La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Gastronomie
27 novembre 2004

Le rhum de La Réunion et le goût du rhum, que les Réunionnais cultivent depuis le 17ème siècle, seraient-ils sur le point de s’ouvrir au monde et de voguer vers de nouveaux horizons ? La question ne vaut, peut-être, que pour ce qu’elle permet d’appréhender des tendances nouvelles issues d’une longue et forte tradition. Comment allier tradition et ouverture, deux processus qui tendent en apparence vers des directions contraires mais qui ont fait, ensemble, l’histoire et la culture de notre île depuis plus de trois siècles ?
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La distillerie de Savanna, à Bois-Rouge, est l’un des trois producteurs de rhum de l’île. Créée officiellement en 1948 par Emile Hugot, elle était déjà à cette époque l’héritière d’un savoir-faire artisanal transmis depuis plus de deux siècles. Ses dirigeants actuels ont entrepris de faire changer l’image du rhum réunionnais dans l’opinion la plus large. Comment accepteraient-ils qu’on fasse du rhum une “boisson de déchéance”, quelquefois associée à des clichés improbables sur les mœurs tropicales, alors qu’il est un des fleurons de la production sucrière de l’île, antérieur à la monoculture de la canne, et de nos jours l’un de nos rares produits d’exportation ?
En accord avec la Maison du Whisky - dont la maison mère, à Paris, distribue depuis mai 2004 la production en bouteille de la distillerie de Savanna - les responsables du groupe sucrier - Patrick Lurcet, directeur général d’Eurocanne, Laurent Broc, directeur général de la Distillerie Savanna et Guy Dupont, PDG du groupe des Sucreries de Bois-Rouge (Eurocanne, Bois-Rouge gestion et Distillerie de Savanna) - ont organisé lundi soir dans un grand restaurant dionysien la rencontre du rhum et de la gastronomie.
"Nous voulons donner au rhum une autre image. Nous pensons qu’il y a peu d’avenir dans les rhums de base, trop vite concurrencés par des pays aux coûts de production très faibles", a déclaré Guy Dupont, en soulignant le caractère “atypique” des rhums réunionnais. "”Atypique” veut dire aussi qu’ils peuvent heurter le goût traditionnel", a ajouté le PDG du groupe.
La présence de deux grands journalistes européens spécialistes du whisky était sans conteste la note insolite donnée à cette rencontre, placée sous le signe du goût. Martine Nouet écrit pour le “Whisky Magazine” (France et Grande-Bretagne) ; Dave Broom est un journaliste écossais, auteur d’un ouvrage sur le whisky, grand amateur de rhum et de cigarre - tous deux invités par Emmanuel Bron, de la Maison du Whisky à Saint-Denis. Leur complicité dans la connaissance des alcools et leur commune curiosité pour les rhums de La Réunion ont donné à la soirée gastronomique un parfum qu’elle n’aurait pas eu sans eux.
Pour en accompagner les découvertes, les organisateurs avaient invité quelques unes des grandes figures de la gastronomie présentes à La Réunion : Michel Giacomino, des disciples d’Auguste Escoffier ; Claude Lamy, de l’Académie culinaire de France (OI) ; Serge Robin, enseignant à Plateau-Caillou et vice-président de l’une et l’autre association ; enfin M. Leclerc, des Toques blanches.
Le maître des lieux, Philippe Doki-Thonon, seul Maître cuisinier de France de La Réunion, avait concocté pour la circonstance des plats cuisinés au rhum, dans une recherche d’alliage des saveurs destinée à mettre en valeur les produits de la distillerie.
Des mariages parfaitement réussis, tantôt avec un rhum traditionnel vieux (Cap Savanna), tantôt avec un grand arôme blanc (Savanna lontan), un rhum traditionnel léger (Savanna métis) ou un rhum agricole (créol Savanna) relevant une sauce au zeste d’orange pour le magret de canard et enfin un “sirop la cuite” de la plus belle robe pour la crème brûlée servie en dessert.
En touche finale, les journalistes venus d’Europe avaient choisi un grand arôme vieux - cinq ans d’âge, 65° - un brut de fût dont ils ont cherché à déceler les notes les plus subtiles, "très camphrées, presque médicinales, avec une pointe de banane mûre, un arôme de fruit de la passion, un goût d’écorce amère (cédrat, pamplemousse ou combava... les avis divergeaient là-dessus - NDLR) et un retour de camphre poivré : il reste longtemps en bouche", a ponctué Martine Nouet.
Il y a peu de grands arômes dans le monde, seules quatre régions en produisent et, depuis trois ans, la production de La Réunion est passée, par sa qualité, devant celle des Antilles. Encouragée par ce succès, la distillerie de Bois-Rouge mettra bientôt dans le public le grand arôme vieux présenté en “avant-première” lors du dîner gastronomique.
P. David
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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