Journée “Traçabilité et Agriculture Raisonnée”

La traçabilité, volet important de l’agriculture raisonnée

11 octobre 2006

Dans une démarche de développement durable et de respect de l’environnement, la Chambre d’agriculture et le réseau FARRE (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement) se sont associés pour amener le producteur réunionnais vers une agriculture durable et transparente : une agriculture raisonnée.

Depuis le 1er janvier 2006, un nouveau dispositif réglementaire applicable à tous les États membres de l’Union européenne concerne tous les exploitants de la chaîne alimentaire. L’objectif est d’assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation humaine et animale par le biais d’une politique harmonisée. Or, l’Ile de La Réunion accuse un certain retard en matière de raisonnement et de traçabilité des pratiques agricoles. "Aujourd’hui, l’agriculture raisonnée est l’avenir de cette filière, nous devons nous conforter aux directives européennes", souligne Guy Dérand, Président de la Chambre d’agriculture.

Pourquoi un outil de traçabilité ?

Cet outil est utile car aujourd’hui, il existe de plus en plus de contrôles, d’exigences de la part de l’État, mais aussi et surtout du consommateur. Par conséquent, cela permettra à l’agriculteur de vendre plus facilement son produit, d’être clair et transparent. Ainsi, c’est une sorte de “droit de commercialiser”, car pour l’instant, on parle de traçabilité produit.
Il est également important pour le producteur de prendre de bonnes habitudes. Il permet d’anticiper les futurs contrôles de plus en plus draconiens et donc de pouvoir continuer à vendre pour faire vivre sa famille. Son suivi sera également plus aisé pour les techniciens qui le conseilleront mieux.
C’est un vrai outil de progrès tant pour l’agriculteur, pour les organismes qui le suivent que pour le consommateur.

L’outil de traçabilité testé par un échantillon de 11 producteurs volontaires

C’est pour faciliter cette démarche que les 2 organismes ont encadré la stagiaire en cellule environnement de la Chambre d’agriculture, Auriane Bourasseau, élève ingénieur à l’ISTOM (école d’ingénieur d’agro-développement international) sur ce thème, afin qu’elle propose un outil de notation adapté aux agriculteurs. Cette expérience pilote a été menée chez 11 agriculteurs volontaires, qualifiables mais pas encore qualifiés en agriculture raisonnée. Auparavant, certains agriculteurs avaient déjà un petit système de notation, mais incomplet. Il ne répondait pas aux exigences réglementaires.
Ainsi, la stagiaire suit ces volontaires et travaille avec eux sur cet outil présenté sous forme de classeur dans lequel des fiches de notation sont insérées. Par exemple, une fiche pour les traitements phytosanitaires et une autre pour la fertilisation. Le fonctionnement est simple, il suffit de remplir le classeur dès qu’une intervention est réalisée. Aurianne Bourasseau détermine avec eux si ce classeur est adapté ou pas et s’il est facile d’utilisation. Il faut savoir qu’ensuite, chaque producteur adapte l’outil à sa façon : certains préfèrent noter par parcelle, d’autres par culture, chacun peut faire à sa manière.
"L’objectif, souligne Gilbert Rossolin, responsable de la cellule environnement à la Chambre consulaire, est surtout de réaliser un travail en équipe avec ces agriculteurs afin de peaufiner l’outil, de le rendre plus accessible, plus pratique afin de le diffuser à d’autres exploitations sur le long terme". Un travail de suivi a également été effectué par la stagiaire. En effet, "il ne s’agissait pas de leur donner l’outil, il fallait aussi les suivre. Tous les 10 jours environ, je retournais sur le terrain afin d’observer, de rencontrer les agriculteurs pour connaître leurs difficultés, les points à améliorer, etc...".
D’autre part, la traçabilité peut apporter des améliorations concrètes dans la conduite d’une exploitation. En effet, pour Alain Sabine, animateur général du FARRE, "prendre la bonne habitude de noter ses pratiques peut permettre de dégager des marges de progrès et de rentabilité économiques".
Néanmoins, une inquiétude persiste chez les agriculteurs concernant les produits homologués par l’Union européenne et les produits qu’ils notent dans leur classeur. En effet, les agriculteurs n’utilisent pas que des produits homologués. Sur ce point, la Chambre d’agriculture affirme que les techniciens ont justement pour mission d’informer les producteurs, de les conseiller sur tel ou tel produit et que des études sont menées constamment pour homologuer encore d’autres produits qui réussissent les tests.


Témoignages

o Simon Robert
Pour Simon Robert, installé depuis 3 ans sur le secteur de Charrié et cultive du maïs, des pommes de terre, fraises, carottes, choux, brocolis et courgettes, c’est avec enthousiasme qu’il a accepté d’expérimenter l’outil de traçabilité. "Aujourd’hui, c’est une réalité, on est obligé de tout noter depuis le 1er janvier 2006, alors il faut commencer le plus rapidement possible pour être dans les normes". Il avoue qu’au début, ce n’était pas facile tous les jours, mais la stagiaire était là pour le "rappeler à l’ordre". Maintenant, c’est une habitude pour Simon Robert d’écrire tout ce qu’il fait et c’est aussi devenu un atout puisqu’il peut l’utiliser comme historique pour se souvenir des dates de plantation, la variété plantée...

o Yannis
Jeune agriculteur de 31 ans, Yannis Fontaine a repris l’exploitation familiale et a tout replanté sans aucune aide financière. Son exploitation de bananes et de chloris pour l’élevage s’étend sur 3,8 hectares. De plus, il fait partie de la coopérative Terre Bourbon qui a pour objectif de valoriser l’agriculture raisonnée. "J’ai déjà adopté l’outil de traçabilité avec le classeur. Je l’ai adapté à mon exploitation et aujourd’hui, je vais au-delà de la réglementation, je note même le rendement, le temps passé sur le terrain... Mon objectif, cette année, est d’avoir la qualification agriculture raisonnée et j’y travaille avec les différents organismes compétents".


La qualification “Agriculture Raisonnée”

L’agriculture raisonnée est un mode de production d’une exploitation agricole qui vise à concilier le respect de l’environnement, la sécurité sanitaire et la rentabilité économique.
La traçabilité des pratiques agricoles est donc un volet important dans le processus de qualification d’une exploitation au titre de l’agriculture raisonnée.
Dans notre île, en 2005, 5 exploitations ont eu la qualification, et cette année, 3 ou 4 sont en cours.
L’agriculture raisonnée s’inscrit dans une démarche de progrès. Elle répond au souci de promouvoir les principes du développement durable. C’est une agriculture basée sur le respect de l’environnement, c’est-à-dire à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur la nature sans remettre en cause la rentabilité économique.
L’agriculture raisonnée est une démarche responsable qui relève d’une décision volontaire de la part de l’exploitant agricole et lui permet d’anticiper les évolutions réglementaires.
Pour Guillaume Insa, Directeur du SUAD (Service Utilité Agricole de Développement), "il est essentiel que tous les agriculteurs s’y mettent, et nous seront présents, avec FARRE, pour les accompagner dans leurs démarches. Cela doit devenir une philosophie de vie, de travail que de protéger son environnement".
Aujourd’hui, 19 organismes certificateurs sont agréés et un peu plus de 1.000 exploitations sont qualifiées au titre de l’agriculture raisonnée en France. Les coûts d’accès à la qualification varient de 4.100 euros à 12.300 euros, hors le coût de la qualification elle-même (audit de 850 à 1.500 euros), ni les coûts annuels. Cette estimation permet de souligner l’engagement que représente la qualification. Une aide au lancement de l’agriculture raisonnée d’un montant de 1.000 euros par exploitation agricole qualifiée a été mise en place dès le mois de janvier 2006 pour une durée limitée de 3 ans. Le Ministère de l’Agriculture s’est également engagé à la remise gratuite d’un panneau d’identification aux 1.000 premières exploitations qualifiées. Sa diffusion fut assurée dès le mois de novembre 2005 grâce notamment aux concours du FARRE et du réseau des Chambres d’agricultures.
Aujourd’hui, il est essentiel de prendre conscience qu’il faut prendre soin de notre chère planète, et le travail de protection de l’environnement doit se faire au niveau de la population dans tous les gestes du quotidien, que ce soit à la maison ou au boulot. Nous devons donner l’exemple aux générations à venir pour le bien-être de tous. N’oublions pas qu’il est important de "produire sain aujourd’hui pour mieux vire demain".

Sophie Périabe


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