Economie

La production réunionnaise complément des importations à La Réunion : quel développement possible avec la départementalisation ?

Les effets du blocage du Canal de Suez rappellent que La Réunion est une terre de consommation mais pas de production

Manuel Marchal / 16 avril 2021

Les conséquences du blocage du Canal de Suez mettent à nu un système économique à La Réunion qui n’a pas pour objectif de développer le pays. Ainsi, pour des acteurs de la grande distribution, la production locale est appelée à la rescousse en cas de rupture d’approvisionnement des importations de produits alimentaires de première nécessité. Autrement dit, la production réunionnaise sert de complément à l’importation, preuve d’un système qui marche sur la tête. Ce système, c’est la départementalisation de La Réunion.

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Le mois dernier, un porte-containers de 24.000 boîtes long de 400 mètres s’était échoué pendant près d’une semaine dans le Canal de Suez, paralysant 10 % du commerce mondial. Cet événement a des répercussions à La Réunion, où des produits importés sont en rupture. Il faudra en effet plusieurs semaines pour que tout redevienne normal, car plusieurs milliers de containers devant être livrés à La Réunion sont en attente et pourraient être à l’origine d’un embouteillage dans le port.
Le directeur de l’hypermarché Leclerc a décrit hier les conséquences du blocage du Canal de Suez sur son approvisionnement. Il note une rupture « sur des produits habituellement transportés par bateau : la charcuterie, la crémerie, la rotisserie et on commence à avoir quelques manques sur les produits secs, à savoir l’épicerie ».

La production locale « offre de substitution »

Quelle réponse à cette rupture dans les importations ? Voici la réponse de ce responsable de la grande distribution : « pour s’organiser, nous avons eu à faire appel à nos fournisseurs locaux avec qui nous travaillons déjà depuis de nombreuses années pour augmenter les volumes de commandes dans la mesure du possible. Nous avons dû également nous appuyer sur le fret aérien même si en ce moment cela reste tendu ».
Et d’affirmer qu’ « il n’y a pas de conséquence sur les prix. Nous sommes en mesure de proposer une offre de substitution. Cependant, [les clients] n’ont pas accès à leurs marques habituelles pour leurs achats habituels ».
Pour ce directeur d’hypermarché, le principal problème à venir est l’arrivée massive des containers qui devaient être livrés ces dernières semaines.

Conséquence de la départementalisation

Rappelons qu’une des conséquences de la départementalisation de La Réunion a été la restructuration du commerce. L’argent des transferts publics venus de France a servi à créer un pouvoir d’achat permettant de consommer les produits importés. Attirés par cet argent facile, des groupes ont implanté des hypermarchés à La Réunion. La grande distribution est désormais le principal moyen de ravitaillement des Réunionnais, car c’est elle qui concentre l’offre.
Cette orientation contribue à la crise sociale et économique de La Réunion, car les producteurs réunionnais sont mis en concurrence avec les importations. Cerise sur le gâteau : les pouvoirs publics soutiennent cette crise en aidant les entreprises qui mettent les producteurs locaux en concurrence avec les importations. C’est le cas notamment d’une société bien connue à La Réunion, qui alimente de nombreuses grandes surfaces avec moitié produits locaux et moitié importations, et qui bénéficie d’une importante aide de l’Europe via le Conseil général pour construire une champignonnière superflue. C’est le prix des importations qui devient alors le prix imposé aux producteurs réunionnais, alors que ces derniers ont bien sûr un coût de production plus élevé que sur d’autres continents. Comment alors s’étonner que l’agriculture soit en crise ?

Terre de consommation et de chômage, pas de production et d’emplois

Pour faire face à un problème d’approvisionnement, la production locale est appelée à la rescousse. L’augmentation de sa production est donc considérée comme un recours provisoire, un bouche-trou. Cela traduit une vision de La Réunion : c’est une terre de consommation, pas de production. C’est l’illustration d’un système qui dit à la moitié des travailleurs qu’il n’a pas besoin d’eux et qu’ils n’ont qu’à se contenter de revenus minimums qui leur donneront le droit de consommer les produits des grandes surfaces. Ce système qui privilégie les intérêts des grands capitalistes au détriment des producteurs de richesses, c’est la départementalisation de La Réunion. Car sa raison d’être est de soutenir des groupes privés par le biais du recyclage des transferts publics en bénéfices rapatriés en France. Dans ces conditions, le seul objectif est de faire un maximum de profits, pas de développer l’emploi à La Réunion.

M.M.



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  • Et dire que c’est ce qui nous attend aussi a mayotte voir pire

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  • Même le sel est importé ici, alors que nous sommes entouré d’eau de mer !? Sidérant. Les gens oublient vite, sont manipulés et leur façon de vivre de manière pas vraiment altruiste, responsable, fait que l’on ne s’en sort pas, la résignation est là, les jeunes n’ont pas de perspective, se contentent d’être sous-employés, donc sous-payés, et les patrons jouent sur le tau de chômage record de la Réunion, et le Covid n’arrange pas les choses, au contraire ! A quand les transports publics ferrés ET gratuits comme au Luxembourg pourtant plus grand, mais volontaire ? Il faut être utopique pour oser vouloir changer les choses, les améliorer. Ainsi en 1936, les patrons n’étaient pas d’accord de "donner" 2 semaines de congés payés à leurs employés, "ces gens là sont habitués à travailler sans congés, pourquoi voulez-vous que ça changer. En plus, on va devoir les payer pour leur permettre d’aller revoir leur famille, la mer, c’est une révolution ?" et oui, on a le droit de vivre mieux, d’être reconnu dans la Vie, quitte à contrarier les nantis, qui souvent nous méprisent et nous parlent avec mépris, c’est du vécu, Arthur.

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