Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
35000 familles en situation très risquée, recours important au crédit à la consommation
29 août 2019

Une étude de l’IEDOM présentée hier illustre une nouvelle conséquence de la crise sociale à La Réunion : le lourd endettement des Réunionnais en raison du recours au crédit à la consommation. Ceci rappelle tout d’abord un des effets de la vie chère chez ceux qui n’ont pas les moyens de se la payer, c’est-à-dire la grande majorité des Réunionnais. Voici le communiqué de l’IEDOM accompagnant cette étude. Il montre ensuite que les banques sont d’importants bénéficiaires de la politique du tout-automobile prônée par Didier Robert à la Région, car une des principales causes d’endettement est l’achat d’une voiture indispensable aux déplacements.
En 2015, quatre ménages réunionnais sur dix sont endettés pour l’achat d’un bien immobilier, pour leur consommation, ou les deux. Les Réunionnais sont moins endettés que les métropolitains (38 % contre 45 %). En effet, souvent ils ne disposent pas de revenus suffisants pour pouvoir s’endetter, notamment pour l’achat d’un logement. Ainsi, 20 % d’entre eux remboursent un emprunt immobilier, contre 29 % en France métropolitaine.
Si les Réunionnais sont moins nombreux à contracter un prêt immobilier que les métropolitains, ils ont autant recours à un crédit à la consommation (26 %). À revenu équivalent, ils sont même plus souvent endettés pour ce motif que leurs homologues métropolitains. Par exemple, parmi ceux dont le revenu se situe entre 1 600 et 2 900 euros par mois, 32 % ont un crédit à la consommation à La Réunion contre 23 % en métropole. Les écarts sont du même ordre de grandeur sur les autres tranches de revenu à l’exception des ménages dont les revenus ne dépassent pas 1 000 euros par mois : 7 % ont un crédit à la consommation, que ce soit à La Réunion ou en France métropolitaine. Or, ces ménages pauvres sont quatre fois plus présents à La Réunion.
Le recours plus fréquent du crédit à la consommation par les Réunionnais s’explique en partie par les besoins de déplacements et donc de financement de leur moyen de transport. Parmi les ménages endettés pour un crédit à la consommation, 70 % le sont pour financer l’acquisition d’un véhicule automobile.
Pour un crédit à la consommation, les Réunionnais s’endettent plus lourdement : la moitié d’entre eux ont, en 2015, un niveau d’endettement supérieur à 6 600 euros contre 3 600 euros pour les ménages métropolitains. Cet écart peut s’expliquer par le prix plus élevé des voitures à La Réunion, et notamment des voitures neuves (24 % plus chères qu’en France métropolitaine en 2015). A l’inverse, pour un crédit immobilier, le montant d’endettement médian des Réunionnais est moindre : la moitié d’entre eux sont endettés pour plus de 60 800 euros contre 79 000 euros pour les ménages métropolitains.
Sur l’ile, 3 ménages endettés sur 10 consacrent chaque mois plus de 30 % de leurs revenus au remboursement de leur emprunt, soit 35 000 ménages qui sont dans une situation budgétaire risquée. Le fait d’avoir une charge de remboursement élevée est d’autant plus fréquent que le niveau de vie est faible.
Un taux d’endettement élevé accroit le risque de basculer dans une situation de surendettement, c’est-à-dire d’être dans l’impossibilité de faire face à ses dettes. À La Réunion, un millier de dossiers ont été traités par la Commission de surendettement en 2018.
L’endettement des Réunionnais suit l’évolution de la conjoncture économique de l’ile. En effet, les Réunionnais ont eu tendance à moins s’endetter après la crise de 2009. Depuis 2015, l’endettement des ménages est reparti à la hausse, stimulé par le retour de la croissance économique. En particulier, l’encours de crédit à la consommation montre aujourd’hui une forte vitalité : +8,9 % par an en moyenne entre 2015 et 2018. Outre le retour de la croissance économique, le marché du crédit bénéficie de taux d’intérêt historiquement bas.
Le « droit au crédit » n’existant pas, une banque est libre d’accorder ou non des prêts à ses clients. À La Réunion comme en France métropolitaine, 3 % des ménages se voient refuser l’octroi d’un crédit en 2015. Toutefois, l’autocensure est plus forte à La Réunion : 15 % des ménages renoncent à demander un crédit, pensant qu’il serait refusé, contre 9 % en métropole.
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