Triplement de la capacité du premier port de Madagascar

Madagascar : Toamasina veut être le hub de l’océan Indien et de l’Afrique australe, quelle place pour Port Réunion ?

2 mars 2022, par Manuel Marchal

Depuis décembre dernier, la 2e phase des travaux d’extension du port de Toamasina sont lancés. Co-financés par le Japon, ils visent à tripler en 2026 la capacité du premier port de Madagascar afin de permettre aux plus gros bateaux d’y accoster. Les marchandises n’auront plus à être transbordées depuis La Réunion ou Maurice, et le port sera relié par autoroute et par chemin de fer à Antananrivo. Si un des objectifs est la diminution du coût des importations, le port de Toamasina veut aussi être le « hub du transport maritime de l’Océan Indien et de l’Afrique Australe », un outil pour améliorer la connectivité entre l’Afrique et l’Asie, soit entre les deux plus grands blocs économiques en termes de population : Zone de libre échange continentale africaine et RCEP et Asie-Pacifique. Quelle sera la place de Port Réunion dans cet avenir ?

Le numéro 43 de « Port Echo », bulletin trimestriel d’informations du Port de Toamasina à Madagascar accorde une large place à la 2e phase des travaux d’extension du premier port de la Grande Île :

« Le coup d’envoi de la phase 2 des travaux d’extension du port de Toamasina a été donné par le Président de la République Andry Rajoelina en présence de Higuchi Yoshihiro, ambassadeur du Japon le 9 décembre 2021. Ce chantier débuté en 2018 est un des plus grands projets en Afrique financés par le gouvernement japonais. Pour Madagascar, il représente un enjeu économique colossal car 90 % des flux de marchandises passent par le Grand port.

« Hub du transport maritime de l’Océan Indien et de l’Afrique Australe »

A titre de rappel, le coût total de ce projet s’élève à 639 millions de dollars à travers un prêt de 411 millions de dollars du gouvernement japonais par le biais de l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) et une injection de 228 millions de dollars de l’Etat malagasy. Une fois cette deuxième phase des travaux achevée, l’aire de stockage s’étendra sur 19 hectares et les trois quais accueilleront de gros porteurs. « Le port de Toamasina pourra ainsi tripler sa capacité d’accueil. Et, l’on assistera à une baisse des prix des produits importés » a assuré le Chef de l’Etat. Pour le moment, faute d’infrastructure adéquate pour les gros navires, les marchandises importées ou exportées sont transbordées à l’île Maurice ou à La Réunion avec ce que cela suppose comme surcoût. D’ici 2026, le port de Toamasina pourra aspirer à être le « hub du transport maritime de l’Océan Indien et de l’Afrique Australe » et Madagascar deviendra un carrefour incontoumable de cette région.

Une partie des travaux dont la construction du quai à conteneurs C4 de 333 mètres et le terre-plein de 5 hectares sera livrée en 2023. Concrètement, la phase 2 porte sur :
– le prolongement de la digue de protection (brise-lames) d’une longueur de 345 m, la construction d’un quai à conteneurs C3 d’une longueur de 470 mètres et de 18 mètres de profondeur.
– L’approfondissement des quais existants au Môle C quai C1 et C2 jusqu’à 14 m.
– Le revêtement du terre-plein de 10 ha pour le stockage de conteneurs ainsi que l’aménagement des ouvrages de protection du litoral (5 jetées).

Création de milliers d’emplois

Cette modernisation du port de Toamasina aura des énormes retombées commerciales et économiques et générera des milliers d’emplois. En même temps, elle déclenchera aussi la concrétisation d’autres projets d’infrastructures comme la construction de l’autoroute Toamasina-Antananarivo via Ambatondrazaka, la création de cimenteries et la réhabilitation de la ligne de chemin de fer de 370 km reliant la ville du Grand port à Antananarivo. L’ambassadeur du Japon est convaincu, que ce projet d’extension du port de Toamasina et celui d’Ambatovy, deux projets symboliques de la coopération nippo – malagasy, stimuleront le développement économique et social de la région Atsinanana et de la Grande île dans son ensemble.
La SPAT se veut, elle aussi, optimiste car avec l’extension du port, elle aura l’opportunité de recevoir des cargos à conteneurs de 1 000 000 d’EVP/ an contre 245 000 EVP/an actuellement. « Une véritable renaissance pour le port et une bouffée d’air maritime pour Madagascar » a déclaré le Président Andry Rajoelina qui a soutenu qu’une infrastructure portuaire est un interrupteur pour un pays. Lorsqu’il est activé, c’est toute l’économie nationale qui s’illumine.

