La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Débat parlementaire
22 juin 2004

Alors que le projet de changement de statut des deux entreprises publiques est discuté par les députés, quelles peuvent être les conséquences pour La Réunion si un tel projet venait à être appliqué dans l’état ?
Quelles peuvent être les répercussions pour La Réunion du changement de statut d’EDF voulu par le gouvernement et ses alliés ? Ces derniers mettent tout leur poids dans la bataille pour faire passer une réforme qui pourrait notamment compromettre notre développement économique.
Sur ce dossier, comme sur d’autres aussi essentiels, le Premier ministre n’a pas envie de discuter : "J’ai donné des instructions très claires au ministre de l’Économie et des Finances pour qu’on aille au bout de cette réforme. Ce ne sont pas les ruptures de courant ici ou là qui nous arrêteront", et le chef du gouvernement de brandir des menaces de sanction contre les actions revendicatives des travailleurs de l’entreprise publique. Sur ce dossier, comme sur les retraites, la décentralisation ou l’assurance-maladie, le gouvernement veut passer en force. Cela amène à relativiser les déclarations de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a affirmé à la tribune de l’Assemblée qu’au lendemain du changement de statut d’EDF et de GDF, celles-ci resteraient durant un an 100% publiques et qu’il nommerait une commission d’expert pour examiner les conditions d’une ouverture du capital limitée à 30%.
D’ailleurs, pour l’économiste François Morin dans “le Monde” du 16 juin, cela ne change rien : "le ministre de l’Économie n’a pas cessé de faire des concessions sur la part qui pourrait rester aux capitaux privés : 34%, puis 30%, aujourd’hui 0% ! Est-ce là le vrai problème ? Une fois la loi votée, un simple décret suffira pour introduire une part de capitaux privés et ensuite l’augmenter".
On peut avoir des craintes légitimes quant au devenir de ce secteur public s’il est livré aux caprices d’actionnaires pour qui prime avant tout leurs bénéfices. Peut-on considérer l’électricité comme simple marchandise ?
Les exemples des gigantesques coupures de courant en Californie ne sont guère encourageantes. Dans cet État américain ultralibéral, la gestion de ce service public par des actionnaires est synonyme de dégradation avec d’importantes répercussions sur l’activité économique. Pour Denis Cohen, du syndicat CGT-Énergie, "derrière toutes ces pannes, il y a une logique de marchandisation. Depuis que la Californie et le Royaume-Uni ont inventé la déréglementation, on constate que, partout où elle a été installée, cela ne fonctionne pas".
Autre sujet d’inquiétude : les tarifs. L’évolution du statut d’EDF va-t-elle remettre en cause la péréquation tarifaire, qui nous permet de payer l’électricité à La Réunion au même prix qu’en France bien que son coût de production soit ici plus élevé ? Des actionnaires voudront-ils perpétuer l’accès à tous à cette énergie, même si les usagers habitent dans des écarts et n’ont pas les moyens de payer le prix du marché pour pouvoir accéder au réseau électrique ?
Ces incertitudes risquent de peser sur le développement économique de notre île. Le prix de l’énergie est par exemple un facteur important pour un industriel qui souhaite s’implanter dans une région. S’il augmente, cela entraîne mécaniquement une hausse des coûts de production. Et si le service n’est plus de même qualité, si l’approvisionnement est incertain, si les prix s’envolent, l’investisseur potentiel ne sera-t-il pas tenter d’aller dans un autre pays ? L’Union des industries utilisatrices d’électricité (UNIDEN) souligne les risques de la déréglementation pour l’emploi. Pour les entreprises implantées en France, "c’est un vecteur de délocalisation", affirme le porte-parole de l’UNIDEN. À La Réunion, on peut dire que ce serait un vecteur de non-implantation, pouvant remettre en cause d’importants projets.
Dans le contexte réunionnais, les conséquences négatives d’une privatisation d’EDF, qui augmenterait le prix de l’électricité, sont une mauvaise nouvelle, non seulement pour les usagers, mais aussi pour les Réunionnais privés d’emploi et pour tous les jeunes qui se forment dans le but de travailler au pays.
La F.S.U. de La Réunion soutient le personnel d’E.D.F.
Le Secrétariat départemental de la FSU (Fédération syndicale unitaire) a publié hier un communiqué affirmant ceci : "Dans le contexte du projet de réforme de privatisation des service d’EDF-GDF, la FSU Réunion réaffirme son soutien très ferme aux personnels qui luttent dans ce secteur contre la privatisation, c’est-à-dire la destruction programmée des services publics.
Elle proclame son attachement aux valeurs générales du service public, et sa volonté de le défendre par la mobilisation de tous ceux qui n’acceptent pas l’omni-marchandisation comme unique projet de société".
Rétablir l’électricité aux plus démunis
Faire reculer le gouvernement en élargissant la lutte
Cette semaine encore, le dossier d’EDF-GDF occupe l’actualité avec un appel des syndicats à la poursuite des actions et des coupures de courant ciblées sur les domiciles de Raffarin et de ses complices pour protester contre le changement de statut. La semaine sera décisive, le débat à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de changement de statut d’EDF et Gaz de France arrivant à son terme. Le texte devrait être voté demain, étant donné le nombre important d’amendements déposés par l’opposition.
Les agents entendent utiliser ce délai pour continuer à combattre le changement de statut, porte ouverte selon eux à la privatisation. À l’appel de la CGT, les travailleurs veulent intensifier leurs actions dans le cadre de l’opération “Robin des bois” lancée jeudi dernier.
Depuis le 8 avril, ils mènent la lutte pour faire reculer le gouvernement. En France, ils ont d’abord fait grève en effectuant des baisses de charges ciblées qui n’ont, en aucun cas, affecté les usagers. Puis le 27 mai, ils ont manifesté à 80.000 dans les rues de Paris. Le 7 juin, alors que le gouvernement refusait encore d’écouter, après une ultime entrevue avec le ministre de l’Économie et des Finances qui ne voulait rien entendre, ils se sont fâchés en coupant le courant de plusieurs gares parisiennes.
Depuis la colère a gagné tout le pays et ils multiplient les manifestations et les coupures de courant ciblées comme chez le Premier ministre, chez le chef du MEDEF, chez François Bayrou, à l’Élysée, à Bercy, dans les permanences des députés UMP ou dans les locaux du MEDEF. Jeudi, une liste de 500.000 signatures contre la remise en cause du statut de l’entreprise publique a été déposée à l’Élysée. Le secrétaire général de la CGT-Énergie estime "qu’il y a un certain nombre d’exemples qui montrent qu’après être passé en force sur des questions le gouvernement a été obligé de reprendre le dossier et de reculer. C’est le cas pour les “recalculés”, les intermittents du spectacle ou la recherche".
Les travailleurs ont lancé jeudi dernier une nouvelle action qui élargit le mouvement : ils rétablissent l’électricité aux plus démunis. Ceci a été fait à Lille. 250.000 familles seraient concernées en France. Pour les travailleurs de l’entreprise publique, EDF fait partie du patrimoine de la République. C’est une lutte dont le résultat sera riche d’enseignement pour tous ceux qui défendent le droit à des services publics abordables pour tous et de qualité.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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