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Conférence internationale des Petits Etats insulaires en développement
10 septembre 2014

Arguant de leur vulnérabilité budgétivore, les petits États insulaires rejettent l’utilisation du revenu par habitant pour calculer le niveau de développement d’un pays et lui barrer l’accès aux prêts concessionnels.
Lors de la séance plénière de mercredi dernier à Apia aux Samoa, il était question de finances.
Le recours au concept de revenu par habitant pour évaluer le niveau de développement d’un pays et, par conséquent, lui accorder ou non l’accès aux prêts concessionnels a, une nouvelle fois, dominé aujourd’hui, les débats de la troisième Conférence internationale des Nations Unies sur les petits États insulaires en développement (PEID) qui se tiennent depuis le 1er septembre, à Samoa, petit État insulaire du Pacifique. Convaincu de l’argument de « la vulnérabilité budgétivore », le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a proposé qu’un « statut spécifique » soit créé pour les PEID sortis de la catégorie des pays les moins avancés (PMA).
Avec ce calcul du revenu annuel par habitant, on voudrait nous faire croire que des pays comme le mien sont aussi riches que la Chine et l’Inde, disait déjà hier le Ministre des affaires étrangères de Saint-Vincent-et-les-Grenadines face à « cette incongruité évidente » dont s’est servie la communauté internationale pour exclure de nombreux pays pauvres de la liste des PMA. Plusieurs des 29 PEID que compte le monde sont désormais classés dans la liste des pays à revenu intermédiaire alors que leur petite taille, leur éloignement des marchés mondiaux et leur grande vulnérabilité aux chocs économiques et naturels exogènes nécessitent des politiques de développement coûteuses et budgétivores.
Hier, le Premier Ministre de la Barbade donnait l’exemple de l’ouragan Ivan, qui a causé à son pays des dégâts évalués à 200% de son produit intérieur brut (PIB). Or, un grand nombre de pays insulaires vulnérables sont privés d’un accès aux prêts concessionnels du fait du critère du revenu par habitant.
Si déjà dans un pays développé doté d’abondantes ressources, le revenu par habitant peut paraître surprenant pour l’homme ou la femme qui cherche un travail, ou qui veut acquérir un logement ou obtenir un crédit pour créer sa petite entreprise, imaginez alors la déception « gigantesque » que ressent un habitant des PEID, a dit aujourd’hui d’un ton tendu le Premier Ministre de la Barbade. Cet habitant vit, s’est-il expliqué, dans un pays où le chômage règne en maître et où les demandes pour l’accès à la santé, à l’éducation, à des loyers abordables et à des infrastructures de base restent vaines et ponctuent la triste mélodie qui rythme sa vie quotidienne.
Le temps est venu pour de nouvelles approches qui aideraient les pays à revenu intermédiaire à accéder aux prêts concessionnels, a-t-il estimé, en rappelant que des mécanismes sont déjà proposés dans le Programme d’action de la Barbade de 1994 et dans la Stratégie de Maurice qui date de 2005.
Le Premier Ministre de la Barbade a invoqué le concept de « collectivité des PEID » et a appelé ces pays à parler d’une même voix sur la scène internationale. Il nous faut des entités institutionnelles dans les trois régions des PEID qui serviraient d’intermédiaire pour l’accès aux ressources financières, a-t-il préconisé. Le représentant du Suriname a quant à lui appelé les Nations Unies « à enclencher la réévaluation du critère du revenu par habitant et à plaider la cause devant les institutions financières internationales qui doivent remplacer ce critère par des principes et des normes qui tiennent compte du développement durable ». Le critère actuel est en effet inadéquat, a acquiescé le représentant de la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), car il ne tient pas compte des inégalités persistantes dans ces pays.
Le vrai défi qui se pose aux PEID est celui de l’accès aux ressources, a aussi reconnu le représentant du Sri Lanka. En tant que Président en exercice du Commonwealth, il a attiré l’attention sur des propositions « novatrices » dont le potentiel pour simplifier les modalités d’accès des PEID et des PMA aux fonds existants devrait être exploré. Les PEID ne sont pas les pays les plus pauvres du monde, mais certains d’entre eux sont les plus vulnérables, a reconnu le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.
Une petite économie implique une production par tête d’habitant et des coûts de transaction plus élevés, qui peuvent conduire à une spécialisation indue. Une petite économie compromet le développement du marché local et engendre une trop grande dépendance au commerce extérieur et aux envois de fonds des migrants. L’éloignement des marchés mondiaux multiplie les coûts de transports, des infrastructures et de l’énergie, a-t-il diagnostiqué.
« On parle de la nécessité d’une ‘ transition douce ‘ pour les PEID qui ne sont plus considérés comme faisant partie des PMA, mais une ‘ transition douce ‘ vers quoi ? » s’est impatienté le Secrétaire général de la CNUCED. Pourquoi ne pas aller vers une certaine forme de traitement nouveau, a-t-il suggéré, en parlant d’« un statut spécifique assorti de mesures internationales d’appui spécifiques » qui pourrait aider les PEID à appréhender la sortie de la catégorie des PMA avec confiance.
Le Ministre des affaires étrangères d’Antigua-et-Barbuda a soulevé une autre question, celle du lourd endettement des PEID. Sans des mesures d’allègement, voire d’annulation, le fardeau de la dette ne manquera pas de compromettre la capacité des PEID à offrir des filets de sécurité sociale effectifs et viables à leurs citoyens, et les premières victimes ne seront autres que les familles à faible revenu, a-t-il prévenu.
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