ce l’argent aux mouvements sociaux et à des projets anticapitalistes et financé des journaux alternatifs.
NB Vous pouvez consulter les articles concernant la coopérative intégrale sur internet et en discuter entre camarades afin de bien vérifier qu’il s’agit ou non d’un système de libération qui se met en place et gagne actuellement l’Europe. L’après capitalisme en marche ? N’allons pas si vite mais sachons qu’il se présente actuellement des modes alternatifs de production, de répartition, d’échange et de financement et que nous pouvons nourrir notre réflexion de ces modèles écologiques, de proximité et de solidarité
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