“Les RUP et la pêche : perspectives et spécificités”

’Nous avons un devoir d’ambition et une vision d’avenir’

8 novembre 2005

Hier s’est ouvert un séminaire très important pour la filière pêche des Régions ultrapériphériques, en présence notamment de Léa Verstraete, responsable de la Direction générale “Pêche et affaires maritimes” de la Commission européenne. Pendant 2 jours, les séminaristes réfléchiront à l’adaptation de la Politique commune des pêches (PCP) aux réalités spécifiques des RUP.

Ce séminaire, qui s’achève aujourd’hui, regroupe des délégations des gouvernements et Conseils régionaux des 7 Régions ultrapériphériques ; des représentants des ministères de Lisbonne, de Madrid et de Paris ; des observateurs de Mayotte et du Conseil général de Guadeloupe, ainsi que des experts du monde de la pêche. Par ailleurs, et le président de Région Paul Vergès le notait avec satisfaction, une forte délégation de la Commission européenne était représentée pour ce séminaire. Et puis, la présence du préfet de La Réunion, Laurent Cayrel, "atteste de l’intérêt particulier que l’État attache au partenariat entre Bruxelles, Paris et les RUP", déclarait Paul Vergès, dans son discours d’ouverture. C’est ainsi en grand comité que les Régions ultrapériphériques ont expliqué leur rôle prépondérant dans le développement de la pêche. "C’est en effet grâce aux RUP que l’UE dispose du plus grand espace maritime mondial", indiquait Paul Vergès.

La nécessaire réadaptation de la PCP

"C’est une évidence aujourd’hui : les océans restent avec l’Espace, les territoires d’avenir de l’Humanité", notait Paul Vergès. Il s’agit alors de développer ce secteur d’activité, vraisemblablement créateur d’emplois. Toutefois, étant régions européennes, les 7 RUP sont soumises aux règles de la PCP, pour la période 2007-2013. En raison de l’éloignement et l’insularité de nos régions (à l’exception de la Guyane française), il importe d’adapter cette politique commune à la réalité locale des RUP.
Léa Verstraete reconnaît les nombreuses et diverses spécificités des RUP, qui contraignent notamment le développement de la filière pêche et de l’exportation des produits de la pêche. Les instruments communautaires proposés par l’Union européenne ont certes servi au développement de la filière. À titre d’exemple, l’aide européenne pour le secteur date des années 1980. Depuis, divers dispositifs, particulièrement l’Instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP) et le Programme d’option spécifique à l’éloignement et à l’insularité (POSEI), ont permis de faire décoller le secteur. À La Réunion, cela a boosté le "processus de renouvellement et de modernisation de nos flottilles, le maintien des activités, la création de nouvelles activités de transformation, la création d’emplois, la participation à l’approvisionnement du marché communautaire", notait Alain Gaudin, vice-président de du Comité régional des pêches maritimes et élevages maritimes de La Réunion (CRPMEM).
Aujourd’hui, les 7 RUP entendent pérenniser cette dynamique de développement, mais souhaitent également s’ouvrir sur leurs zones géographiques et ainsi initier des programmes partenariaux avec les pays riverains. "Il est indispensable que nous puissions inscrire notre réflexion dans un périmètre qualitatif et quantitatif plus large que celui de la pêche dans les strictes eaux communautaires. Dans notre région du Monde, cette considération est d’autant plus justifiée que nous devons prendre en compte les perspectives de notre environnement géographique", indiquait le président Vergès. Reste à savoir les conditions de cette coopération régionale, "et sur quelles ressources bâtir l’avenir, construire un développement durable ?", poursuivait-il.

"Des mesures spécifiques pour les RUP"

Léa Verstraete déclarait en aparté que "des mesures seront prises pour aider l’ensemble des pêcheurs de l’Union européenne, avec des mesures spécifiques pour les Régions ultrapériphériques". Toutefois, à un an de la mise en place de la Politique commune des pêches (PCP), la responsable de la DG pêche et affaires maritimes note l’importance de disposer de "données pour orienter [les] dispositifs pour les RUP". Les axes de développement sont en effet nombreux. La pêche ne doit pas se faire au détriment de la protection de l’espace côtier. L’espace maritime européen doit aussi se protéger des éventuelles flottilles non contrôlées qui pêcheraient illégalement nos légines. Aussi, il faut soutenir la recherche, pour qu’elle aide nos pêcheurs à aller pêcher plus loin, le thon par exemple, avec des techniques de pêche de pointe et adaptées.
Ce séminaire veut donner toute sa place aux 7 Régions ultrapériphériques, qui servent le rayonnement de l’Europe. "La Réunion, c’est l’Europe, une Europe spécifique certes... où on doit donc adapter les politiques communes. C’est utile et cela sera dit pendant ces 2 jours. Mais nous pensons que nous avons un devoir d’ambition beaucoup plus large et une vision d’avenir beaucoup plus ample. Nous, c’est-à-dire les Régions, les États et la Commission", dira Paul Vergès. Avoir à l’esprit qu’il faut voir plus loin pour nos pays. "Mais n’oubliez jamais que, pénétrant dans un océan, les navigateurs montaient au plus haut des grands mâts pour apercevoir le plus loin possible les terres nouvelles qui se présentaient à eux", conclura-t-il.

Bbj


Programme du jour

Après une visite de la zone du port de pêche, les séminaristes s’entretiendront sur la coopération et l’insertion régionale, en tenant compte des expériences acquises à La Réunion et dans l’espace Caraïbes.


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