Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Nouvelle illustration d’un système néocolonial à bout de souffle
13 septembre 2025, par

Selon une étude publiée hier par l’IEDOMEntre juin 2024 et juin 2025, 2 605 entreprises ont baissé le rideau dans les anciennes colonies intégrées à la République française : c’est le signe d’un système néocolonial à bout de souffle qui condamne ces pays à l’asphyxie économique. La hausse des défaillances atteint +10,8 % en un an, un rythme plus rapide qu’en France (+8,2 %).
Les chiffres peuvent sembler rassurants au premier regard : à La Réunion, les défaillances d’entreprises progressent de « seulement » +3 % entre juin 2024 et juin 2025, soit 1 054 procédures. Pour le cinquième trimestre consécutif, la tendance ralentit, après le pic atteint fin 2024 avec 1 121 faillites. Cela reste bien au-dessus des niveaux moyens des années 2010, preuve que le tissu économique réunionnais continue de souffrir en profondeur.
Derrière les statistiques, ce sont des réalités humaines. Chaque liquidation, c’est une famille plongée dans l’incertitude, des salariés jetés dans le chômage, des savoir-faire locaux menacés de disparition. Dans un pays où le chômage reste structurellement élevé et où le coût de la vie écrase les revenus, la moindre défaillance a des conséquences sociales immédiates.
La situation de La Réunion ne peut pas être isolée du contexte global. Dans les anciennes colonies intégrées à la République française, les secteurs qui structurent la vie quotidienne sont frappés de plein fouet. L’hébergement et la restauration s’effondrent (+55,5 %). Comment s’étonner ? Tourisme fragile, clientèle locale appauvrie : la recette de la crise est connue. Les conseils et services aux entreprises, pourtant censés soutenir l’activité, sont eux aussi emportés (+22,1 %). La construction, un quart des défaillances, ne cesse de s’enfoncer (+8 %), alors qu’elle devrait être le moteur de la relance et de l’emploi.
Pays par pays, le constat est accablant. La Guadeloupe enregistre +28,5 % de défaillances, la Guyane explose avec +125,5 % ! La Martinique poursuit sa glissade (+8,8 %). La Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, après un répit, replongent. Seule Mayotte connaît un léger recul (-17,4 %). À La Réunion, le nombre de faillites ralentit, certes, mais il reste au-dessus des niveaux « moyens » de la décennie précédente.
Ces défaillances ne sont pas une fatalité : elles sont le produit d’un modèle économique construit sur la dépendance, la concurrence déloyale avec les importations européennes et l’oubli des réalités locales. Comment tenir quand le coût du fret explose, quand l’État ferme les yeux sur la vie chère, quand les aides sont calibrées sur les besoins des entreprises françaises et non sur nos TPE et PME ? Dans les colonies intégrées à la République française, la casse s’accélère. Si la courbe réunionnaise ralentit, elle ne traduit en rien une reprise solide. Elle révèle plutôt l’essoufflement d’un modèle économique imposé, dépendant des importations, vulnérable aux crises extérieures, et qui laisse peu de marges aux TPE et PME locales.
Qui peut croire qu’avec des financements inadaptés et une concurrence déloyale venue de l’Europe, nos petites entreprises ont une chance réelle de se développer ? Qui peut ignorer que des secteurs vitaux comme la construction, le commerce ou la restauration restent fragiles, alors qu’ils devraient être moteurs d’emplois et d’activité pour la population ?
L’heure n’est pas à la résignation mais à la mobilisation. Nous devons exiger des politiques publiques qui répondent aux besoins réels du pays : soutien massif à l’investissement productif local, protection contre la spéculation et la vie chère, développement des filières endogènes. Il est temps que l’État cesse de traiter La Réunion comme un simple comptoir où l’on applique mécaniquement des recettes pensées pour la France.
L’avenir économique de notre île ne peut pas dépendre uniquement des transferts sociaux et des plans de sauvetage ponctuels. Il doit reposer sur la capacité des Réunionnais à produire, à entreprendre et à travailler chez eux.
À La Réunion, nous ne voulons pas d’un avenir écrit par d’autres. Bâtissons nous-mêmes le nôtre.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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