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Agriculture
16 mai 2015

Combien de fois, entend-on dire que l’on ne peut pas revenir en arrière, que ce qui est fait, est fait et que rompre avec les diktats des grandes entreprises multinationales semencières et productrices de produits phytosanitaires serait un remède pire que le mal. On va jusqu’à regretter l’interdiction de certains produits réputés efficaces contre d’autres qui le seraient moins mais qui seraient également moins dangereux pour l’environnement. Pourtant l’exemple donné par le Salvador, une république d’Amérique Centrale devrait nous inciter à méditer sur ce contre-exemple, donc sur notre façon de faire en agriculture. Les renseignements ci-dessous sont extraits du site bioalaune.
En 2013, le système agricole salvadorien est en crise. Quasi-dépendant des semences OGM (organismes génétiquement modifiés) car ses commandes de semences sont passées avec des multinationales productrices de semences : aAinsi 75 % de son maïs,85 % des haricots, ainsi que son café. Les plantes cultivées sur le territoire étaient majoritairement issues de graines OGM stériles, non adaptées aux territoires et à leurs particularités, forçant le recours aux intrants chimiques.
Réaffirmant sa souveraineté alimentaire, le gouvernement a donc décidé de rompre avec les industries semencières internationales pour favoriser les graines locales.
En septembre 2013, le parlement salvadorien votait l’interdiction de 53 produits phytosanitaires à usage agricole. Parmi eux, ce grand pays producteur de café, coton, maïs et canne à sucre retirait du marché le Roundup (glyphosate), désherbant vedette de Monsanto, récemment classé “cancérogène probable” par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Pour protéger le patrimoine semencier salvadorien et assurer la production agricole, le gouvernement de l’ancien président Mauricio Funes lançait en 2011 le Plan pour l’agriculture familiale (FAP). À destination de quelque 400 000 familles d’exploitants, ce plan visait à revaloriser les semences locales et émanciper les petits producteurs des industriels des biotechnologies et de leurs OGM.
L’État a alors investi plus de 18 millions de dollars afin de livrer 400 000 exploitants en maïs H-29, développé par le Centre national de la technologie agricole et forestière (CENTA). Le maïs présente l’avantage d’être une variété locale, mieux adaptée aux terres salvadoriennes et plus résistantes à la sécheresse.
Selon le site Natural Society, l’agriculture du Salvador serait en pleine expansion. Le pays aurait connu des récoltes records depuis qu’il a banni certains phytosanitaires.
Si le Salvador s’est détourné des grands groupes internationaux spécialisés dans les biotechnologies, des questions demeurent quant à la pérennité du Plan agricole du pays. Car le maïs H-29, bien que produit localement, est une variété hybride. Il a beau être mieux adapté au territoire du Salvador et nécessiter l’usage de moins d’intrant, il n’en est pas moins stérile.
NB
Rappelons que Monsanto est une société qui a fait fortune dans la guerre du Vietnam en produisant l’agent orange qui avait pour mission de défolier les forets et qui laisse derrière lui de centaines de milliers de malades. Voir l’article de Témoignages à ce sujet dont le billet philosophique de vendredi 15 mai.
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