Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Construisons un projet alternatif —2—
1er juillet 2009

Dans les richesses potentielles de La Réunion, la pêche est avec les énergies renouvelables un autre gisement d’emplois. Le document approuvé par les candidats à la présidentielle explique tout le potentiel que peut receler une zone économique exclusive partagée, plus grande que la Méditerranée.
En 2006, la société réunionnaise était arrivée à constater que la pêche est un des piliers du développement durable de La Réunion de 2025, des solutions avaient alors été proposées. Tous les candidats à la présidentielle ont partagé cette analyse et ces solutions puisqu’ils ont validé le projet dans lequel était inscrite cette conclusion.
Quelques mois après l’élection présidentielle, La Réunion accueillait une manifestation de tout premier plan dans le domaine de la pêche : le séminaire RUPMER en septembre 2007. Étaient conviés la Commission européenne, le ministre de l’Agriculture, les représentants des RUP et des gouvernements des pays de la COI.
Les RUP sont un actif essentiel pour l’Europe, avait alors déclaré Joé Borg, commissaire européen à la Pêche. Un séminaire conclu sur la possibilité pour notre île de créer 15.000 emplois directs dans la pêche.
Le développement de ce secteur signifie un profond changement dans les mentalités. En effet, les mers de l’Hémisphère Nord subissent les conséquences de la surpêche. Et depuis plusieurs années, la Commission européenne est obligée de décider l’arrêt anticipé de la pêche de certaines espèces, mesure nécessaire pour garantir la survie de ces poissons. Bruxelles a également décidé des mesures pour réduire la capacité de la flotte de pêche des États membres de l’Union européenne.
Mais plusieurs éléments vont amener à une évolution de la situation. C’est tout d’abord les limites atteintes par le type d’alimentation véhiculé par le mode de développement occidental. Les ressources de la planète ne sont pas suffisantes pour que seulement deux milliards de personnes supplémentaires adoptent le mode d’alimentation d’un milliard d’Occidentaux. C’est ce qu’ont démontré les tensions sur les produits alimentaires qui servent aussi à nourrir le bétail. Or, la mer est un réservoir alternatif de protéines qui reste à exploiter.
À la différence de l’Hémisphère Nord, les mers du Sud n’ont pas été victimes de la surpêche. Les ressources sont encore préservées. Mais les pays du Nord ont déjà des flottes de pêches qui opèrent dans les grands espaces du Sud.
La base d’une nouvelle industrie
La Réunion est riveraine d’un espace important. Et lorsque les membres de la Commission de l’océan Indien additionnent les superficies de leurs zones économiques exclusives, il s’avère qu’ensemble, elles sont plus grandes que la mer Méditerranée. Il est également connu que les pays riverains ne pêchent qu’à peine 5% des prises par an. 95% est donc le fait de pays situés hors de l’océan Indien. La quasi-totalité des pêches est donc effectuée par des bateaux venus d’Asie ou d’Europe.
Le projet alternatif se situe dans le développement d’une exploitation durable et partagée de la richesse de nos océans. Il pourrait reposer sur la création à La Réunion d’industries de transformation capables d’exporter, alimentées par les bateaux qui croisent dans le voisinage.
La pêche serait aussi une contribution de La Réunion à la recherche de solutions pour un problème mondial : comment nourrir d’ici 40 ans plus de 50 millions d’habitants dans notre région, et 9 milliards dans le monde tout en garantissant des ressources intactes pour les générations futures ?
Et comme pour les énergies renouvelables, le développement de la pêche tourne le dos aux séquelles mentales issues de la colonisation. Car pour relever ce défi, il est important de prendre conscience que nous sommes capables de contribuer à résoudre les problèmes du monde, au même titre que tous les autres peuples.
M.M.
La pêche dans le PR2D
Voici l’analyse consensuelle traduite dans le Plan réunionnais de développement durable sur le secteur de la pêche.
« C’est probablement le D.A.S. où l’écart est le plus fort entre le potentiel de la Réunion et son niveau de valorisation. La Réunion est en ce domaine de plain-pied avec l’ensemble des pays de l’océan Indien, dont la ressource est aujourd’hui exploitée à 97 % par des pays non riverains.
En ce domaine encore, se combine l’enjeu d’un développement à long terme et la nécessité de prendre position rapidement :
- dans la mise en place d’accords de coopération au niveau de la zone océan Indien : La Réunion peut jouer un rôle structurant auprès des pays « détenteurs » de la ressource. La France contrôle en effet une part significative des eaux territoriales autour de la Réunion, Mayotte et les Iles Eparses ; elle est en mesure de jouer un rôle de plate-forme technique dans le montage de filières pêche. L’objectif est de pouvoir concrétiser la réalité d’une telle stratégie lorsque la CTOI sera amenée à établir des quotas.
- deux préalables à la mise en œuvre d’une telle stratégie :
. l’organisation de la profession ; sur cette base, doit être développée une activité export vers l’Europe, fondée sur un principe de production de qualité labellisée, impliquant une action concertée sur les marchés et une haute valeur ajoutée de la filière de conditionnement et de transformation du produit.
. la constitution d’une flottille de navires suffisamment autonomes pour étendre leur « rayon d’action » sur l’ensemble de l’océan Indien . Cela implique en priorité une action auprès de la Commission Européenne et de la Politique Commune de Pêche, relative à la cessation des aides à l’accroissement de la flotte de pêche, en vertu d’une logique découlant de l’épuisement de la ressource dans les eaux du continent européen…
Sur le long terme, il faut assurer une action de gestion, de connaissance et de contrôle pour une pêche durable et raisonnée dans l’océan Indien, pour mettre en application les directives de la FAO et les principes de « stocks partagés » affirmés à la convention de Montego Bay, ce qui implique d’abord un meilleur suivi de la ressource. Dans un secteur où la condition du développement est la coopération entre pays de l’océan Indien, La Réunion peut apporter la capacité technologique de la France, en matière de gestion de la ressource comme de surveillance des zones de pêche, avec l’apport logistique de la Marine Nationale ».
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