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par le Dr Raymond Vergès

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OCDE et FAO soulignent l’importance de la paix pour garantir l’accès à la nourriture pour les pauvres

Perspectives agricoles 2022-2031

jeudi 30 juin 2022


Le secteur agroalimentaire mondial fait face à des défis fondamentaux au cours de la prochaine décennie, notamment la nécessité de nourrir de manière durable une population toujours plus nombreuse, les impacts de la crise climatique et les conséquences économiques et les perturbations de l’approvisionnement alimentaire liées à la guerre en Ukraine, selon un rapport publié hier par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2022-2031 se concentrent sur l’évaluation des perspectives à moyen terme des marchés des produits agricoles. Le rapport note que les prix des produits agricoles ont été tirés à la hausse par une multitude de facteurs, notamment la reprise de la demande après le déclenchement de la pandémie de COVID-19 et les perturbations de l’approvisionnement et des échanges qui en ont résulté, les mauvaises conditions météorologiques chez les principaux fournisseurs et la hausse des coûts de production et de transport, qui ont été encore exacerbées récemment par les incertitudes concernant les exportations agricoles de l’Ukraine et de la Russie, deux importants exportateurs de céréales. Le rôle de la Russie sur les marchés des engrais a également aggravé les préoccupations déjà existantes concernant les prix des engrais et la productivité à court terme.

Conséquences de la guerre entre l’Ukraine et la Russie

Le rapport souligne les risques majeurs pour les principaux marchés des produits de base : les prix d’équilibre du blé pourraient être supérieurs de 19 % aux niveaux d’avant-conflit si l’Ukraine perdait complètement sa capacité d’exportation et supérieurs de 34 % si, en plus, les exportations russes représentaient 50 % des quantités normales.
Un scénario simulant un grave déficit des exportations de l’Ukraine et de la Russie en 2022/23 et 2023/24, et en supposant qu’il n’y a pas de substitution par d’autres exportateurs, suggère une nouvelle augmentation du nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans le monde à la suite de la pandémie de COVID-19.
« Sans la paix en Ukraine, les problèmes de sécurité alimentaire auxquels le monde est confronté continueront de s’aggraver, en particulier pour les plus pauvres du monde », a déclaré le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann. « Cette hausse des prix des denrées alimentaires, des engrais, des aliments pour animaux et du carburant, ainsi que le resserrement des conditions financières, propagent la souffrance humaine à travers le monde », a déclaré le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu. « On estime que 19 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à la sous-alimentation chronique dans le monde en 2023, si la réduction de la production alimentaire mondiale et de l’approvisionnement alimentaire des principaux pays exportateurs, dont la Russie et l’Ukraine, entraîne une baisse de la disponibilité alimentaire dans le monde entier ».

Tripler l’augmentation de la productivité

Selon les Perspectives, la consommation alimentaire mondiale devrait augmenter de 1,4 % par an au cours de la prochaine décennie et être principalement tirée par la croissance démographique. La majeure partie de la demande supplémentaire de produits alimentaires continuera de provenir des pays à revenu faible ou intermédiaire, tandis que dans les pays à revenu élevé, la demande sera limitée par la lenteur de la croissance démographique et une saturation de la consommation par habitant de plusieurs groupes de produits alimentaires.
Au cours de la prochaine décennie, la production agricole mondiale devrait augmenter de 1,1 % par an, la production supplémentaire devant être principalement produite dans les pays à revenu intermédiaire et faible. Les Perspectives supposent un accès plus large aux intrants et montrent que l’augmentation des investissements dans la technologie, l’infrastructure et la formation qui améliorent la productivité seront des moteurs essentiels de la croissance agricole. Cependant, une augmentation prolongée des prix de l’énergie et des intrants agricoles – tels que les engrais – augmentera les coûts de production et pourrait limiter la croissance de la productivité et de la production dans les années à venir.
Le rapport de la FAO et de l’OCDE estime que la productivité agricole moyenne doit augmenter de 28 % au cours de la prochaine décennie pour que le monde atteigne l’objectif de développement durable (ODD 2) sur la faim zéro, tout en maintenant les émissions de gaz à effet de serre issues de l’agriculture sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. C’est plus du triple de l’augmentation de la productivité enregistrée au cours de la dernière décennie.

Impact sur le changement climatique

Les Perspectives soulignent l’importante contribution de l’agriculture au changement climatique. Les émissions directes de gaz à effet de serre (GES) provenant de l’agriculture devraient augmenter de 6 % au cours de la prochaine décennie, l’élevage représentant 90 % de cette augmentation. Les émissions agricoles devraient néanmoins augmenter à un rythme inférieur à celui de la production, grâce à l’amélioration des rendements et à la réduction de la part des ruminants. Des efforts accrus seront nécessaires pour que le secteur agricole contribue efficacement aux réductions mondiales des émissions de GES, comme indiqué dans l’Accord de Paris sur le changement climatique, y compris l’adoption à grande échelle de processus et de technologies de production intelligents face au climat, en particulier dans le secteur de l’élevage.
À l’échelle mondiale, le commerce des principaux produits agricoles et produits transformés devrait croître parallèlement à la production au cours de la prochaine décennie. Cependant, certaines régions devraient exporter une part croissante de leur production nationale, tandis que d’autres devraient importer une part croissante de leur consommation totale. Cette interdépendance croissante entre les partenaires commerciaux souligne l’importance cruciale d’un système commercial multilatéral transparent, prévisible et fondé sur des règles.



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