Comment expliquer une telle dépendance aux événements lointains ?

La crise du Canal de Suez rappelle l’urgence de réformer l’économie de La Réunion

27 décembre 2023, par Manuel Marchal

La hausse du coût du transport des marchandises importées à La Réunion découle de l’extension de la guerre en Palestine dans la Mer Rouge et ses environs. Cette augmentation sera payée par le consommateur, alors que le coût de la vie à La Réunion est déjà excessivement élevé.
Une telle alerte peut être l’occasion d’enfin réfléchir collectivement à une réforme du système économique à La Réunion. Rappelons que les mouvements sociaux capables de rassembler des dizaines de milliers de personnes à La Réunion trouvent leur origine dans la hausse des prix.
Paris pourra-t-il encore longtemps acheter la paix sociale ou alors le choix d’accompagner La Réunion sur le chemin du développement sera-t-il enfin à l’ordre du jour ?

Depuis la fin de la pandémie de COVID-19, La Réunion est touchée par les conséquences de guerres se déroulant à plusieurs milliers de kilomètres, sur d’autres continents : Ukraine et Palestine. Le déclenchement de la guerre en Ukraine a vu une montée en flèche du prix des intrants. Des importations sont nécessaires à la production locale, notamment dans l’agriculture. Malgré l’implication de l’État dans la Convention canne, les gains obtenus par les planteurs de canne à sucre sont absorbés par la hausse des prix. Avec une agriculture organisée autour de la canne à sucre, ces augmentations compromettent l’objectif d’autonomie alimentaire car les prix des importations restent moins élevés que ceux de la production locale.
Avec l’extension de la guerre coloniale menée en Palestine à la Mer Rouge et ses environs, ce sont le préfet et le patronat qui mettent en garde contre de nouvelles augmentations qui ne manqueront pas de survenir.
Compte tenu de la puissance militaire d’Israël qui dispose de la bombe atomique, et de ses dirigeants partisans de la colonisation de la Palestine, la guerre dure déjà depuis plus de 70 ans. Elle a franchit un nouveau cap dans l’horreur avec les bombardements massifs de Gaza qui ont tué plus de 20 000 personnes en deux mois, majoritairement des femmes et des enfants.

Plus de 70 % des importations de La Réunion concernées

Ce fait plaide pour une réorganisation en profondeur de l’économie de La Réunion. Depuis sa colonisation par la Compagnie des Indes, la production de notre île vise d’abord à satisfaire les besoins d’un lointain pays situé en Europe. Le développement de La Réunion n’est pas la priorité, c’est ce montre le bilan de la colonisation et de l’intégration à la France sous forme de département depuis plus de 75 ans. Par conséquent, les échanges commerciaux de La Réunion se font essentiellement avec l’ancienne métropole et ses voisins : plus de 70 % des importations viennent d’Europe et passent par la Mer Rouge. Des compagnies maritimes ont alors décidé de ne plus passer par le Canal de Suez ce qui allonge d’une semaine la durée du voyage entre l’Europe et La Réunion. Le prix du transport sera répercuté sur le consommateur à moins que des intermédiaires décident de baisser leur marge. Cette hausse du prix du transport ne devrait pas excéder 10 % puisque les navires n’auront plus à payer le péage du Canal de Suez. Quand bien même il n’y aurait aucun abus, ceci reste malgré tout bien difficile pour une population qui subit déjà un coût de la vie bien plus élevé qu’en France, alors que SMIC, retraites, minima sociaux sont fixés selon la réalité des prix en France.

Paris a besoin de la paix sociale

C’est donc une bien mauvaise nouvelle qui impactera le début de l’année 2024, avec des effets qui pourraient se prolonger. Or, ce sont les hausses de prix qui sont dorénavant les déclencheurs de mouvements sociaux pouvant impliquer des dizaines de milliers de personnes à La Réunion.
Pour sa part, Paris a comme objectif principal de maintenir la paix sociale à La Réunion. Notre île constitue en effet pour Paris une pièce essentielle dans son dispositif : c’est la seule terre administrée par la France dans l’océan Indien et l’océan Pacifique où sa souveraineté n’est pas contestée, à la différence de Mayotte, de la Kanaky Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie.
Mais le maintien d’un système économique hérité de l’exclusive coloniale montre bien toutes ses limites : La Réunion est très vulnérable aux événements se déroulant à l’autre bout de la planète.

M.M.

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