Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Une décision qui va alimenter le légitime sentiment de révolte et le manque de perspectives autres que la lutte pour mettre fin au système néocolonial
27 novembre 2025, par

Le durcissement des règles d’immigration au Québec, dont la fin du PEQ et les nouvelles exigences linguistiques, ferme une voie majeure de mobilité pour les jeunes Réunionnais frappés par un chômage massif. Privés d’un exutoire professionnel, ils se retrouvent davantage contraints au chômage, à des emplois sous-payés, à la pauvreté, accentuant assistance, légitime sentiment de révolte et manque de perspectives autre que la lutte pour mettre fin au système néocolonial. Cette fermeture d’une destination clé oblige La Réunion à s’interroger sur sa propre capacité à offrir un avenir à sa jeunesse.
Photo Taxiarchos228, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons
Entre 2023 et 2025, le Québec a profondément remanié sa politique migratoire. Le Règlement sur l’immigration au Québec (chapitre I-0.2.1, r.3) a été modifié à plusieurs reprises pour réduire l’immigration économique et l’accueil de travailleurs temporaires. La suppression annoncée du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en 2025 et la mise en place d’un Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) plus exigeant constituent un tournant majeur. Depuis le 19 novembre 2025, une nouvelle règle impose aussi aux travailleurs étrangers temporaires trois ans présents au Québec de justifier d’un niveau 4 de français oral sur l’Échelle québécoise pour renouveler un CAQ, renforçant encore la sélection linguistique.
Ces resserrements ne sont pas sans conséquences pour La Réunion, où la jeunesse fait face à une situation sociale alarmante. En 2024, seulement 52 % des 15–64 ans sont en emploi, contre 69 % en moyenne française selon l’INSEE. Le taux de chômage des jeunes , c’est à dire les moins de 25 ans, sortis de l’école est supérieur à 50 % depuis des années. Le phénomène des « NEET » — jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation — concerne 24 % de cette classe d’âge, soit presque deux fois qu’en France (Insee, BNSP). Même si l’apprentissage et l’auto-entrepreneuriat progressent, ces améliorations restent trop faibles pour absorber une demande massive.
Dans ce contexte, le Québec représentait depuis des années un exutoire décisif pour nombre de jeunes Réunionnais. Francophone, attractif et doté de programmes favorables, il offrait une perspective d’études, d’emplois qualifiés et, pour certains, d’installation durable. Les recherches, notamment Étudier et vivre au Québec – le cas des jeunes étudiants réunionnais, montrent que beaucoup y trouvaient une chance réelle d’ascension sociale et professionnelle.
La fermeture progressive de ces voies rebat durement les cartes. La disparition du PEQ, les nouvelles exigences linguistiques et le PSTQ plus sélectif risquent d’exclure des jeunes qui voyaient au Québec leur seule opportunité d’insertion. Leurs projets peuvent être retardés, fragilisés ou annulés.
Les effets collatéraux pour La Réunion pourraient être considérables. La réduction des départs alimente mécaniquement un chômage local déjà structurel, accroît la frustration d’une génération qui se sent enfermée dans un territoire aux débouchés limités. Elle peut aussi accentuer la pression sur les collectivités, dans un contexte où les ressources publiques sont contraintes.
Cette fermeture d’une destination clé oblige La Réunion à s’interroger sur sa propre capacité à offrir un avenir à sa jeunesse. Renforcer l’accès à l’emploi, investir dans des secteurs porteurs et créer de véritables perspectives locales deviennent des urgences absolues. Faute d’alternative crédible, une génération entière risque de voir s’éloigner ses perspectives d’émancipation.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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