Amélioration de la connectivité entre l’Asie et l’Afrique

Le projet d’extension s’inscrit non seulement dans le contexte de la coopération nippo-malagasy, mais aussi dans le cadre d’une vision plus étendue et stratégique d’un « Océan Indopacifique libre et ouvert », où Madagascar occupe une place naturellement privilégiée. Les efforts se concentrent, sur l’amélioration de la connectivité entre l’Asie et l’Afrique, et même au-delà de ces deux régions. Raison pour laquelle le Japon attache une importance particulière à ce projet pour une « infrastructure de qualité donc durable, fiable et résiliente car constitue le socle à partir duquel tous les développements ultérieurs seront ramifiés » a mentionné l’Ambassadeur Higuchi Yoshihiro dans son allocution. Le Pays du soleil levant appuie la Grande île dans l’atteinte de ses objectifs d’émergence et sera àses côtés pour garantir l’exploitation stable des principales voies maritimes grâce la coopération et aux échanges en matière de défense dans un esprit de confiance et de compréhension mutuelle, a-t-l insisté. »

Commentaire


En 2021, Port Réunion a annoncé avoir traité l’équivalent de 392.000 EVP, dont 103.500 EVP transbordés. Dans 4 ans, le port de Toamasina pourra accueillir les grands porte-containers qui accostent à La Réunion. Port Réunion va donc perdre tout le trafic de transbordement à destination de Madagascar. Le port de Maurice perdra également ce type de trafic. Quid du trafic de transbordement à destination de Mayotte ?
La capacité du Port de Toamasina sera donc au moins trois fois supérieures à celui de Port Réunion.
Toamasina sera relié par un chemin de fer modernisé et par une autoroute à Antanarivo, une ville de plus de 2 millions d’habitants, capitale d’un pays de plus de 25 millions d’habitants. C’est un arrière-pays dont ne disposent pas les ports de La Réunion et de Maurice.
Toamasina sera donc une escale obligée des grands bateaux qui livrent également Maurice et La Réunion. Port Réunion est situé à 2 jours de mer de Toamasina, mis à part les porte-containers de la CGA-CGM, les autres compagnies ne risquent-elles pas de passer devant Port Réunion sans s’y arrêter pour aller directement à Maurice ?
Ces bateaux auront la possibilité de charger des conteneurs pleins, car à la différence de La Réunion, l’île Maurice est sortie de l’économie de comptoir et n’exporte pas principalement que du sucre. Quelle place pour Port Réunion si dans moins de 5 ans, Toamasina atteint ses objectifs ?

M.M.

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Messages

  • Si ces travaux se concrétisent, on ne pourrait que s’en réjouir au vu du sous-développement de ce grand pays de la région.
    En tant que communistes aussi, car la création de milliers d’emplois se traduirait par un renforcement des rangs de la classe ouvrière à Madagascar, seule classe à pouvoir changer la société et à en finir avec l’exploitation capitaliste.
    Tant que le système restera aux mains des capitalistes du grand commerce, des armateurs et des acconiers, on ne pourra s’attendre qu’à des dégâts collatéraux graves pour les travailleurs (bas salaires, suppressions d’emplois au Port Réunion par exemple), car ces capitalistes ne visent qu’à réduire leurs "coûts" au maximum en s’en prenant aux travailleurs.
    C’est bien pour cela que la seule issue favorable pour les travailleurs malgaches et réunionnais ne peut être trouvée si les capitalistes se maintiennent au pouvoir. Elle ne peut s’envisager uniquement qu’avec leur éviction du pouvoir par les travailleurs. Ce n’est que dans l’union et la lutte commune des travailleurs malgaches et réunionnais que réside l’espoir d’un avenir meilleur, pas dans leur mise en concurrence !

  • Plutôt une bonne nouvelle.
    Madagascar a besoin d’activité.
    Vous êtes les premiers à demander aux réunionnais de pallier aux incapacités des dirigeants malgaches à assurer la prospérité de leur île.

  • Où avez-vous vu écrit dans cet article qu’il est question de " demander aux réunionnais de pallier aux incapacités des dirigeants malgaches à assurer la prospérité de leur île" ?


Témoignages - 82e année


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