Les transferts d’argent ont doublé en 10 ans

Les migrants soutiennent leur pays : quel rôle pour la diaspora réunionnaise ?

17 septembre, par Manuel Marchal

L’argent envoyé par les migrants à leur famille restée dans leur pays d’origine a presque doublé en dix ans. Entre 2016 et 2025, ces transferts ont augmenté de 94 %, alors que le nombre de migrants originaires des pays concernés n’a progressé que de 28 %. Les chiffres publiés par le Fonds international de développement agricole (FIDA) montrent l’importance croissante des diasporas dans l’économie mondiale.

Environ 220 millions de migrants et de membres des diasporas soutiennent aujourd’hui quelque 1,1 milliard de proches. Derrière ces montants considérables se cachent souvent des sommes modestes, de 300 à 400 dollars, envoyées neuf ou dix fois par an. Au total, les fonds transférés par les migrants dépassent désormais largement l’aide publique mondiale au développement et les investissements directs étrangers vers les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Trois quarts de cet argent servent aux besoins immédiats : alimentation, logement, eau, électricité. Le reste finance l’éducation, la santé, le logement, l’épargne ou la création d’activités. Plus de 180 milliards de dollars par an seraient ainsi consacrés à des dépenses permettant aux familles de préparer l’avenir. Les transferts jouent également un rôle croissant après les catastrophes climatiques, en permettant de compenser une perte de revenus ou de reconstruire.

Et les migrants réunionnais ?

L’exemple des diasporas du Sud pose une question à La Réunion. Combien de Réunionnais vivent aujourd’hui en France ou dans d’autres pays ? Quelle est leur contribution au développement de leur pays d’origine ? La migration réunionnaise a longtemps été encouragée pour faire face à la croissance démographique, aux besoins de la France, et à la croissance du PCR, sans aucun rapport avec le développement du pays.
Or La Réunion connaît toujours un chômage massif, une pauvreté qui touche une part considérable de la population et une forte dépendance aux importations. Dans ces conditions, la mobilisation des Réunionnais vivant à l’extérieur pourrait-elle devenir un élément d’une stratégie de développement ?

Il ne s’agirait pas de demander aux migrants de remplacer l’État ou les investissements publics. Le FIDA rappelle d’ailleurs que les fonds envoyés aux familles restent des ressources privées et ne peuvent se substituer aux politiques publiques. Mais une diaspora peut apporter bien davantage que de l’argent : compétences, réseaux professionnels, investissements, débouchés commerciaux, échanges universitaires et coopération avec les pays voisins.

La question mérite donc d’être posée : comment organiser la mobilisation des Réunionnais vivant hors de leur pays pour participer, s’ils le souhaitent, à son développement ? Alors que les diasporas constituent dans de nombreuses régions du monde une force économique majeure, La Réunion gagnerait à mieux connaître ses migrants et à ouvrir avec eux un débat sur leur place dans la construction d’un pays développé.

M.M.

A la Une de l’actu

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus