Economie

Mangues de La Réunion interdites en Europe : de qui se moque-t-on ?

Nouveau coup porté aux producteurs réunionnais

Manuel Marchal / 1er octobre 2019

A quelques semaines de la période la plus importante de l’année, les producteurs de mangue ont appris que les exportations de mangues de La Réunion seront interdites en Europe. La raison invoquée est la suspicion de la mouche des fruits. Les Réunionnais sont pénalisés parce qu’ils conduisent leur culture selon les normes européennes, ce qui n’est pas le cas de leurs concurrents qui eux peuvent toujours exporter vers l’Europe et risquent bien de prendre définitivement les parts de marché conquises de haute lutte par les Réunionnais.

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Cela fait plusieurs semaines que l’annonce d’un nouveau règlement sanitaire pour l’importation de fruits et de légumes suscite l’inquiétude. Prévu depuis 2 ans, il n’a vraiment été à l’ordre du jour qu’il y a quelques semaines, déplore la CGPER. Ce nouveau règlement prévoit un double contrôle sanitaire à la sortie de La Réunion et à l’entrée en France des fruits et légumes exportés. Ce règlement entre en vigueur à quelques semaines de la période la plus faste pour les exportations. C’est en effet durant la période des Fêtes de fin d’année que se fait essentiellement la demande des produits réunionnais, c’est donc le moment où jamais de réaliser un chiffre d’affaires important afin d’avoir la trésorerie nécessaire pour continuer l’activité l’année suivante.

Au termes de plusieurs réunions avec les services de l’État, les problèmes n’ont pas été réglés. Rappelons qu’une des demandes des agriculteurs relayée par la CGPER est que l’État mette les moyens humains nécessaires pour que ce double contrôle ne se traduise pas par une saturation du pôle export, synonyme de pertes pour les producteurs.
De plus, il est apparu que de sérieuses menaces pèsent sur le letchi et la mangue, suspectés d’être des vecteurs de larves de mouche des fruits. Avec le changement climatique en Europe, cet insecte bénéficie désormais de conditions propices à sa dissémination. Les Européens craignent donc que cette mouche des fruits essaime dans de nombreuses exploitations maraîchères.

La mouche des fruits uniquement à La Réunion ?

Pour la mangue, le couperet vient de tomber : les exportations seront interdites, au prétexte de la suspicion de la présence de la mouche des fruits. Une telle décision ne manque pas d’interpeller les producteurs.
En effet, ce ne sont pas toutes les mangues qui sont frappées d’interdit. Celles issues de pays tiers pourront toujours être sur les étals des Fêtes de fin d’année. Or, la mouche des fruits est présente à La Réunion depuis moins de 2 ans, et elle vient d’Asie. Des mangues venues de pays où cet insecte est endémique depuis de nombreuses années seront exportées vers l’Europe. À la différence des Réunionnais, les producteurs de ses pays ne sont pas astreints aux normes européennes dans la conduite de leur culture. Ils ont donc la possibilité de faire subir un traitement aux fruits qui viennent d’être cueillis. Ils peuvent les plonger dans un bain qui peut tuer toutes les larves présentes. Mais de quoi est composé ce bain ? Quelles sont les répercussions sanitaires de cette étape chimique supplémentaire ? Ceci ne semble pas déranger outre mesure les décideurs européens. Mais sans doute ces pays exportateurs de mangue ont un intérêt plus important pour les Européens que La Réunion.

Urgence d’une alternative

Il est clair que les parts de marché conquises de haute lutte par les producteurs réunionnais risquent d’être perdues. Leurs clients se tourneront vers des fournisseurs autres que La Réunion.
Cet exemple montre une fois de plus le danger de la dépendance à la France dans nos relations commerciales. Ceci rend d’autant plus d’actualité le projet de Pôle export de Pierrefonds. Porté par les collectivités du Sud et les producteurs, en partenariat avec Air Mauritius, ce nouvel outil vise à ouvrir aux producteurs réunionnais la porte de nouveaux marchés, en particulier au Moyen-Orient, là où la qualité des produits réunionnais est reconnue comme le point essentiel avec toute autre considération.

M.M.